Roy Dupuis, Rosa Zacharie, Nathalie Coupal, Karine Lagueux, Guy Thauvette, Benoît Gouin, Maka Kotto
Studio de production
Palomar
Distribution
Alliance Vivafilm
Synopsis
Pourtant déclaré cliniquement mort, Alexandre Tourneur, 41 ans, vient de sortir d’un long coma. La principale séquelle de cet accident est une grave perte de mémoire. Au fur et à mesure qu’il revoit ses proches, quelques images viennent le hanter durant sa convalescence. Au-delà des mémoires oubliées foisonnent dans la tête d’Alexandre celles d’un passé lointain et violent. Sa quête du souvenir l’amènera là où on lui avait pourtant fait jurer de ne jamais revenir. En remontant à la source, il va enfin découvrir la vérité.
Coruscant dans plusieurs de ses aspects, brillant dans d'autres, Mémoires affectives, en plus d'être inclassable, offre des moments de grande émotion à cause de sa réalisation exemplaire et d'un Roy Dupuis éclatant, pour poursuivre dans le champ lexical. Une véritable révélation québécoise cette année.
À sa sortie d'un long et très pénible coma, Alexandre Tourneur, vétérinaire de profession, se réveille amnésique. Tandis que tout le monde autour de lui considère qu'il est chanceux de ne pas s'être « réveillé » mort, lui, trouve que le monde qu'il a laissé et qu'il recommence à peine à découvrir est d'autant plus étrange qu'il est double. Pendant qu'il tente de recoller les morceaux, un étrange phénomène vole les souvenirs des personnes qu'il interroge, le laissant dans l'ignorance la plus complète de la vérité. La vérité c'est, bien sûr, sa propre vérité, et rien d'autre.
Sous ses airs mystérieux, le film de Francis Leclerc recèle de trésors inestimables. D'abord la réalisation, créative et créatrice; créative parce qu'elle innove, souvent en proposant des plans atypiques, longs, et créatrice parce qu'elle instaure une ambiance qui est unique, à la fois aseptisée et grossière, mystérieuse et froide, un peu à la lumière des relations entre les personnages. Ces personnages fascinants qui s'articulent autour d'Alex.
Le réalisateur développe un jeu d'ombre fort intéressant, en plus de savoir filmer un personnage dans un habitat, et il compose tout au long du film des images équilibrées, agréables pour l'œil même le plus averti. Un travail minutieux, certes, mais admirablement efficace. Les personnages viennent chercher chez le spectateur sa curiosité, viennent trouver sa vulnérabilité et se servent de ce mélange entre la réalisation déstabilisante et eux-mêmes, pour détonner dans le paysage en tant qu'êtres complets, en tant que personnages humanisés, des personnages dont on voudrait tout savoir. Tout ça en un peu moins de deux heures.
Roy Dupuis offre une performance intense, constante aussi, qui atteint son paroxysme dans une finale impitoyable, qui ne laisse aucune chance, de ce type d'émotion qui frappe sans prévenir… Son travail dans ce film est fascinant, il semble à l'aise et se perd merveilleusement bien dans ce scénario complètement débridé. Rosa Zacharie lui donne une réplique efficace et l'ensemble de la distribution de soutien, qui ne fait souvent que passer, ne risque pas de se laisser oublier pour autant.
Un film ayant comme point de départ un scénario aussi bien construit que celui-ci, c'est-à-dire un scénario patient, complet et riche, doit avoir beaucoup de difficulté à échouer, parce que ces ingrédients d'un bon scénario – qui semble parfois un peu long, tout de même, il faut avouer humblement que la perfection n'existe pas – d'un acteur en pleine possession de ses moyens et d'un jeune réalisateur prometteur, conscient, mélangés donnent des résultats. Cette fois-ci le résultat est sur les écrans, et il est à ne pas manquer.