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Mardi 24 avril 2012 à 16h01

Paul Arcand parle de Dérapages

Photo Par Karl Filion
Paul Arcand

À quelques jours de la sortie de son documentaire Dérapages, nous avons rencontré le réalisateur Paul Arcand afin d'aborder le sujet des habitudes de conduite des jeunes.

Arcand, qui a aussi réalisé les documentaires Les voleurs d'enfance et Québec sur ordonnance, s'inspire souvent de l'actualité pour aborder des sujets sociaux. « Ce n'est pas une nouvelle en particulier, c'est des phénomènes sociaux. Dans ce cas-ci, ce qui est arrivé, c'est que je travaillais sur des idées de documentaire, mais rien de précis, et puis bon, comme je suis exposé à l'actualité tous les jours... Je me rapporte à l'été 2010, juin 2010, il y a eu un certain nombre d'accidents impliquant des jeunes conducteurs. J'ai deux fils, dans la vingtaine, tu regardes ça et tu te dis : est-ce que c'est pire qu'avant? C'est quoi les différences par rapport à quand moi j'étais conducteur à vingt ans? »

« Le premier week-end de tournage, c'est là qu'est arrivé l'accident de Drummondville. Moi, je me suis reconnu dans ça; moi, des partys de garage j'en ai fait, boire de la bière avec la gang de gars, c'est plus ça pour moi que le Café Campus. Tout de suite c'est venu me chercher. Tu te dis : on a tous fait des niaiseries, et on a tous été - à date - chanceux. Je trouvais injuste le traitement qui avait été fait dans les médias des gars de Drummond où c'étaient tous des ivrognes, des caves, des imbéciles... »

« C'est ça la beauté d'un documentaire, c'est que tu as le temps de revenir, de ne pas juste faire un topo pour le soir même. »

Les gens sont-ils plus à l'aise de se confier à vous parce que vous êtes... vous? « Faudrait leur demander... Je pense que le fait que je sois connu ça aide, mais aussi ça nuit. J'ai vu les deux. Je ne voulais pas faire un film d'un gars de cinquante ans qui explique aux jeunes comment conduire et comment être. C'est un film pour les montrer, dans leurs contradictions, mais aussi devant les faits et en même temps les laisser parler. Je suis très fier d'avoir pu établir des liens avec les parents de Drummond avec Claudia... Je pense que ce lien-là est fondamental pour faire du documentaire. »

Le fait que vous soyez un homme et que vous vous adressiez majoritairement à des garçons vous aide-t-il à avoir une discussion plus honnête? « Dans le cas des gars, oui. Ça permet des conversations franches. Tu dis que tu roules à 200 km/h? Es-tu en train de me bullshiter? C'est-tu vrai ou pas vrai je sais pas, mais je peux dire qu'on en a pogné une couple sur l'autoroute à cette vitesse-là par exemple. »

Avez-vous acquis une meilleure maîtrise des mécanismes cinématographiques au fil des films? « Je pense qu'on apprend d'un film à l'autre, mais de travailler avec des gens qui sont expérimentés, tant au niveau de la direction photo que du montage... ils peuvent emmener ça plus loin. J'apprends. Moi, je raconte des histoires. Mon expérience en journalisme radio, télé, c'est d'être capable d'aller chercher des histoires et de les raconter le mieux possible. »

« La beauté du documentaire, c'est que moi j'ai du temps, je ne suis pas pressé. Je peux retourner plusieurs fois. Carl Chaperon de Drummondville, je l'ai fait quatre ou cinq fois; près de l'arbre, à l'école, au garage où ça s'est passé. Je le changeais de place, parce que je voulais l'emmener plus loin. »

Vous laissez parler les jeunes. « On est bon pour poser des étiquettes; les palettes, les Honda... Il y a une partie de vraie dans tout ça, mais ce n'est pas tout vrai, ils ne sont pas juste caves. Je les trouve articulés. Oui, des fois ça n'a pas de sens ce qu'ils racontent, mais... Ils ont des opinions, des idées, faut les écouter. »

Ils semblent capables de pardonner. « Ils pardonnent quand ils connaissent. Quand c'est un inconnu, ils ne pardonnent pas. »

Est-ce votre responsabilité de proposer des solutions? « Non. J'ai voulu faire deux choses. D'abord laisser les jeunes en proposer; eux, ce qu'ils disent, dans le fond, c'est : si t'es con, bien paye pour. Moi si je ne suis pas con, je n'ai pas à payer pour les autres. Alors les histoires de couvre-feu, ça les fait suer au bout. Ils sont très sévères à l'endroit des mauvais conducteurs. J'ai aussi pris quelques exemples de trucs qui existent ailleurs et qui, paraît-il, ont marché. »

Avez-vous eu vent de réactions politiques? Vous avez dans votre famille un député... « Un ministre! Mais sur le film comme tel, non. Je ne suis pas quelqu'un qui raconte tant que ce n'est pas fini. On va voir la réaction qui va suivre. Une réaction politique souvent ça implique des changements à la loi, mais... l'arsenal québécois n'est pas mauvais, je ne suis pas en train de dire que ce n'est pas bon. C'est une question de rapport avec l'auto. La réalité de Montréal c'est une chose, la réalité des régions c'est autre chose. »

Dérapages prend l'affiche dans les cinémas ce vendredi.

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