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Jeudi 9 août 2012 à 16h01

Radu Mihaileanu parle de La source des femmes

Photo Par Karl Filion
Une scène de La source des femmes

Le plus récent film du réalisateur roumain Radu Mihaileanu, responsable du film Le concert, sorti en 2010, prend l'affiche au Québec ce vendredi. Intitulé La source des femmes, le long métrage raconte l'histoire d'un groupe de femmes d'un village musulman qui décident de faire la grève de l'amour pour que les hommes décident d'amener l'eau jusqu'au village. Le film a pris l'affiche en novembre dernier en France, et a récolté plus de 600 000 entrées.

Le réalisateur s'est inspiré d'un fait divers pour écrire le scénario.  « C'est un fait divers qui s'est passé en 2001 en Turquie. Je travaille toujours sur deux ou trois sujets en même temps, et ce sujet-là trottait dans ma tête depuis 2001, mais je n'étais pas sûr d'en faire un film. En 2006, après Va, vis et deviens, j'ai dit à mon co-scénariste qu'il fallait absolument qu'on le fasse, parce que ça devenait vraiment très très actuel. »

« Les problématiques que le fait divers soulevait, qui pour moi étaient très métaphoriques, c'est le manque d'amour; la « source » des femmes pour moi c'est l'amour. Ce fait divers est exactement comme j'aime, avec humour, avec absurdité, avec audace et surprise; dans un petit village musulman, des femmes qui osent faire ça, contre l'habitude et la tradition, ça me paraissait à la fois petit et à la fois grandiose et exceptionnel. »

Tenez-vous à être fidèle à la réalité? « Certains de mes films s'inspirent de la réalité, mais ça ne m'intéresse pas de reproduire la réalité à 100 %. Dans le cas présent, je dois être fidèle à l'identité, à la culture et à la religion du monde musulman pour bien la comprendre, et savoir ce que c'est qu'être femme dans ce milieu-là, mais ce qui m'intéresse comme artiste c'est de faire ma proposition. Prendre la réalité, mais décoller vers l'imaginaire. C'est pour ça que le film est à la fois réaliste et un conte oriental; je ne l'ai pas situé dans un pays, je n'ai pas voulu le situer dans le temps... »

Vous devez donc respecter la langue. « Je respecte une des langues arabes, parce que je ne voulais pas faire un film comme à l'américaine où ils croient que l'arabe c'est partout pareil et que les Tunisiens, les Marocains et les Algériens se comprennent; c'est faux, et j'ai choisi une unité de langue pour être crédible. Je prends certaines coutumes comme base, des traditions ou des costumes de certaines cultures, parfois je sors le joker et je saute de la culture berbère marocaine à d'autres parce que ça m'arrange, mais après je décolle. »

Comment le public français a-t-il réagi? « Ici, on a fait la version originale en arabe, et on a fait une version française. Pour deux raisons : il y a des publics qui ne voient pas des films sous-titrés parce qu'ils ne veulent pas lire, et aussi, deuxième raison, j'ai pensé à ces Maghrébins non-marocains, qui ne comprennent pas le marocain, mais qui se sont identifiés à ce film, qui ne lisent pas le français. Il fallait faire pour eux aussi une version en français pour qu'ils aient cette nostalgie de chez eux. »

Cela vous convient? « Disons que je n'irais pas le voir dans la version doublée. C'est utile, ce n'est pas dans cette version que je me reconnais. Je me reconnais dans la version originale parce que c'est là où il y a la musique, la mélodie que j'ai voulues dès le départ. » Au Québec, le film prend l'affiche dans sa version originale avec sous-titres français, à l'exception du Clap qui présentera les deux versions.

Vous avez tourné sur place, au Maroc, pour vous imprégner encore davantage de la culture. « Oui. En Occident, pour tourner, on va à la police où à la mairie, on demande une autorisation et c'est oui ou non, très vite. Au Maroc, au village, on arrive, on prend le thé avec les hommes, on mange le tajine, on apporte des cadeaux et on explique ce qu'on veut faire. On apporte un scénario, mais très peu le lisent. Ceux qui lisent racontent aux autres. On explique ce qu'on fait faire, comment on va venir, combien on va être, où on va manger, comment on va travailler avec eux, on est venu une semaine pour parler. Ils vous regardent dans les yeux. Ils jugent s'ils peuvent vous faire confiance ou pas. C'était sublime. »

« Pour ma richesse personnelle, d'aller tous les jours chez eux, d'aller boire le thé chez eux, de voir comment vont les enfants, comprendre les rapports... Faire un film demande beaucoup de complexité et de profondeur, et j'ai eu l'impression à la fin d'être plus riche, humainement et personnellement. »

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