Affiche du film  3 Coeurs
© Métropole Films Distribution

3 coeurs

Version originale en français
12 février 2015

Une soeur pour une soeur

Photo Par Martin Gignac

Au premier regard, 3 coeurs débute avec deux prises contre lui: il s'agit d'un mélo du coeur (ce n'est jamais vraiment une bonne idée) qui met en scène deux soeurs qui se partagent le même homme (encore là, ce n'est pas la décision du siècle). Le résultat est cependant heureux.

Le film est traité avec une honnêteté qui l'honore. 3 coeurs aurait très bien pu voir le jour dans les années 30 ou 40 que cela n'aurait surpris personne. On imagine très bien Douglas Sirk en tirer une grande oeuvre sentimentale ou François Truffaut se l'approprier entièrement. Puisant autant chez Flaubert que chez Maupassant, le récit débute sur des chapeaux de roues. Une ville de la province, la nuit. Un homme qui a raté son train (Benoît Poelvoorde) rencontre une inconnue (Charlotte Gainsbourg) et ils se séduisent à l'aide de mots. Les rues semblent désertes, bien qu'on entende une voiture rugir dans l'obscurité, faisant écho à ce coup de foudre qui vient happer les deux âmes solitaires. Ces adultes responsables se donnent rendez-vous à Paris, mais le sort en décide autrement.

Après une telle entrée en matière mâtinée de romantisme noir, le long métrage se dégonfle quelque peu. Notre héros au coeur fragile rencontre une autre femme (Chiara Mastroianni) sans savoir qu'elle est la frangine de la déesse qu'il a peut-être hallucinée. Tout devient limpide au fil du temps, sauf que le remonter est impossible. Le destin avance, imperturbable, faisant fi des coïncidences de la vie et des occasions ratées. La beauté des débuts se transforme en une certaine lassitude, un mal-être que l'effort tend du mieux qu'il peut à exprimer. On sent toutefois que le scénario, bouleversant, est inabouti, se perdant quelque peu au sein d'une intrigue un brin trop longue et répétitive, dont les détours sociaux (le personnage principal travaille dans le domaine des impôts et il cherche à coincer un maire aux activités louches) s'imbriquent mal à la trame narrative principale.

Cette prémisse universelle d'une simplicité déconcertante est pratiquement filmée comme un suspense passionnel à l'aide de grosses mélodies inquiétantes. Une décision volontairement appuyée qui fait sourire et qui dédramatise les situations. À l'aide d'ellipses ingénieuses, la réalisation évite le classicisme d'usage, demeurant tranquille à l'image de ces émotions refoulées, qui peuvent ressortir lors d'une scène plus vive dans une automobile, où la caméra qui ne coupe pas devient témoin de ce qui arrive.

Fuyant le drame austère qui a fait sa marque de commerce (Les adieux à la reine et Villa Amalia sont ses deux derniers sommets), le cinéaste Benoît Jacquot braque pour une rare fois dans sa carrière son regard sur un protagoniste masculin. Rappelant qu'il peut être juste dans un registre dramatique alors qu'il est si énervant dans la comédie, Benoît Poelvoorde s'avère très émouvant. Sans être totalement débarrassé de ses mimiques, le comédien offre une interprétation très sentie. Les acteurs font d'ailleurs toute la différence, élevant cette production qui a parfois de la difficulté à trouver sa vitesse de croisière. Chiara Mastroianni aura rarement eu un personnage aussi nourrissant et Charlotte Gainsbourg prouve encore une fois qu'elle peut tout faire. Leur mère, bien entendu campée par Catherine Deneuve, apporte une crédibilité à ces deux âmes soeurs déchirées, et ce, même si son rôle n'est pas toujours à la hauteur.

Sans aucun doute que 3 coeurs aurait pu être encore meilleur. Avec tout le talent derrière et devant la caméra, le potentiel y était pour marquer davantage les esprits. On sent pourtant une aisance du metteur en scène à éviter les pièges du genre, à être sincère alors que d'autres auraient versé dans le kitch. Et il ne peut se tromper en faisant appel à ce formidable trio d'interprètes.

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Photo Martin Gignac

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