Affiche du film  À fond de train
© 20th Century Fox

À fond de train

Version en français
v.o.a. : Unstoppable
12 novembre 2010

Faits divers

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Certains faits divers devraient rester des faits divers. L'étiquette « histoire vraie », souvent illégitime, que l'on nous balance en amorce d'un long métrage ne justifie pas les incohérences et le pathétisme d'un scénario. Un train fou sans passager, sans chauffeur et qui, même s'il déraille, ne risque pas de mettre en péril plusieurs vies humaines est un récit, avouons-le, relativement ennuyant. Mais lorsque l'on ajoute deux acteurs chevronnés d'Hollywood (Denzel Washington et Chris Pine) à l'équation, on espère inévitablement qu'ils rehaussent l'intrigue jusqu'à la rendre enivrante. Mais, malheureusement, ils ne sont pas les protagonistes du récit; les trains le sont, et la vie personnelle qu'on nous brosse avec une sensibilité démesurée, entre deux interventions suicidaires, ne nous est d'aucun intérêt (si elle avait un lien, aussi misérable soit-il, avec l'action en cours, peut-être que serions-nous interpelés, mais que les filles du conducteur travaille chez Hooters et que la femme de l'autre écrive des textos à un inconnu, ça nous est complètement égal).

En Pennsylvanie, un train, qui contient des matières toxiques, roule à plus de 120 km/h sur un chemin de fer. Les autorités ont amorcé des tentatives pour l'arrêter mais rien ne fonctionne. Frank, un homme qui travaille pour le réseau ferroviaire depuis plus de 25 ans, et son partenaire, un jeune chef de train qui en est à ses débuts sur le terrain, décident d'exécuter une dernière expérience afin de freiner cette locomotive qui risque de dérailler au beau milieu d'une ville habitée.

Le principal problème de ce film se trouve au niveau des opposants; il n'y en a aucun. Bien sûr, les produits toxiques pourraient se répandre dans une petite bourgade de la région, mais tous les habitants ont déjà été évacués par la police qui prévoyait le désastre; alors pas de vie humaine en jeu. Comme pour nous convaincre, nous confronter au danger d'un train hors contrôle qui dévale prestement un chemin de fer, on envoie deux hommes - qui n'ont aucune raison de risquer leur vie ainsi, si ce n'est que pour être considéré comme des héros - dans une course meurtrière contre la montre.

Le rythme est la condition essentielle à l'efficacité d'un suspense d'action, mais dans le cas présent, on prend davantage de temps à nous expliquer les subtilités du fonctionnement du train qu'à dépeindre son marathon sur les rails. Les trente dernières minutes du long métrage sont les seules à proposer une cadence assez efficace pour interpeler le spectateur (qui cherche encore à comprendre le but de cette histoire, son objectif fondamental. Et ceux qui vous diront le divertissement n'ont certainement pas vu le film).

Avec les scénarios mal orchestrés, les acteurs interchangeables et les intrigues douteuses de ses derniers films, Tony Scott semble avoir perdu la fougue et l'audace qu'il a su déployer pour nous livrer Spy Game et Domino. À l'image de son languissant et déplorable Pelham 123 : L'ultime station, son plus récent long métrage semble prouver que la fibre artistique ainsi que le rendement esthétique et narratif font partie de ces variables éphémères que l'on regrette en espérant qu'elles ne nous ont pas définitivement quittés.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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