entrevue
Jeudi 27 mai 2010 à 15h41

Luc Dionne et Alain Lefèvre parlent de L'enfant prodige

Photo Par Karl Filion
Patrick Drolet dans L'enfant prodige

Comme deuxième long métrage, le réalisateur et scénariste Luc Dionne s'est consacré au projet sur le pianiste André Mathieu, L'enfant prodige. Une véritable histoire de passion qui lui a permis de rencontrer le pianiste Alain Lefèvre, qui essaie de faire reconnaître Mathieu chez lui, au Québec, depuis des années. « Quand j'ai commencé à parler d'André Mathieu, il y a 33 ans, dit ce dernier, ce qu'on se rappelait de lui c'est l'image que Wilfrid Pelletier en donnait, c'est-à-dire : « André Mathieu c'est un clown. » Le cinéma transporte une forme de culture à travers le monde, et si le film a le succès public que j'ose espérer qu'il aura, il aura réussi son mandat. »

Un mandat que le réalisateur s'est approprié dès le départ. « Avant de voir ce film, je l'ai entendu. Sans minimiser le drame ou le chemin tortueux de la vie d'André Mathieu, ce qui m'a bouleversé c'est la musique. Il y a une profondeur dans cette musique-là, une simplicité harmonique qui m'a profondément interpellé. C'est pour cette raison-là que j'ai voulu faire le film. »

« Je suis musicien de formation, et mon rêve c'était d'être chef d'orchestre dans la vie, poursuit Dionne. Ma mère était pianiste. J'ai toujours rêvé de faire un truc sur la musique - pas nécessairement sur un musicien - et j'ai entendu Alain Lefèvre parler d'André Mathieu. On s'est rencontré, et on a parlé de Mathieu pendant des heures et des heures. »

« La première chose que j'ai écrite, c'est la trame musicale. J'ai tracé la colonne vertébrale du film, et sur cette trame j'ai écrit un scénario. La musique a été porteur de la dramatique du film. Il ne s'agit pas de refaire toute l'historique de la reconnaissance du statut de compositeur au Québec, mais ça s'inscrit dans la démarche artistique d'André Mathieu et de son père pour reconnaître les compositeurs au Québec. »

Qu'ajoute le cinéma à la démarche musicale? « Le médium du cinéma peut très bien servir la musique, comme la musique sert très bien le cinéma. C'est un échange de bons procédés. C'est un film qui soutient la musique. La musique est là parce qu'on veut faire connaître la musique d'André Mathieu. Je veux vous dire : « écoutez, et regardez - parce que tu peux aussi regarder quelqu'un qui exécute cette musique-là - cette musique. »« J'ai fait le film que j'ai voulu; j'aurais pu aller plus profondément dans le drame d'André Mathieu : ça ne m'intéresse pas! Un créateur qui a de la misère à faire reconnaître son oeuvre ou qui tombe dans l'oubli, je l'ai entendue mille fois cette histoire-là. »

Était-il important de respecter les personnes réelles desquelles les personnages sont inspirés? « On ne peut pas sortir du cadre historique de ce qu'a été André Mathieu et de ce qu'il représente. Évidemment, une biographie filmée, ce sera toujours le condensé d'une vie. C'est toujours truqué, on ne peut pas raconter 30 ans en deux heures. »

Avez-vous eu les moyens de vos ambitions? « Absolument. Il y a des trucs qu'on peut difficilement faire lorsqu'on fait des trucs d'époque. Il y a des limites techniques parce qu'on a recréé des décors en studio. Des appartements des années 30, à Montréal, ça n'existe plus. On construit ces décors-là, et comme on les construit, on perd toute une profondeur de champ. Il y a des trucs qu'on ne peut pas faire. Mais le travail orchestral, les salles qu'on a eues, en Bulgarie. Je suis tellement heureux qu'on ait respecté l'intégrité artistique de l'oeuvre. Je ne vais pas changer l'interprétation de cette musique-là parce que je suis au cinéma. »

« La musique romantique, c'est souvent le lyrisme des cordes, qui se trouve dans la profondeur, dans la construction et la progression des accords. »

Après avoir porté sur lui de faire reconnaître la musique d'André Mathieu, Alain Lefèvre est soulagé de voir le film prendre l'affiche. « J'ai un sentiment double. D'abord de bonheur, parce que la musique est omniprésente dans le film. L'autre sentiment, c'est peut-être un peu de fatigue. C'était tellement difficile de se battre, de convaincre mes compatriotes, de voir au quotidien qu'André Mathieu était respecté et admiré à l'étranger où je jouais, mais pas chez lui au Québec. »

Le film s'intéresse à la notion de compositeur et à celle de pianiste. Mathieu voulait être compositeur. Qu'est-ce qui différencie les deux? « La tradition du pianiste-compositeur est une vieille tradition romantique, et Mathieu s'inscrivait naturellement dans cette voie-là. Il se peut - je dis bien il se peut - que Mathieu était un peu fatigué avant le temps. Peut-être que jeune il avait été pas mal poussé, peut-être qu'il n'avait plus envie d'être un pianiste, de la discipline de faire huit heures de piano par jour, et pour lui être compositeur, c'était peut-être moins de travail. Mathieu ne s'est pas aidé tout le temps. »

« Moi, quand je défends André Mathieu, je défends le Québec. Avec le film, on propose. Si les gens aiment ça ou n'aiment pas ça, c'est leur droit. Mais moi j'aime la culture, la culture c'est ma survie. J'espère que le film sur André Mathieu va servir le principal intéressé, c'est-à-dire la musique classique, auprès de nos compatriotes. On doit absolument essayer d'avoir une identité culturelle forte. »

L'enfant prodige prend l'affiche ce vendredi.

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