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Vendredi 14 octobre 2005 à 11h00

Saints-Martyrs des-Damnés

Photo Par Karl Filion

À la veille de sa sortie, Cinoche.com a rencontré pour vous le réalisateur et l'acteur principal du film Saints-Martyrs-des-Damnés (lien vers la fiche du film et sa bande-annonce), un premier long-métrage de Robin Aubert très attendu, qui prend l'affiche dès vendredi, partout au Québec.

Même avant sa sortie officielle, on parle déjà beaucoup de ce nouveau film, qui a aussi été présenté au Festival de Toronto et au Festival International de Films de Montréal. Un précédent, un film unique, un nouveau genre pour le cinéma québécois; les qualificatifs ne manquent pas. "Quand on passe devant quelque chose et qu'on ne sait pas c'est quoi, on veut le comparer. On se dit : "ça, ça ressemble à une roche, ou une fleur". Je pense que c'est ça qu'on est entrain de faire avec mon film, trouver des comparaisons parce que c'est un OVNI parmi d'autres films. Ceci dit, j'accepte les comparaisons parce que on les fait avec des cinéastes que j'admire. Je pense à (André) Forcier ou à (Robert) Morin.", nous dit sans détour Robin Aubert, ancien participant de la Course Destination Monde.

Il précise aussi : "Ça nous a pris 2 ou 3 fois avant que Téléfilm Canada et la SODEC acceptent de nous financer, ils se disaient "Voyons, ça ne s'est jamais fait ce genre de chose-là, on ne sait pas s'il va y avoir un public pour ça.".

Alors, comment décrire ce film qui détonne apparemment du paysage cinématographique québécois des derniers mois, voire des dernières années?

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"Je ne peux pas te dire dans quel classement je le mets, oui c'est un film fantastique, mais c'est aussi un western psychédélique, un thriller psychologique de science-fiction, chaque personne peut l'interpréter à sa façon". Le réalisateur ajoute que, depuis la présentation du film, "on me sort des choses sur mon film que moi-même je n'avais pas vues, et que je préfère à ma propre définition". Des éléments qu'il préfère évidemment garder secrets, malgré notre curiosité.

Déjà, on sait que Saints-Martyrs-des-Damnés n'est pas un film comme les autres. François Chénier y incarne Flavien Juste, un journaliste pour un journal spécialisé dans le surnaturel et les événements mystérieux. Quand son éditeur l'envoie, avec son meilleur ami photographe Armand Despas, dans le petit village de Saints-Martyrs-des-Damnés, où plusieurs disparitions ont été signalées, Flavien s'embarque dans une quête pour retrouver son ami, pour révéler le mystère, et pour se redécouvrir.

Et pour convaincre un producteur de s'embarquer dans une aventure aussi atypique, Robin Aubert précise : "faut que tu soies bien convaincant, faut que tu saches où tu t'en vas. Faut que tu lui fasse comprendre un peu ce qui se passe dans ta tête. Je suis quelqu'un qui est bien préparé, qui travaille d'avance avec les partenaires, c'est-à-dire le directeur-photo, les costumes, la direction artistique. Je savais où je m'en allais bien avant de tourner, même un an ou deux avant."

Plusieurs mois de préparations pour un tournage de 40 jours avec les acteurs François Chénier, Isabelle Blais, Patrice Robitaille, et bien d'autres. Hubert Loiselle, aujourd'hui décédé, participe également au film.

"François Chénier c'est un chum et c'est lui que je voulais dans le rôle principal. Niveau acteur, j'ai eu ceux que je voulais. J'y allais avec instinct. J'ai fait des découvertes aussi." Le réalisateur mentionne les nom de Luc Senay et de Carl Hennebert, tout deux choisis pas le biais d'auditions.

Diriger des acteurs dans une histoire aussi inhabituelle, c'est évidemment plus difficile pour les acteurs eux-mêmes. "Moi je pense qu'un bon directeur d'acteur, c'est quelqu'un qui va chercher la meilleure personne pour le rôle. Du moment que c'est fait, il est seulement là pour guider. J'essaie toujours de diriger comme moi j'aimerais être dirigé, c'est-à-dire avec la liberté d'interpréter les choses comme je le pense" précise sagement le réalisateur, aussi acteur dans Radio-Enfer ou dans Temps Dur.

