entrevue
Mercredi 1 mai 2013 à 16h02

Philippe Le Guay parle de Molière à bicyclette

Photo Par Karl Filion

Philippe Le Guay et Fabrice Luchini sur le plateau de Molière à bicyclette

Fabrice Luchini et Lambert Wilson tiennent la vedette dans Molière à bicyclette, un film du réalisateur et scénariste Philippe Le Guay. Sorti en France sous le titre Alceste à bicyclette, du nom d'un personnage de la pièce de Molière que les personnages principaux désirent jouer, le film a franchi le cap du million d'entrées plus tôt cette année. Nous avons rencontré le réalisateur à Paris lors de la sortie du film.

Comment est né le projet de Molière à bicyclette? « C'est venu d'une circonstance : je devais retrouver Fabrice Luchini pour lui donner le scénario des Femmes de 6e étage, puisqu'il n'arrêtait pas de le perdre. Finalement, il se trouve qu'il a une maison à l'Île de Ré - qui est une petite île en face de La Rochelle - donc un jour j'arrive à l'Île avec le scénario pour lui donner, pars en vélo parce qu'il habite au bout des marais, il vient à ma rencontre et en chemin il se met à réciter la scène 1, de l'acte 1 du Misanthrophe. »

« Tout de suite, j'ai vu un film. L'histoire d'un acteur qui ne veut plus jouer, qui habite à l'Île de Ré et qui lit des textes, tout seul. C'est une image qui est venue de lui. Il n'y a que lui qui a un rapport si fort au texte, qui connaisse les textes, dans toutes circonstances, des circonstances très banales, il se met à réciter des vers... »

« Il se trouve aussi qu'il y a 30 ans, Fabriche avait eu l'idée de jouer le Misanthrope en alternance, Phillin et Alceste, les deux personnages amis de la pièce. » On a là la base du récit du film.

Luchini représente en quelque sorte le pont entre les textes et le public, il va à la rencontre des gens. « Vous avez tout à fait raison. Il a cette passion du texte. Il a organisé des festivals, il organise des spectacles où il dit des textes de Molière, de Lafontaine, de Baudelaire, de Céline... Il a créé un genre très particulier. Il parle au public. »

« Souvent Luchini compare un acteur à un pianiste qui fait des gammes. Les grands textes classiques, en particulier avec l'alexandrin, sont un peu l'occasion pour les acteurs de pratiquer, comme un violoniste qui tous les jours travaille son instrument. »

Quel est votre travail auprès d'eux, qu'aimez-vous leur dire? « Moi qui ai du mal à retenir deux alexandrins d'affilés, je suis d'abord ébloui par cette faculté de mémoriser, bien sûr, mais aussi de restituer en profondeur le texte, de rendre clair, accessible, ce qui est extraordinairement travaillé sous le forme du style. Je suis ébloui de la manière dont certains acteurs arrivent à créer de l'émotion. Je suis un metteur en scène qui est reconnaissant aux acteurs de s'exposer physiquement, d'abord le courage d'y aller. »

« Le metteur en scène s'expose aussi quand il fait un film, mais c'est différent. On n'expose pas son visage, on n'expose pas son corps. »

À cause de certaines scènes ironiques, les acteurs ont parfois à « jouer mal » délibérément, notamment Lambert Wilson. « Lambert, il a l'humilité, mais encore plus que ça, il a de l'humour. Il n'a pas peur de paraître ridicule et la capacité de se moquer de soi... c'est merveilleux. »

Peut-on préparer ce qui doit naître sur le plateau? « La préparation sert à poser les fondements, mais évidemment, rien n'est arrivé tant qu'on n'est pas dans la sensation de tournage. Ça vaut toujours le coup d'essayer de faire autre chose que ce qu'on vient de faire. Parfois, on a des surprises, et parfois c'est pas bien. On est là pour essayer d'explorer, d'approfondir. »

« Ma responsabilité c'est de le faire dans quelque chose de joyeux, parce qu'on a la chance de travailler, d'être sur un plateau. C'est dur de faire un film, de convaincre, de financer, mais une fois qu'on est là... Il y a des metteurs en scène et des acteurs qui sont anxieux, j'essaie de prendre du plaisir. »

Au-delà du changement de titre, comment croyez-vous que le public québécois recevra le film? « Il y a, au Québec, l'obsession de la langue, et c'est une obsession qui est dans le film, partagée par le personnage. Sans cette obsession, cette manière presque vitale de dire les mots, il n'y aurait pas eu de film. Je crois que ce n'est pas un hasard que Luchini soit un petit-fils d'immigré italien, parce que l'identité française, il la vit par la langue. Je crois qu'au Québec, il y a cette question d'identité par la langue très forte. Par ça, il y a quelque chose qui va peut-être toucher le public du Québec. »

Distribué par Métropole Films, Molière à bicyclette prend l'affiche ce vendredi à Montréal et Québec.

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