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Jeudi 8 décembre 2011 à 16h01

Michel Hazanavicius parle de The Artist

Photo Par Karl Filion
Michel Hazanavicius sur le tapis rouge de The Artist

Le réalisateur Michel Hazanavicius était de passage à Montréal le week-end dernier afin de présenter le film The Artist, un long métrage muet en noir et blanc qui prend l'affiche ce vendredi, au public montréalais. Le film met en vedette Jean Dujardin et Bérénice Bejo dans le rôle de deux acteurs d'Hollywood à l'aube du cinéma parlant.

On pourrait penser que pour les acteurs, ce travail sans dialogues complexifie grandement leur travail. « Pas du tout. Pour eux c'est pareil, la difficulté est pour le scénariste. Il faut écrire une histoire qui se raconte sans dialogues, à travers des images. Je demande aux acteurs justement de ne pas faire de mime ni de pantomime, mais de jouer naturellement. Sur les séquences, ils jouaient et ils parlaient, je ne leur ai pas demandé de faire des numéros de clowns et de mimer le jeu des années 20, je leur ai demandé d'incarner leurs personnages et de respecter les situations comme ils le font habituellement. »

« Par contre, ce format met en valeur les acteurs comme aucun autre format. Il les rend complètement mystérieux, par le fait qu'il n'y ait pas de son ni de couleur, le spectateur recrée l'environnement sonore, l'environnement de couleurs, et il les fait siens. »

Les spectateurs d'aujourd'hui ne peuvent pas savoir comment se regardaient ces films des années 20. « C'est un format auquel on n'est plus habitués, les gens ne sont plus habitués à le regarder et moi, je n'en ai jamais fait et je ne connais pas de réalisateur qui en ait fait. Bien qu'il y ait un réalisateur canadien, qui s'appelle Guy Maddin qui fait du cinéma muet et en noir et blanc, mais dans un truc très confidentiel. Moi je voulais être plus populaire, plus mainstream. »

« Ce qui a modifié mon approche c'est d'essayer de trouver la méthode et d'essayer de comprendre les règles du jeu. »

« Les gens ont une vision complètement stéréotypée de cette époque, ils connaissent, en gros, Charlie Chaplin et Buster Keaton. Ils connaissent des clowns - aussi géniaux soient-ils, ce sont des personnages de clowns. Cela ne les empêche pas d'être de grands acteurs, mais j'ai essayé de faire autre chose. Les gens sont très étonnés parce que c'est un cinéma qu'ils ne connaissent pas et qui se rapproche plutôt de réalisateurs comme Murneau, comme John Ford ou Alfred Hitchcock. »

Il y a un grand plaisir cinéphilique à trouver les nombreuses références. « Un peu comme j'avais fait pour OSS 117, j'ai essayé de travailler sur plusieurs niveaux. Ces films plaisaient autant à des enfants de 8 ans qui n'avaient jamais vu un film d'Hitchcock qu'à des adultes beaucoup plus cinéphiles qui en plus retrouvaient le plaisir des références et du jeu avec les codes d'un certain type de cinéma. Là, j'essaie de faire pareil. »

« Si vous êtes cinéphile, il y a plein de choses que vous allez retrouver qui vous feront plaisir, et si vous n'êtes pas cinéphile, vous aurez accès à une histoire d'une manière par laquelle vous n'avez jamais eu accès, c'est-à-dire sans les dialogues. Rien, à part des images en mouvements, qui est la spécificité même du cinéma. C'est ce qui n'appartient à aucune autre forme d'expression, les images en mouvements. »

Cette manière de faire permet en quelque sorte de s'adresser à toute la planète, puisqu'on contourne la barrière de la langue. « Bien sûr. Quand le cinéma parlant est arrivé, les cinéastes se sont rendu compte qu'ils venaient de perdre une utopie, celle d'un langage universel, une utopie qui était complètement spécifique au cinéma, encore une fois. Avec l'arrivée des dialogues, chaque cinématographie est rentrée dans son pays. Ce film-là, d'une certaine manière, en effet, rend hommage à ce langage universel. »

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