Affiche du film  13 heures: le secret des soldats de Benghazi
© Paramount Pictures

13 heures: le secret des soldats de Benghazi

Version en français
v.o.a. : 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi
14 janvier 2016

La nuit la plus longue

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma ne doit rien à la réalité. Même si un film est inspiré d'une histoire vraie, il s'agit d'une fiction qui est forcément romancée dans sa façon de recréer ou de détourner les faits. À moins de se retrouver devant une oeuvre de propagande comme les nazis en faisaient dans les années 30, l'art peut et doit se permettre de traiter tous les sujets de la façon dont il le veut. C'est d'ailleurs sa principale force. Il n'est donc pas nécessaire - cela peut toutefois être très intéressant - de savoir si les créateurs de 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi détiennent un agenda politique et s'ils s'en servent pour discréditer Hillary Clinton et les démocrates, mais bien ce que vaut le long métrage sur un simple plan cinématographique.

Prenant l'affiche la même période de l'année que American Sniper et Lone Survivor en 2015 et en 2014, ce nouveau drame de guerre se résume à un nom: Michael Bay. On retrouve tout ce qui caractérise le plus patriotique et le moins subtil des metteurs en scène, pour le meilleur et pour le pire. La première demi-heure de son dernier effort rappelle pourquoi son merveilleux The Rock était un des meilleurs films d'action des années 90. Il sait donner une couleur à ses récits, un ton, un rythme, une tension dans l'utilisation de sa musique et la construction de son montage. On ne l'avait pas vu aussi inspiré depuis The Island il y a de ça plus d'une décennie.

Tout se gâche cependant par la suite alors que le réalisateur retrouve les moindres de ses tics. Violence gratuite, humour douteux, testostérone dans le tapis, personnages schématisés, représentation affligeante de la femme, répétitions qui donnent mal à la tête, durée interminable, drapeaux américains jusqu'à la saturation, ralentis nauséabonds, zéro valeur pour la vie humaine: un peu plus et on se demande si Michael Bay ne fait pas exprès de se parodier. Il s'était essayé à la satire sur son peu convaincant Pain and Gain et il remet ça avec ce Transformers sans robot où six hommes qui semblent issus d'Armageddon font l'impossible pour secourir un ambassadeur américain. Il tente même de faire philosopher ses héros barbus et de soutirer des larmes en montrant une ellipse familiale ou des photos d'enfants! Répétant les erreurs de son dégoûtant Pearl Harbor, le cinéaste capitalise à nouveau sur une tragédie humaine et historique, réduisant les enjeux à de simples prétextes de scènes d'action gratuites et interchangeables. Pour l'analyse et le sentiment de divertissement, il faudra passer son chemin et se rappeler que finalement, le Black Hawk Down de Ridley Scott n'était pas si pire. 

C'est après avoir vu ce spectaculaire ratage que l'on apprécie encore davantage le brillant Zero Dark Thirty. Les deux films dotés de sujets similaires prennent des directions opposées avec leur traitement qui est bien différent. Kathryn Bigelow a accouché d'un angoissant suspense techniquement impressionnant, pendant que Michael Bay continue à marteler outrancièrement tout ce qui lui tombe sous la main de ses délires de vulgaire mégalomane. En voilà un qui devient de plus en plus irrécupérable et qui devrait peut-être uniquement se concentrer sur ses joujoux qui se transforment et qui rapportent plein d'argent. Au moins, il n'aura pas la prétention de faire de l'art.

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Photo Martin Gignac

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