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Samedi 2 avril 2011 à 07h00

L'Hebdo : Tamias chantants, cochons d'Inde espions et lapins fugueurs

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

La compagnie 20th Century Fox avait réussi un coup de génie en 2007 en redonnant vie aux personnages d'Alvin and the Chipmunks grâce à un long métrage, assez réussi, qui recoupait animation et acteurs réels. Le film a récolté 217 millions $ au box-office nord-américain et près de 145 millions $ dans le reste du monde. La production s'est classée en neuvième place des oeuvres les plus rentables au classement domestique cette année-là devant 300, Ratatouille et The Simpsons Movie. La recette n'était pourtant pas nouvelle, on se rappelle tous du succès qu'a connu Who Framed Roger Rabbit - le film avait amassé 156 millions $ en Amérique du Nord et 173 millions $ ailleurs dans le monde en 1988. Ce dernier se retrouve d'ailleurs en 34e place des films d'animation les plus populaires de 1980 à aujourd'hui, il surpasse donc des productions récentes telles que The Princess and the Frog, Megamind et Gnomeo and Juliet.

La plus vieille oeuvre répertoriée amalgamant animation et action réelle remonte à 1900 alors qu'un court métrage de deux minutes, réalisé par J. Stuart Blackton, présentait un homme qui donnait périodiquement vie à un personnage qu'il dessinait sur un tableau fixe. Le concept a par la suite été réutilisé par des centaines de créateurs dans le milieu cinématographique. On a qu'à penser au classique Mary Poppins (paru sur les écrans 1964) dans lequel, à un certain moment, des pingouins dansent avec les acteurs, ou au film Pete's Dragon de la compagnie Walt Disney Pictures (qui a pris l'affiche dans les cinémas nord-américains en 1977) pour s'apercevoir que la technique est loin d'être une révolution du XXIe siècle, tous comme le sont les films traditionnels en 3D d'ailleurs. Space Jam a lui aussi marqué le style en inversant les rôles; Michael Jordan plongeait dans le monde animé des Looney Tunes pour les aider à remporter une partie de basketball contre des martiens malveillants. Le film a accumulé 230 millions $ à travers le monde et s'est retrouvé au quatrième rang des longs métrages classés PG (pour tous, mais la supervision des parents est conseillée) de l'année 1996.

Évidemment, les procédés pour transporter un personnage animé dans un univers réel ont bien évolué depuis l'oeuvre noir et blanc de Blackton, mais en ce qui concerne les films mettant en scène des personnages animés du genre « cartoon » - comme Alvin et les Chipmunks, Bugs Bunny ou Roger Rabbit (excluons donc tout le travail d'animation que l'on peut voir par exemple dans Lord of the Rings ou dans Jurassic Park) -, ce sont généralement les séquences réelles qui sont tournées en premier. On indique alors à l'acteur à quel endroit il doit regarder, où sera placé son interlocuteur animé, et, par la suite, l'équipe chargée de l'animation insérera les différents protagonistes (souvent des animaux) issus du monde fantastique. L'alliage est aujourd'hui beaucoup plus convaincant et fluide qu'il ne l'était à l'époque; même si on garde de bons souvenirs de Roger Rabbit au cinéma, on ne peut qu'admettre que le film a plutôt mal vieilli. Peut-être que dans quelques années, nous serons accablés par le trio de tamias chantant des classiques des Pussycat Dolls ou de Beyonce.

Ce ne sont pas toutes les oeuvres de ce genre qui ont bien fonctionné dans les dernières années. Garfield: A Tail of Two Kitties, par exemple, n'a pas reçu l'accueil escompté (le film n'a récolté que 18 millions $ en Amérique du Nord), tout comme Looney Tunes: Back in Action, paru en 2003, qui a réussi à amasser une somme (presque gênante pour un film au budget de 80 millions $) de 20 millions $ chez nous. Certains prédisaient même la fin de cette ère qui fusionnait animation et action réelle. Les tamias ont par contre sauvé la situation en 2007 et depuis on a pu voir des cochons d'Inde sauver le monde (G-Force), le chat du Cheshire flotter dans le monde imaginaire d'Alice (Alice in Wonderland) et Yogi voler des paniers de pique-niques à de pauvres campeurs du parc Jellystone (Yogi Bear).

Il y a dans ce genre de productions composites un élément de magie, d'enchantement, qui dépasse la simple animation. Pour un enfant, de voir son personnage préféré se mouvoir dans un univers qu'il connaît, qui est le sien, est davantage impressionnant, spectaculaire, que de visionner une autre oeuvre d'animation qu'il assumait déjà comme fictive et improbable à un tout jeune âge. On peut peut-être associer le phénomène à celui des « amis imaginaires » qui habitent parfois l'esprit des bambins; des êtres chimériques qui, malgré leur immatérialité, existent pour la personne qui y croit, qui les crée. Pour les adultes, c'est davantage un retour à l'enfance qui les pousse à apprécier ce type de film. Pendant l'heure trente que dure le long métrage, même les grandes personnes sont forcées de considérer l'authenticité des images qui défilent sous leurs yeux - pour que l'expérience cinématographique soit réussie, le spectateur doit accepter l'existence de tamias chanteurs ou du lapin de Pâques réfractaire. Et la qualité des personnages animés (maintenant en trois dimensions, comme les acteurs qui leur donnent la réplique) facilite considérablement cette immersion, cette plongée dans le monde allégorique. On a souvent même tendance à s'attacher davantage à un Theodore « vivant », qui a peur du noir et se blottit câlinement dans les édredons de son maître, qu'à son homonyme dans un espace animé.

En plus de Hop!, qui a pris l'affiche vendredi dernier dans les cinémas, on pourra voir un peu plus tard cette année les Schtroumpfs atterrir à Central Park suite à une erreur du sorcier Gargamel, ainsi que la troisième incursion au cinéma pour Alvin et les Chipmunks en décembre prochain. Parce qu'on a tous besoin d'un peu de magie, de croire (que ce ne soit que pendant 90 minutes) à l'existence de poussins machiavéliques ou à celle de rongeurs agents secrets, on se laisse instinctivement berner par les mécanismes du cinéma comme lorsqu'on reconnaissait son oncle dans le costume du Père-Noël, mais qu'on prétendait n'avoir rien remarqué pour ne pas s'avouer la traîtrise de notre famille... ou la banalité de l'existence sans artifice.

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