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Mardi 2 juin 2009 à 01h46

Tapis rouge et entrevues : J'ai tué ma mère

Photo Par Karl Filion

Le jeune réalisateur, scénariste, acteur et producteur Xavier Dolan présentait hier soir au public montréalais son film J'ai tué ma mère après avoir remporté trois prix au Festival de Cannes plus tôt ce mois-ci.

Voyez notre galerie de photos de la première en cliquant ici.

Le film met en vedette Anne Dorval, Suzanne Clément, François Arnaud, Niels Schneider et Patricia Tuslane, en plus de Dolan lui-même.

Le premier long métrage du jeune réalisateur pourra être vu sur les écrans montréalais dès le 5 juin, et à Québec dès le 12 juin.

Xavier Dolan

Après avoir foulé le tapis rouge du Festival de Cannes, comment se sent-on sur celui de l’Impérial? « Je suis un peu nerveux. Ici, c’est la famille, au sens large du terme. Si ça ne marche pas à Cannes, je prends l’avion et c’est fini. Je ne suis pas Cannois, je suis Québécois. »

« On a un buzz qui est positif, c’est une bénédiction pour nous. Le côté un peu moins glorieux de ça, c’est que les gens qui ne vont pas aimer le film vont se sentir floués, et vont m’imputer la responsabilité de leur avoir menti, alors que moi je n’ai jamais contribué à quoi que ce soit. »

« Il y a des gens qui vont voir un film et qui l’aiment, ça les touche, il y en a d’autres qui sont plus imperméables à ça, pour qui ça évoque peu de choses et qui trouvent ça chiant, ou prétentieux, ou long. »

« Je suis lucide par rapport au film, je sais qu’il y a des maladresses et des longueurs. Pour ce qui est d’être prétentieux, moi je suis plutôt que le film est brut et honnête. C’est un attribut des premiers films d’avoir une certaine prétention. »

Crois-tu que ton film est difficile d’accès? « Je ne sais pas, mais moi, en tant qu’être humain, je suis né il y a 21 ans, et quand j’ai été confronté à des choses que je ne connaissais pas, que je ne comprenais pas, je n’ai jamais été fermé, j’ai effectué une recherche. Moi c’est qui je suis, moi je m’exprime comme ça. Je ne fais pas un effort pour être comme ça, c’est ma personnalité, c’est ce que j’aime. »

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Tes comédiens ont-ils une qualité commune? « La réceptivité, la générosité. Et l’humilité. Ça ne leur dérange pas que moi, j’aille 19 ans et que je fasse : « Non, joue-le plutôt comme ça, parce que là c’est un petit peu trop. Recommence ». Ils pourraient faire : « Qui es-tu? Et qu’as-tu fait pour juger de mon jeu? ». Ça pourrait être une réaction adéquate, justifiable. Je suis jeune et je n’ai pas d’expérience, mais ils m’ont fait confiance. Je les remercie de m’avoir fait confiance. »

Tu abordes des thèmes très personnels, dont l’homosexualité, est-ce intimidant? « Non, je ne suis pas mal-à-l’aise. C’est sûr que c’est une mise-à-nu, mais comme je l’ai déjà expliqué, il y a des nuances entre la réalité et la fiction. Pas énormément, mais quelques-unes qui sont significatives. »

Aurais-tu voulu tourner des scènes supplémentaires? « Oui, j’auras voulu tourner d’autres scènes qui auraient rendu moins inopinée la tabassée, dans le film. Sans mettre en exergue ce thème-là, que j’avais envie de traiter mais seulement au plan secondaire. »

Anne Dorval

Comment avez-vous réagi quand Xavier vous a approchée? « Je doutais un peu, mais quand j’ai lu le scénario, vraiment, j’ai été très très touchée par sa lucidité, par sa profondeur, par les détails... La véracité avec laquelle il a composé le rôle de la mère. L’adolescent, c’est plausible, il vient juste d’en sortir, mais la mère! »

« C’est un boulimique de travail, il n’arrête jamais. Il est comme ça, c’est très rare qu’on rencontre des gens qui sont si pressés de vivre, pour qui il faut que les choses se passent vite. »

« Je lui disais d’attendre, qu’il n’avait pas besoin de le faire demain matin, son film, qu’il pouvait attendre deux ans d’avoir des subventions, mais il disait : « Non, dans deux ans, il va être trop tard, je n’aurai plus envie de tenir ce discours-là, je n’aurai plus envie de la raconter mon histoire. » Il a raison, il y bien des cinéastes qui souffrent de ça, attendre des subventions. »

« Tout le monde est surpris d’avoir vu un si jeune homme à Cannes, mais s’ils savaient les conditions dans lesquelles ont a travaillé, l’urgence avec laquelle ça s’est fait... Je n’ai jamais vu une chose pareille, et je ne pense pas la revoir de sitôt. »
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