Roy Dupuis, Deborah Unger, Jean-Hugues Anglade, James Gallanders, Mark Antony Krupa
Distribution
Les Films Séville
Synopsis
J'ai serré la main du diable raconte l'histoire d'un soldat canadien partagé entre son devoir et sa conscience. En 1994, les Nations Unies ont dépêché le général Roméo Dallaire au Rwanda adin de mettre en application un difficile processus de paix. Le jour même où est hissé le drapeau des Nations Unies, six petites filles sont massacrées, geste qui semble avoir été posé par les forces rebelles. Le chaos s'ensuit.
Impuissant devant le spectacle de cette descente aux enfers, l'armée le rappelle au pays. Ne pouvant se résigner à quitter le Rwanda et laisser le peuple à lui-même, il désobéit. Il assiste au départ des troupes belges et de ses troupes les mieux équipées. Promettant une histoire quotidienne aux journalistes qui acceptent de rester, le lieutenant-général Dallaire tente d'attiser l'attention de la comunauté internationale afin qu'elle réagisse.
Plus de 800 000 Rwandais ont perdu la vie au terme de ce génocide. Le lgén Dallaire a réussi à sauver près de 30 000 personnes.
Roy Dupuis est le diamant brut d’une œuvre forte qui évite la plupart des pièges pour présenter une vision de l’histoire très exclusive mais très inspirante. Un film biographique modeste et responsable, conscient de son pouvoir et qui se concentre - grand bien lui fait! – sur son personnage principal.
En 1994, au Rwanda, le Général Roméo Dallaire dirige une mission des Nations Unies chargée de maintenir une paix précoce dans le pays. Mais à la suite de la mort du Président, les esprits s’échauffent et pendant que des massacres ont lieu dans tout le pays, le Général tente désespérément de rallier la communauté internationale à sa cause.
Dans le portrait qu’il fait de son personnage principal, le film dépeint un homme de peu de mots, d’une force intérieure surprenante et déterminé à accomplir sa mission, qu’il perçoit comme un devoir. Les Rwandais, à qui il tend symboliquement la main plusieurs fois, ne sont pas le sujet principal de l’histoire, et le génocide est ce qui, dans un film qui ne s’inspirerait pas de la réalité, forcerait l’action du personnage. Ici, il était inévitable.
Le piège le plus impitoyable qui menaçait J’ai serré la main du diable était la surdramatisation, ce même mal qui a complètement torpillé Un dimanche à Kigali l’an dernier. Un génocide est déjà un drame, et pour illustrer l’impuissance du Général et le grand nombre de morts, le ton impersonnel que choisit le film de Roger Spottiswoode (Le sixième jour, Demain ne meurt jamais) est bien plus efficace qu’une représentation braillarde de drames individuels. J’ai serré la main du diable est un film viril, pragmatique et tourné vers l’avenir, où abandonner n’est pas une option et où on n’a pas le temps de pleurer les morts. Spottiswoode n’est pas un grand réalisateur, il a pourtant trouvé de troublants euphémismes pour exprimer toute la difficulté de la situation. Il a su utiliser la force des images pour créer émotion et tension, avec humilité et une belle compréhension de ce qui fait le héros de cinéma : l'intégrité et l'effort.
Un film responsable puisque, plusieurs fois - lorsque le Général Dallaire décharge son fusil pour « ne pas faire quelque chose d’idiot », ou quand il tend la main à un rebelle qui veut le tuer – il rappelle que la paix passe par la paix et que la violence n’est même pas une solution parmi d’autres. J’ai serré la main du diable n’est pas convetionnel, il est pragmatique; la gêne avec laquelle les événements historiques sont présentés prouve une fois de plus que le sujet est difficile à aborder, mais le film a au moins le mérite de ne pas soutirer un vulgaire capital de sympathie sur le dos, les bras et les jambes arrachés des victimes.
Il faut profiter des nombreuses qualités de J’ai serré la main du diable; non seulement pour le sérieux avec lequel il traite l’histoire, mais aussi pour la puissance de l’interprétation de Roy Dupuis, hanté par son personnage. Il ne faudrait cependant pas confondre cinéma et réalité, les coins sont escamotés et les motivations rarement très claires dans le film, et il n’est surtout pas question de bons ou de méchants dans ce long métrage qui fait plutôt - et de belle façon - l’éloge d’un homme qui relève un grand défi et qui a quand même l’impression d’avoir échoué. Elle est là la leçon.