dossier
Samedi 29 octobre 2011 à 07h00

L'Hebdo : Spin-off ou oeuvres dérivées

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily
Une scène du film Shrek 2

Celui qu'on appelle communément « le chat de Shrek » a tout récemment reçu les honneurs d'Hollywood en se voyant décerner son propre long métrage. Le chat potté, qui a séduit le monde entier grâce à son regard racoleur et ses manières enjôleuses, n'est pas le premier à obtenir un tel traitement. Le « spin-off » (le terme français le plus adéquat serait « oeuvre dérivée ») est un procédé qui consiste à élaborer une nouvelle histoire à partir d'un élément qui existe déjà dans une série télévisée, une émission de radio, un film ou un jeu vidéo. Ainsi, un personnage secondaire, comme le Chat-Potté, peut devenir le protagoniste de sa propre trame narrative.

Il ne faut pas, par contre, le confondre avec le « cross over », qui consiste à prendre deux personnages de séries différentes et de les réunir dans une émission ou un film. Par exemple, Freddy vs. Jason et AVP: Alien vs. Predator sont davantage des « cross over » que des spin-off puisqu'ils amalgament deux univers distincts dans un seul et même film. Le spin-off (comme le cross over d'ailleurs) est davantage utilisé à la télévision - la série Joey, inspirée d'un personnage de Friends, ou Angel tiré de Buffy and the Vampire Slayer en sont de bons exemples - mais le monde du cinéma y a de plus en plus recours pour tirer le maximum de profits d'une franchise. Même si la saga Shrek s'est achevée en 2010, les créateurs n'étaient pas complètement découragés à l'idée d'abandonner une série si lucrative, sachant qu'ils pouvaient encore exploiter le succès de l'ogre vert grâce à son compagnon félin.

Le même phénomène s'est produit avec les pingouins-espions de Madagascar, qui sont parvenus à charmer les petits comme les grands avec leur allure sévère et leurs comportements méthodiques, lors de la sortie du premier volet de la franchise en 2005. En plus d'avoir maintenant leur propre série télévisée, titrée simplement The Penguins of Madagascar, les oiseaux bicolores du zoo de New York pourraient bientôt être les vedettes d'un long métrage réalisé par Simon Smith, selon ce que nous rapportait The Hollywood Reporter en août dernier. Évidemment, il faudra attendre que le troisième Madagascar ait pris l'affiche - le 8 juin 2012 - avant d'espérer voir des développements considérables dans ce dossier.

Il n'y a pas que les films d'animation qui font l'objet de spin-off, les films d'action, les comédies, les films de science-fiction, sont tous sujets à ces adaptations libres. Récemment, nous avons pu voir le personnage flamboyant du rockeur toxicomane, alcoolique et déjanté Aldous Snow, qui nous a été présenté dans la comédie Forgetting Sarah Marshall - film qui avait connu un franc succès lors de sa sortie en 2008 -, dans un long métrage qui lui était entièrement dédié; Get Him to the Greek. Malheureusement, ce dernier film ne renfermait pas cette fraîcheur et ce caractère unique et légèrement effronté de Sarah Marshall. En choisissant de développer le quotidien de cette excentrique vedette du monde de la musique, on devait inévitablement plonger dans une monstrueuse vulgarité, qui était davantage mesurée dans le premier film. Les spin-off peuvent causer ce genre de disparité qui nous rappelle vaguement l'oeuvre dont le personnage est issu, mais pas suffisamment pour qu'on en ressente les influences. Lorsque l'oeuvre originale et son spin-off sont si éloignés, le nouveau film risque fort de ne pas obtenir le succès escompté.

Borat et Brüno, deux oeuvres mémorables (pas nécessairement pour les bonnes raisons), sont eux aussi considérés comme des spin-off puisque les personnages éponymes étaient les intervieweurs de l'émission de télévision britannique Da Ali G Show qu'animait Sacha Baron Cohen. Ali G, le rappeur blanc stéréotypé qui donnait son nom à l'émission, a eu droit à une production de moindre envergure que celle de ses co-animateurs. Le film Ali G Indahouse n'est pas sorti sur nos écrans puisque les personnages de Baron Cohen étaient encore inconnus des Américains. Rappelons que Borat a, par la suite, récolté 128 millions $ en Amérique du Nord et que Brüno a aussi obtenu de respectables recettes - vu ses propos immensément vulgaires - de 60 millions $. La performance au box-office de ces deux longs métrages humoristiques s'explique en partie par le respect de l'identité des personnages par rapport à leur média d'origine, mais ce n'est pas la seule explication. La distinction, l'originalité de ces derniers et leur fraîcheur dans le paysage cinématographique a également contribué à la productivité respective des films. Si le spin-off s'inspire d'une oeuvre issue d'un autre médium que le cinéma, le résultat - plus risqué peut-être en raison de son caractère méconnu des cinéphiles - peut (comme dans le cas de Borat et Brüno) engendrer un phénomène de nouveauté et attirer les curieux. Et puisque ces personnages existaient déjà et ont auparavant prouvé leur efficacité, les chances de succès augmentent considérablement.

The Scorpion King, paru en 2002 suite au succès de The Mummy, doit lui aussi être considéré comme une oeuvre dérivée, tout comme Star Wars : The Clone Wars ou MacGruber, inspiré d'un personnage épique de Saturday Night Live. Comme les suites, les prequels et les remakes, les spin-off sont une autre tentative des studios de tirer profit le plus possible d'une franchise populaire et lucrative. Même si, visiblement, la saga Shrek s'est épuisée au quatrième chapitre (Shrek Forever After) - cette trame de retour en arrière prouvait inéluctablement ses limites atteintes - DreamWorks Animation savait que tout n'était pas perdu et qu'elle réussirait à récolter à nouveau de l'argent des spectateurs avec cet univers féérique dans lequel évoluait l'ogre et ses amis. Un bon spin-off pourrait se résumer en un respect de la nature de l'oeuvre originale, tout en ajoutant une empreinte particulière qui permet au nouveau film de se différencier et d'atteindre des niveaux inégalés par le premier. Le chat potté risque fort de s'avérer un exemple de réussite. Encore faut-il que les yeux ronds du héros soient assez convaincants pour attirer les foules dans les salles, mais disons que les chances de ce félin Don Juan au jeu de la séduction sont plus que probantes.

Partager sur : Twitter Facebook
Actualités reliées
ACTUALITÉ (Mercredi 8 décembre 2004 à 06h00) Le Chat Potté aura son film
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.