Affiche du film  17 Filles
© Archipel 35

17 filles

Version originale en français
17 février 2012

Irresponsable

Photo Par Karl Filion

Petit film français bénéficiant d'une sortie limitée au Québec, 17 filles arrive sur nos écrans fort d'une présentation à Cannes qui aura inscrit ses réalisatrices, Delphine et Muriel Coulin, dans la liste des « jeunes réalisateurs français à surveiller ». Et pour cause, leur film étant un bel exemple de premier film maîtrisé, porté par ce qui semble être un amour sincère pour des personnages inédits; certes, on a vu plusieurs fois des héroïnes adolescentes et enceintes (le plus souvent dans des comédies américaines) au grand écran mais rarement autant à la fois, dix-sept, toutes d'un même lycée.

En incluant le nombre à la réflexion (doit-on garder le/les bébé(s)?), on aborde le sujet d'une toute autre façon, en s'extirpant du débat individualiste (JE ne suis pas prête, JE ne veux pas gâcher ma carrière) pour l'envisager en terme social, communautaire. Ce traitement permet donc d'aborder le sujet différemment et d'éviter les clichés les plus comuns. Dommage, à ce sujet, qu'on ait complètement délaissé les garçons, eux qui ne servent que de géniteurs et qui ne valent pas plus que de vulgaires tapisseries dans la décision des filles, dont le geste politique rejoint une certaine conception du féminisme moderne où elles prennent possession de leur corps.

Il faut sans doute préciser un peu les contours du récit : Camille, 16 ans, découvre un jour qu'elle est enceinte suite à un « accident de capote ». Déterminée à garder l'enfant malgré les reproches de sa mère monoparentale, elle reçoit l'appui de ses copines de classe, qui décident elles aussi de tomber enceintes, au grand désarroi de toute la petite comunuauté de Lorient. Ces dix-sept filles envisagent de mettre en commun leurs allocations et de vivre toutes ensembles dans un grand appartement pour élever leur progéniture comme des frères et soeurs.

Elles prennent cette décision pour elles-mêmes, dans l'idée de s'affranchir de leurs parents, de s'émanciper, de se créer un avenir. Une décision à première vue illogique - mais au fond, qu'y a-t-il d'illogique à la maternité? - qui est habilement contournée par le film qui rend leur décision crédible, dans la mesure du possible. Dommage d'avoir dû se concentrer sur quelques-unes d'entre-elles; on perd l'aspect universel lorsqu'on hiérarchise les personnages (principaux, secondaires et même tertiaires) mais difficile de faire autrement dans un film si court.

La réussite du film tient aux performances senties et délicates des jeunes comédiennes. On n'envisage sans doute pas assez le défi que représente un rôle d'adolescente au cinéma dans tous ses détails, particulièrement ses rapports de force et de groupe avec ses parents et ses copines, qu'on doit saluer le travail de Louise Grinberg, Yara Pilartz (dans le rôle de la délicate Clémentine) et de Roxane Duran, dont la courbe dramatique est certainement la plus ingrate, dans le rôle de Florence. En fait, tout le groupe se tire très bien d'affaire.

Or, alors que tout va pour le mieux, qu'on est en train d'emmagasiner les émotions parfois contradictoires que nous inspire le récit, le film prend une tournure inattendue et regrettable, pour mener à cette finale (décevante serait un euphémisme) qui gâche presque tout. Tel les mères adolescentes, le dénouement rejette les problèmes et refuse d'y répondre, les poussant vers l'avant, hors du film, où on n'aura pas à proposer de solution aux décisions que l'on a prises. Dommage, puisque la réflexion demeure incomplète, inachevée, et qu'à cause de cela le film risque de s'inscrire comme un vulgaire fait divers plutôt que comme une chronique sociale.

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Photo Karl Filion

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