Benicio Del Toro , Demián Bichir, Rodrigo Santoro, Santiago Cabrera, Franka Potente, Catalina Sandino Moreno, Julia Ormond, Marc-André Grondin
Studio de production
Wild Bunch, Estudios Picasso
Distribution
Les Films Séville
Synopsis
Cuba, 1952 : le général Fulgencio Batista fomente un putsch, s'empare du pouvoir et annule les élections générales. Bravant ce dictateur corrompu, un jeune avocat, Fidel Castro, candidat à la députation sous la bannière du Parti du Peuple, passe à l'action. Dans l'espoir de provoquer un soulèvement populaire, il attaque avec 150 jeunes la caserne de Monaca le 26 juillet 1953.
L'opération échoue ; Castro passe deux ans en prison. Amnistié en 1955, il s'exile à Mexico. Pendant ce temps, au Guatemala, un jeune Argentin idéaliste, Ernesto Guevara, se lance en politique.
En 1954, lorsqu'un complot militaire soutenu par la CIA renverse le gouvernement, démocratiquement élu, de Jacobo Arbenz, Guevara se réfugie au Mexique. Après une première prise de contact au Guatemala, il rejoint un groupuscule révolutionnaire cubain.
Le 13 juillet 1955, dans un modeste appartement de Mexico, Raul Castro présente Guevara à son frère aîné, Fidel. Une rencontre discrète, qui marque une date clé dans l'histoire de Cuba. Guevara se voit immédiatement confier une opération de guérilla en vue de renverser Batista. Les Cubains affublent le jeune rebelle d'un sobriquet courant en Argentine : "Che". 26 novembre 1956 : Fidel Castro embarque pour Cuba avec 80 rebelles. L'offensive se solde par un massacre : seuls douze hommes en réchappent, dont le Che (médecin du groupe) et Castro. Réfugiés dans la Sierra Maestra, les "barbudos" déclarent la "guerre totale" au régime de Batista. Guevara prouve ses qualités de combattant et se rend indispensable à ses compagnons.
La résistante s'intensifie, gagne toute l'île. 1er janvier 1959 : les rebelles célèbrent leur victoire à Santa Clara, le dictateur s'enfuit. Fin de la 1ère partie...
Oeuvre monumentale aux prétentions non moins démesurées, ce film biographique est fait sans le moindre compromis : plus de quatre heures de film, un récit qui couvre plus de dix ans de la vie mouvementée d’Ernesto Guevara, dit le « Che », le type qui a ouvert une compagnie de t-shirts avec sa face dessus à Cuba, si je ne m’abuse... Ce type, donc, portant la barbe et fumant le cigare, avait des amis tout aussi barbus, et ensemble ils ont fait une révolution. Il en est aujourd’hui le plus fort symbole (depuis qu’on a vu Castro en pantalons de jogging, en fait), et le film tente, par des moyens cinématographiques, d’en saisir toutes les complexités. On est aussi loin du documentaire que du film propagandiste, alors que Soderbergh réalise un film responsable mettant à l’avant-plan les notions de révolution et de sacrifice où aucune complexité de l’être humain n’est négligée.
Benicio Del Toro, le véritable joyau de ce film, dégage par sa simple prestance une force intérieure digne de l’aura du « Che ». Un très grand rôle pour un très grand comédien. Le personnage n’est pourtant pas faussement « inspirant » comme ils le sont dans la plupart des biopics. Ce sont les idées d’engagement et de dévotion qui sont véhiculées par le personnage, qui ne refuse aucun sacrifice pour le bien de la cause, qui semble gêné par son statut d’icône vivante et qui, d’un peu maladroit au début, devient un véritable leader. Sans doute l’une des évolutions de personnage les plus crédibles du cinéma récent. Faut dire que le matériel était là.
Avec ses flashbacks et cette pause au milieu, Che est conçu comme les meilleures séries-télé; palpitant, juste assez mystérieux, recoupant plusieurs grandes histoires et de nombreux personnages secondaires. Encore une fois, le film n’hésite pas à prendre les grands moyens pour fonctionner, qu’il s’agisse de reconstitution ou d’un rapport à l’histoire qui refuse de nombreux raccourcis tout en refusant de s'installer dans une banale et rigoureuse chronologie.
Dommage que Soderbergh, niveau réalisation, se contente de peu. Sa caméra à l’épaule est ultra-prévisible et les combats, particulièrement dans la deuxième partie, deviennent redondants et interchangeables. On perd alors toute la finesse de la première partie tandis que le « Che », frappé de sévères crises d’asthme, s’enlise de plus en plus profondément dans une campagne bolivienne vouée à l’échec. La réalisation est si près, cependant, qu’on a l’impression de suer et de sentir l’odeur des cigares et des corps en décomposition.
Che n’est pas un film sur un États-Unien, il n’est donc pas construit sur le modèle des films hollywoodiens. Là où un autre s’arrêterait, le film se poursuit pour deux heures, répondant à la victoire par une inévitable défaite. C’est cette longue agonie qui vient diminuer grandement l’impact de l’œuvre. Pourtant, on ne l’imaginerait pas sans, Che ne pourrait pas être qu’un seul film qui se terminerait bien. Parce que le « Che » est mort, qu’on a maintenant son visage sur des t-shirts et que tout le monde peut en acheter un.