Rémy Girard, Colm Feore, Gérard Darmon, Dino Tavarone, Janet Lane, Joe Cobden, Tony Calabretta, Deano Clavet
Studio de production
Aetios Productions
Distribution
Alliance Vivafilm
Synopsis
Entre l'assassinat de JFK et celui de son frère Robert, un homme est mêlé à une série d'événements qui vont bouleverser l'histoire de l'Amérique et du monde. Cet homme s'appelle Lucien Rivard. Quinze ans après la fin de la guerre 39-45, Américains, Russes et Français se livrent une guerre stratégique incessante pour s'approprier les ressources naturelles du tiers-monde. Leurs services secrets collaborent avec les organisations criminelles pour se donner une position de force sur l'échiquier mondial. Lucien Rivard profite ainsi de privilèges et d'alliances contre-nature avec les gouvernements. Des casinos de La Havane aux clubs de nuit de Dallas, des laboratoires clandestins marseillais jusqu'à la jungle indonésienne, de La Nouvelle-Orléans à Montréal, le monde moderne se construit avec les méthodes et les moyens du crime. Des coups d'état se trament. Rivard devient l'instrument de forces occultes sur lesquelles il n'a pas le contrôle. Il anticipe avec angoisse le déroulement malheureux de tragédies inévitables dont il sera malgré lui un acteur important.
On savait déjà que Lucien Rivard était un personnage insaisissable; la preuve est maintenant faite. Même l’œil raffiné de Charles Binamé n’y peut rien, Le piège américain est un exercice confus au scénario chancelant, monté comme un exercice de maternelle où Rivard, un « héros » québécois, est un simple figurant de l’assassinat de JFK. Le changement de titre (de Rivard à Le piège américain) aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Bourré de mots d’auteurs et de name-dropping, la légende est tout simplement trop dense pour être vraie... ou réelle, cela dit.
Le caïd québécois Lucien Rivard (Rémy Girard, fidèle à lui-même) a fait la une des journaux pour son évasion spectaculaire de la prison de Bordeaux, pour sa cavale de quatre mois, pour ses liens avec la mafia américaine et le crime organisé français et pour sa possible implication dans l’assassinant de John F. Kennedy, en novembre 1963 à Dallas. Dans une première partie expéditive, Le piège américain montre tous les personnages importants que Rivard a côtoyés : Paul Mondolini, Jack Ruby, Che Guevara, Oswald, peut-être mais pas vraiment... Beaucoup de monde, pas beaucoup de résultats. Rien sur l’ascension de Rivard, rien sur ses véritables activités, rien sur la force des ses contacts. Il menace plutôt des individus patibulaires de les tuer s’ils lui pointent à nouveau un fusil sur la tempe... des individus qu’on ne reverra jamais.
Déjà que la légende qui entoure Lucien Rivard est obscure, Fabienne Larouche et Michel Trudeau ne prenne pas les bons moyens pour la porter au grand écran. Ils décident de régler le cas de l’évasion en dix secondes à peine (il cogne à la porte et il sort), celui de la cavale en une scène ou presque afin de revenir à l’assassinant de JFK, qui se déroule pendant que Rivard est en prison. Savait-il quelque chose? Peu importe, il ne fait rien du tout, il attend. Oswald est envoyé comme bouc-émissaire, un mystérieux agent de la CIA aux motivations impénétrables parle au téléphone avec Hoover sans qu’on sache ce qu’il fait vraiment, un agent des Narcs poursuit inlassablement la justice et une jolie blonde a très très peur pour sa vie. Pendant ce temps, Rivard, lui, le héros, le personnage principal, attend.
Les scénaristes, marqués, comme toute une génération, par ces événements tragiques qui ont changé le cours de l'histoire, délaissent leur sujet (leur « héros » québécois) au profit d'un commentaire plus personnel qui dépasse les simples frontières du Québec. Parler de l'Amérique, dans ces circonstances et en français, est déjà un exercice périlleux dans un livre, alors au cinéma... Impossible de faire fonctionner cette histoire sans proposer une relecture de l'histoire qui dépasse tout simplement les limites du plausible. Et on s'attaque à un assassinat qui fait l'objet d'un véritable culte et qui a inspiré de nombreuses théories de complot...
Le montage maladroit ne fait qu’ajouter à la confusion, d’autant que d’associer des oiseaux en cage avec Rivard qui déclare ne pas vouloir « vivre dans une prison dorée en mangeant des croissants » est une faute de goût élémentaire et impardonnable. L'association est maladroite et brouillonne. Même l’interprétation compétente des comédiens ne change rien au résultat, d’autant que l’intégration d’images d’archives se fait difficilement. Et quelle coïncidence encore une fois que tout le monde parle français!
On a retiré tout ce qu’elle avait d’excitant à la légende de Lucien Rivard pour en faire un film d’action sans action, un drame sans tension dramatique. Si Rivard a le droit de s’inquiéter à ce point de savoir « si c’est vrai ou si c’est réel » - il en va, pour lui, de la postérité - Larouche, Trudeau et Binamé, des gens d’expérience, devraient savoir qu’au cinéma, cela n’a aucune importance. On n’a qu’à le montrer et c’est là, c’est réel, sur l’écran, bien palpable, on le voit. Et des histoires comme celles-ci, racontées par des gens qui connaissent aussi bien leur métier, deviennent souvent plus vraies que la réalité elle-même. C'est un défi immense, et ce n'est même pas une bonne idée.