Roy Dupuis, Patrice Robitaille, Claude Legault, Paolo Noël, Jean Pierre Bergeron, Aure Atika
Studio de production
Remstar
Distribution
Alliance Vivafilm, Remstar Media Partners
Synopsis
1960, Montréal - Pour perpétrer le « vol du siècle », Charles recrute de vieux copains; des petits bandits sans envergure avec qui il a fait les 400 coups dans le quartier malfamé du « faubourg à m'lasse ».
Le soir du vol, la police rapplique et ils doivent rapidement procéder au plan B : ils se feront prendre, mais un des gars se sauvera avec les deux millions de dollars. À leur sortie, les gars sont estomaqués d'apprendre que, s'ils veulent recouvrer leur argent, il y a deux conditions : ils doivent marcher chacun des 839 kilomètres du chemin de pèlerinage de St-Jacques-de-Compostelle et, en bout de ligne, ils doivent surtout avoir changé.
Dès les premiers pas , le contraste entre la petitesse de ces bandits et l'ampleur de l'effort qu'ils doivent fournir pour cette pérégrination devient manifeste. Ces cinq éternels délinquants, qui ont toujours pris le chemin de la tricherie et de la facilité, devront, pour la première fois de leur vie, déployer de véritables efforts pour devenir d'honnêtes citoyens.
« Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture! »
Avec son ton bon enfant et ses comédiens dynamiques et expérimentés, Les doigts croches, le premier long métrage de Ken Scott, s'avère être un film québécois d'une grande finesse, à la fois artistique et philosophique. Sans aller jusqu'à révolutionner quoi que ce soit, surtout pas la morale, voilà un divertissement d'été minutieux et réalisé avec grand talent, bien rythmé et qui aurait difficilement pu être plus réussi. Plus audacieux, cela va sans dire. Mais plus réussi?
Six petits criminels du « faubourg à m'lasse » réalisent un jour leur grand coup en dérobant 2 millions $ à une banque de Montréal. Ils sont capturés, mais l'un d'eux réussi à s'enfuir avec l'argent. Lors de leur libération, quatre ans plus tard, les cinq autres devront se rendre en Espagne afin de réaliser le pèlerinage de Compostelle pour retrouver leur part du magot. À l'arrivée, ils devront aussi avoir changé. Mais comment changer? et quoi?
Les doigts croches se déroule constamment dans la joie et la bonne humeur. La musique et ses refrains populaires appuient agréablement cette petite promenade dans laquelle on s'amuse beaucoup des quelques mots d'esprit de ces cinq personnages attachants qui tentent sans arrêt de « s'ammancher ». La langue, la direction artistique et la réalisation de Scott s'entendent sur un même but : favoriser l'immersion, le temps d'un film, dans ce monde qui est loin à la fois temporellement et historiquement.
Les personnages sont tous bien définis, à l'exception de certains personnages secondaires - très secondaires... - dont on se débarrasse rapidement. Les doigts croches n'est pas la comédie la plus drôle de l'année, mais c'est peut-être la plus honnête, puisque les personnages ne s'éjectent jamais de la cohérence interne du film au nom de la blague facile ou d'un gag éphémère. Pas de surenchère, seulement l'efficacité. Cela tient aussi pour la réalisation, soignée et attentive aux détails, réduisant ainsi au minimum les accrocs possibles.
Aucun des comédiens, qui ont tous beaucoup d'expérience, n'est véritablement mis au défi par son personnage, ceux-ci sont rapidement cernés par ceux-là, rendant de ce fait l'histoire plus dynamique tout en favorisant son épanouissement. Le « bon » déroulement d'un récit, c'est peut-être, d'une certaine manière, celui qui est « juste », mais c'est aussi cela qui est forcé par la cohérence interne du film. Les doigts croches ne se fait pas de fausses idées et s'y dévoue entièrement.
Le récit est d'ailleurs rondement mené, allant à l'essentiel. Lorsque les enjeux cinématographiques sont si peu élevés, on ne peut pas demander mieux. En puisant ses inspirations autant dans L'informateur que dans L'inconnu de Las Vegas, le film est peut-être limité dans son développement, d'autant qu'il hésite à oser de quelque manière que ce soit. Pourtant, on parle ici d'une réussite dans la manière de faire, un sommet d'efficacité et de résultat. Et on oublie trop souvent qu'il faut juger du résultat, pas de l'intention.