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Et les acteurs? François Chénier l'avoue sans hésitation, il a accepté le rôle de Flavien immédiatement. "Un scénario comme ça, ça arrive une fois dans une vie, je ne pouvais pas refuser ça. En plus, pour moi c'est une porte qui s'ouvre sur le milieu du cinéma."

Devant l'audace du scénario, d'ailleurs, l'acteur ajoute : "On se demande comment le réalisateur va rendre justice au scénario qu'il a écrit…C'est sur le plateau que je me suis rendu compte que Robin savait tellement où il s'en allait, qu'on n'avait pas à s'inquiéter.»

Pour ce qui est de sa vision personnelle du film, l'acteur ajoute : "le film, tout le monde le voit à ça façon, c'est ça qui est intéressant, moi je le vois comme quelqu'un qui part à la quête de son identité, même s'il ne voulait pas se rendre jusque là."

"On est très contents de la réaction et on sait que ce n'est pas un film qui va plaire à tout le monde en partant, ceux qui vont aimer ça vont beaucoup aimer ça par exemple. Il y a un mélange de genres dans ce film-là, peut-être que ça va en déstabiliser certains.Moi personnellement j'aime ça me faire surprendre…"

Qu'est donc Saints-Martyrs-des-Damnés? Selon François Chénier, "ce n'est pas seulement un film d'horreur, il y a une quête d'identité aussi, de la poésie."

Et pour ceux qui se demanderont, après avoir vu le film, comment expliquer cette scène d'amour onirique, voici les explications du réalisateur en personne : "Les deux personnages tombent en amour pour la première fois. Moi, quand je fais l'amour à quelqu'un, j'ai tout le temps eu l'impression que nos âmes faisaient la même chose au-dessus de nous. J'ai voulu interpréter le fait que c'est peut-être leurs âmes qui volaient comme ça. Je suis bien content du résultat."

Voir l'avenir

François Chénier sera prochainement des téléséries Rumeurs et René Lévesque. De son côté, Robin Aubert est présentement en période d'écriture, pendant qu'il continue la promotion de son film à travers le Québec. "J'ai le goût d'aller dans le bois et à la chasse, le tourbillon médiatique commence à m'étourdir."

Il demeure cependant lucide face à l'avenir, face à la sortie en salles imminente de son film. "Je me dois de laisser vivre le film par lui-même, ça fait trois ans que je le serre dans mes bras comme un enfant, là il a besoin de grandir tout seul. J'ai comme le feeling qu'il va trouver son public, je ne sais pas comment, peut-être que ça va prendre du temps, je suis confiant, il va finir par trouver sa route à travers les autres films québécois."

Alors, quelle différence avec les autres films des derniers mois? Comment Saints-Martyrs-des-Damnés, en sa qualité de premier film de quelqu'un, et de première excursion dans un nouveau genre – en tout cas peu exploré - de cinéma au Québec, est-il unique? "Le cinéma québécois, mais aussi partout dans le monde, a souvent tendance à prendre la main du spectateur. Parfois c'est bon de le laisser tranquille, de le laisser marcher dans le sentier tout seul, il va retrouver sa route. Moi, je veux laisser des portes ouvertes pour que le spectateur puisse aussi s'imaginer des choses, faire ses propres conclusions."

Saints-Martyrs-des-Damnés est donc un film très personnel, inspiré par les cauchemars de son réalisateur et scénariste.

L'avis de Cinoche.com

Sans équivoque un film unique. Il y a longtemps qu'on n'a pas vu quelque chose d'aussi différent de la tendance actuelle, qui se redéfinit très rapidement au cinéma. Saints-Martyrs-des-Damnés est un film moderne qui a conscience de lui-même. D'abord dans son traitement, bien sûr, mais aussi en tant que film populaire, commercialement exploitable, mais aussi très près des préoccupations de ses artisans. Le mélange presque idéal entre la folie créatrice et la conscience d'un marché impitoyable. Vraiment, l'expérience risque de plaire énormément. Peut-être pas à tout le monde, mais énormément quand même.

Lisez la critique complète de Karl Filion, en cliquant ici.

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