entrevue
Jeudi 16 février 2012 à 16h04

Yves Sioui Durand parle de Mesnak

Photo Par Karl Filion
Une scène de Mesnak

Le premier long métrage d'Yves Sioui Durand, intitulé Mesnak, prend l'affiche au Québec cette fin de semaine. Le long métrage, tourné dans une communauté autochtone, raconte l'histoire d'un jeune Montréalais qui cherche à reprendre contact avec sa mère biologique. Il se rend donc dans la réserve de Kinogamish, où il apprend qu'elle est fiancée au chef de clan. Son arrivée bouleverse cependant les habitants de la réserve.

Le réalisateur, Yves Sioui Durand, en est à une première expérience de cinéma, lui qui a débuté au théâtre. « J'ai fondé une compagnie de théâtre amérindienne il y a 26 ans, en 1985. En 2004, avec Jean-Frédérick Messier, on a coécrit une pièce qui s'appelait Hamlet le Malécite - les Malécites qui sont une nation autochtone du Québec et du Nouveau-Brunswick - et qui était un détournement d'une oeuvre majeure, qui est un monument de la civilisation occidentale, Hamlet, intouchable pour nous Autochtones. On n'arrivera jamais à ça. Dans un monde qui, veut veut pas, impose une supériorité culturelle... » Mais il n'y a pas de Québécois qui vont se « rendre » à Hamlet non plus... « Non, mais ça se joue au TNM, il y a eu quelques pièces, des acteurs formés par le Conservatoire qui sont capables d'arriver au standard contemporain de comment on joue Hamlet. Ça prend des outils, des acteurs de haut niveau. »

« Je trouve que les destins des Autochtones sont souvent shakespeariens, « Il y a quelque chose de corrompu au royaume du Danemark », mais au royaume de Kinogamish aussi. Il y a des choses qui ne vont pas très bien, qui sont tout croches, et il faut le dire. Il y a une dénonciation de la corruption, d'un état, d'un rapport avec la grande société. »

C'est assez peu présent dans le paysage culturel. « C'est absolument passé sous silence. Je pense que c'est la première fois qu'on aborde ces thématiques-là dans une fiction filmique. Dans le film, le personnage appartient au monde québécois, et c'est par lui qu'on rentre dans le monde autochtone. La société québécoise est liée à la société autochtone. »

« Ça a été difficile pour moi de passer du théâtre au cinéma; l'écriture scénaristique c'est complètement autre chose, ça échappe au roman, ça échappe au théâtre, c'est pas de la poésie, c'est pas de la littérature non plus, c'est très difficile de piger comment ça marche. Le scénariste doit suggérer au cinéaste, il y a un rapport avec le cadre. Quand tu écris un film, tu écris pour la caméra, pour le langage cinématographique. »

« C'est sûr que si je n'avais pas eu le métier de metteur en scène, j'aurais eu moins de souplesse, moins de capacité de m'adapter aux situations. »

Il faut aussi trouver des acteurs qui conviennent aux personnages. « Par rapport aux besoins du film, j'ai fait des auditions dans plusieurs communautés, on a procédé par ateliers pour être sûr que ça tiendrait la route, parce que c'est extrêmement exigeant jouer dans une fiction. Ça me prenait des gens qui pouvaient à la fois d'aller vers la vérité du personnage et de supporter la pression d'un tournage professionnel. J'ai travaillé de telle façon d'avoir une confiance absolue avec mes acteurs. »

Quelle différence avec le théâtre? « La base du jeu est la même; la vérité, la justesse, le « ne pas jouer ». C'est vrai au théâtre aussi même si tu dois grossir des moyens, parce que c'est toi qui fait la caméra et qui projette à une salle. Au cinéma ce niveau de jeu-là devient du surjeu. On n'a pas besoin de « jouer » véritablement, on joue la courbe dramatique, on se met dans l'état du personnage, de ce qu'il a à vivre, et pour le reste il faut faire confiance à sa vérité intérieure. »

« Pour moi, l'apprentissage du cinéma ne passe pas seulement par la manipulation, la composition des plans, les mouvements, il y a plein de livres où tu peux apprendre ça... Ce n'est pas ça, c'est la réflexion sur le langage du cinéma qui te permet de voir vraiment ce que tu es en train de faire. »

Sur le plateau, apprend-on encore des choses sur son récit? « Tout le temps. À partir du moment où ça se met à vivre devant toi, c'est là ton travail de cinéaste. Il faut que tu ailles une attention, un niveau d'objectivité qui va au-delà du rapport affectif à tes personnages. Comment la caméra va aller chercher la vérité dans le personnage? Ou faire voir l'invisible? C'est ça qui va faire la différence. »

« Je suis un homme de théâtre, donc j'ai créé un personnage qui prend des cours de théâtre. Un peu comme Dave dans le film, j'ai été élevé dans la culture québécoise et avec les années, surtout par le théâtre, je me suis réapproprié mon identité et ma culture. »

Même dans un univers de fiction, le film devient-il un « document » anthropologique? « Le cinéaste est toujours un témoin de son temps. Il met en images des réalités et des vérités même au sein de la fiction. Nécessairement, on s'appuie sur la réalité pour faire de la fiction, donc oui, dans ce sens-là il y a un portrait du monde autochtone. Ce n'est pas documentaire, parce que le « document » sert la fiction, mais c'est autant de fenêtres ouvertes sur des choses qu'on ne voit jamais. »

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