entrevue
Jeudi 1 mars 2012 à 16h48

Maïwenn parle de Polisse

Photo Par Karl Filion
Une scène de Polisse.

Le long métrage Polisse, réalisé par Maïwenn et présenté en ouverture de Cinémania l'automne dernier, prend l'affiche au Québec ce vendredi, fort de son Grand Prix du Jury remporté à Cannes en mai 2011. Le film, qui s'intéresse à la Bridage de protection des mineurs de Paris, porte un regard sur le quotidien et la vie privée de policiers chargés de protéger les enfants victimes d'abus de toutes sortes.

C'est suite à un stage auprès de la Brigade réelle que la réalisatrice a décidé de raconter cette histoire, inspirée de nombreux faits réels sordides.

Croyez-vous que le fait que le film soit inspiré de faits réels influence la perception des spectateurs? « J'ai beaucoup réfléchi avant de mettre le carton au début du film pour dire que toutes les histoires étaient tirées de faits réels; oui, je trouve qu'on a une autre lecture du film. Parce que sinon on peut se dire que c'est trop... je trouve que ça contribue à l'émotion. »

« Il y a aussi un souci d'honnêteté, c'est-à-dire que je ne fais pas ça seulement pour que les émotions soient au plus haut, je le fais parce que j'ai vu des choses, on m'a raconté des affaires, c'est un souci d'honnêteté de scénariste, aussi. Il faut le dire, c'est honnête; on n'a pas inventé les histoires, on est partis de faits réels. »

Comment s'est déroulée votre expérience sur le terrain avec les policiers? « Disons qu’eux voulaient surtout m'en mettre plein la vue, ils voulaient que je regarde des gardes à vue qui étaient très spectaculaires et tout ça, alors que moi, ce qui m'intéressait, c'était de les voir entre eux. Les voir manger, faire la pause, l'apéro; ils pensaient que plus je voyais des choses policières, plus ça m'intéressait, mais pas trop en fait. »

« Ce qui m'intéressait c'était comment ils se protégeaient émotionnellement, comment ils géraient leurs histoires d'amour, quel rapport ils avaient avec leurs enfants... Quand j'écrivais, je pensais déjà à des acteurs. »

Qu'ont-ils en commun? « Les acteurs du film ont tous la particularité de faire « populaire », ils représentent les Français populaires, fonctionnaires, je trouve. Ils ressemblent à des flics. »

On a une conception des policiers dans la réalité qui s'inspire déjà des nombreux policiers qu'on a vus au cinéma... c'était un piège à éviter? « Le piège à éviter pour mon film à moi c'était la complaisance, le côté racoleur, larmoyant, pathos. Mais l'incarnation des policiers, ça a toujours été représenté par des hommes virils beaux, cascadeurs, mais pour moi très vite cet aspect-là a été écarté, puisque ce n'est pas comme ça que cette brigade fonctionne. C'est venu naturellement, ce ne sont pas des héros dans le même sens que les autres films policiers qui ont été faits avant. »

Comment trouvez-vous ce « réalisme »? « Le réalisme, ça se travaille, je pense, mais de plein de manières différentes. Le travail ce n'est pas qu'avec du papier, des stylos, des crayons et des dessins, ça se travaille beaucoup dans la tête. Tout est dans ma tête, et je transmets ce qu'il me semble utile de transmettre. Je dévoile le moins possible, aux acteurs carrément presque rien. Après, je dévoile un peu à l'équipe technique. Mais je trouve que tout le monde doit être surpris sur le plateau. »

Vous jouez dans le film... « Je n'ai pas aimé jouer dans ce film. Je me suis dit que c'était bon là, il fallait arrêter. J'ai joué dans mes trois premiers films, il faut raconter des choses différemment maintenant. C'est bon de passer à autre chose. »

Mais d'être à l'intérieur des scènes vous donne-t-il un avantage, un accès privilégie aux comédiens? « Oh non, je crois pas. Je ne suis pas une grande actrice, je pense qu'ils ont même tendance à me voir comme un actrice frustrée narcissique. »

Devez-vous vous adapter aux méthodes des comédiens? « Ah, mais non, c'est ma méthode! C'est pas eux qui inventent la façon de travailler, c'est moi. Je m'adapte à eux, mais c'est moi qui dirige tout. » Comment ça fonctionne? « Je sais pas, ça dépend de la scène, ça dépend de l'acteur, c'est du cas par cas. » Mais vous parlez de « votre » méthode... « Oui, mais la simplifier ça dans une phrase dans une interview, c'est pas possible... c'est vraiment du cas par cas. J'essaye de fabriquer quelque chose qui me semble vrai à l'oreille. La vérité c'est sonore. »

Envisagez-vous le public lorsque vous faites le film? « Ah, mais non, moi je n'y pense pas! Quand je fais un film, je suis amoureuse du sujet de toute façon. Et quand je suis amoureuse, rien ne m'arrête. C'est comme dans la vie, si je suis amoureuse de quelqu'un qui va être mauvais pour moi, personne me l'enlèvera. S'approprier un sujet pour un film, ça a le même sens, les mêmes convictions. »

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