entrevue
Mercredi 18 décembre 2013 à 15h59

Pascale Ferland parle de Ressac

Photo Par Karl Filion
Sur le plateau de Ressac

Ressac, le premier long métrage de fiction de Pascale Ferland, prend l'affiche ce vendredi à Montréal, à Québec et à Drummondville. La réalisatrice, qui a aussi signé les documentaires L'immortalité en fin de compte, L'arbre aux branches coupées et Adagio pour un gars de bicycle, a également écrit le scénario du film en plus de le produire.

Le long métrage met en vedette Clémence Dufresne-Deslières, Nico Lagarde et Muriel Dutil dans le rôle de trois femmes qui doivent composer avec le départ puis la mort du père de famille, forcé d'aller chercher de l'emploi en dehors de leur petit village.

L'histoire du film est inspirée d'une expérience personnelle vécue par Pascale Ferland. « Pendant six mois je me suis loué une maison là-bas pour tourner un court métrage. C'était un 2008, un an après l'échec total de la relance de la Gaspésia. C'est une des premières usines de pâtes et papier qui a fermé, en 1999, et pendant dix ans les gens ont espéré une relance qui a finalement avorté. En allant là-bas, j'ai pu saisir vraiment le pouls de ce qui c'était passé. »

« Quand on fait du documentaire, on porte son regard sur autrui, et quand on fait de la fiction, on part de soi-même. En rencontrant la travailleuse sociale qui a rencontré les travailleurs de l'usine lorsqu'elle a fermé, elle m'a dit que c'était comme le choc post-traumatique d'une guerre. Les hommes partaient parce qu'ils n'avaient pas de travail, alors il reste juste les femmes, les enfants et les vieillards. C'est les femmes qui tenaient le tissu social. »

« J'ai eu envie de parler du ressenti d'un événement dramatique sur les femmes qui restent. »

« C'est un film très identitaire. En région, les gens se reconnaissent dans une histoire comme celle-là parce que les hommes partent beaucoup chercher des jobs, ils travaillent dans la forêt ou vont travailler en mer, et les femmes restent. Ça fait presque partie de l'histoire du Québec. Pour moi, c'est un film sur l'identité, mais aussi sur la déliquescence culturelle aussi. »

On ne voit que très rapidement le personnage du père. « Édouard est un personnage christique; il est sacrifié dès le début du film mais c'est par lui que passe la rédemption de la famille. Chacun des personnages féminins a une qualité importante que les autres n'ont pas, et c'est la somme de ces qualités-là qui va faire qu'elles peuvent s'en sortir. »

« J'ai voulu m'éloigner du réalisme social pour vraiment explorer la symbolique qu'on peut voir en fiction; les zones oniriques, la poésie... J'ai voulu explorer l'impact du drame sur les femmes, donc j'ai travaillé le ressenti. »

Quelle différence entre la gestion d'un plateau documentaire et celle d'un plateau de fiction? « En documentaire, on est libre. C'est complètement différent, on a un plus grand contrôle. La fiction, c'est un art de compromis. Ce qui est fabuleux cependant, c'est qu'on travaille avec d'autres créateurs - le directeur photo, le directeur artistique - et il faut rester à l'écoute parce que ces gens-là peuvent apporter énormément au film. Tout en gardant un contrôle sur la ligne éditoriale. »

Avez-vous respecté fidèlement le scénario? « On s'est inspiré beaucoup des lieux pour adapter le scénario au budget et à l'atmosphère qu'il y avait. On a essayé le plus possible de faire passer les choses par le non-dit. C'est comme ça que ça se passe là-bas. »

Les trois actrices sont de trois générations différentes. Fallait-il les diriger différemment? « Oui. Muriel, c'est l'expérience, donc elle comprend très vite les directives. On sentait beaucoup l'expérience du travail avec les metteurs en scène. Nico Lagarde a travaillé beaucoup plus au théâtre, donc elle posait beaucoup de questions, faisait des propositions, c'était une relation un peu plus d'échange. La jeune Clémence, c'est une grande découverte, elle a une capacité de donner une couleur différente à chaque prise. »

« Le travail est différent avec chacune selon leur énergie et leur expérience, mais les trois actrices vivaient dans le même chalet. Elles ont appris à travailler ensemble et à se connaître personnellement. Je crois que ça se répercute beaucoup dans le film cette expérience de vie là. »

Ressac, qui est distribué par K-Films Amérique, prend l'affiche ce vendredi.

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