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Samedi 9 avril 2011 à 07h00

L'Hebdo : Pipi, caca, poil, crotte de nez

Photo Par Pascale Dubé
Eddie Murphy dans The Nutty Professor

Le rire est le propre de l'homme et la comédie est un genre qui ne se démodera jamais. Du slapstick à l'absurde, l'humour est un mécanisme complexe, propre à chaque individu et bien souvent culturellement connoté. Même si l'humour vole parfois très bas dans les comédies satiriques et autres fantaisies, il n'en demeure pas moins qu'une bonne joke de pet, c'est international. C'est peut-être pourquoi, encore aujourd'hui, les scénaristes s'évertuent à fournir au public des comédies où l'humour grivois, rarement de bon goût, prédomine. Avec la sortie de Your Highness ce vendredi et l'arrivée du printemps, il m'a semblé logique de vous proposer un Hebdo plus léger et de faire le tour de certaines comédies qui ont élevé le manque de classe au rang d'art de vivre.

Dans les années 70 sévissait Monty Python. Cette formation humoristique britannique extrêmement créative nous a donné The Holy Grail (1975), Life of Brian (1979), The Meaning of Life (1983), tous constitués de saynètes plus ou moins longues, toutes aussi absurdes, certaines parfois carrément vulgaires. Peut-être parce qu'il s'agit de films sortis dans les années 70-80 (et qu'on a vu bien pire depuis) ou peut-être simplement parce que le sextuor est d'origine britannique, il semble que la vulgarité et l'irrévérence de Monty Python nous apparaissent aujourd'hui comme raffinées. Naturellement le sextuor nous a donné Terry Gilliam et c'est là une contribution qu'il ne faut pas négliger. The Holy Grail demeure mon préféré des trois films de Monty Python, à cause de l'ingéniosité narrative, des chevaliers à pieds (accompagnés d'un écuyer avec des noix de coco responsable du bruit de sabots), et bien sûr, à cause du fameux punch final.

En plus d'avoir joué dans The Princess Bride, Cary Elwes a interprété le rôle de Robin des bois dans la parodie de Mel Brooks intitulée Robin Hood: Men in Tights. Dans ce film où pleuvent les anachronismes et les saynètes ridicules, l'humour de Mel Brooks vole si bas qu'il étête les pâquerettes. De la ceinture de chasteté en acier aux ombres chinoises suggestives, tout y passe. Le pire? Ça fonctionne. Mel Brooks est d'ailleurs l'un des maîtres américains de la comédie parodique. Son écriture est de loin supérieure à ce que l'on a subi dans les dernières années avec tous les Scary Movie, Epic Movie et Vampires Suck qui ont inondé les cinémas. Film à voir et à revoir.

Dans le registre des comédies avec un humour au premier degré, difficile de ne pas mentionner la série des Austin Powers dont le dernier opus, Goldmember, est le plus grossier. Une pléthore de blagues à caractère sexuel peuple la série, certaines parfois franchement cocasses (la scène des fruits dans la chambre d'hôtel avec Elisabeth Hurley me fait encore sourire, de même que les noms suggestifs des personnages), certaines carrément obscènes (le personnage de Fat Bastard, au lieu de me faire rire, me lève le coeur). N'empêche, ces films ne vieillissent pas trop mal. De toute manière, en comparaison avec les films suivants, l'humour de Mike Myers nous semble bien inoffensif, voire presque attendrissant.

Les deux films de la série The Nutty Professor se démarquent par les blagues de gros. En effet, tout dans ces films est gros. Les blagues sont grasses, stupides, empreintes de clichés. Des gros qui pètent et qui rotent, c'est le nec plus ultra. Quel jouissance d'avoir reconnu une parodie de ces deux navets dans les fausses bandes-annonces présentées « avant » Tropic Thunder et surtout, quel choix judicieux que d'avoir demandé à Jack Black d'incarner ce personnage sans classe (je crois qu'il y jouait son propre rôle en fait...). Les Nutty Professor utilisent non seulement le type d'humour le plus imbécile qui soit, ils l'utilisent plutôt mal. Eddie Murphy n'a malheureusement pas fait grand chose de bon depuis les années 80... À quand Beverly Hills Cop 4?

Le nom de Sacha Baron Cohen est désormais synonyme d'irrévérence. L'acteur britannique a choqué les bien-pensants avec ses deux films; d'abord Borat, ensuite Brüno. Tous les deux mis en scène soigneusement, avec des gens du commun dont il se moque allègrement, tous les deux également provoquants, voire carrément insultants. On ne peut rester indifférent face à ces deux films complètement incongrus qui jouent à tous les niveaux d'humour, de la scatologie la plus élémentaire à la critique sociale acerbe en passant par les blagues homophobes inversées et certains propos qui pulvérisent les limites de la décence, provoquant tantôt malaise, tantôt éclats de rire. L'humour de Cohen est singulier, décapant, déroutant. On aime ou on déteste.

Finalement, lorsqu'on parle d'humour de bas étage, il ne faut surtout pas négliger de mentionner le film qui, à mon sens, souffre d'un des pires manques de classe de tous les temps, j'ai nommé Team America: World Police. Trey Parker et Matt Stone, les deux créateurs controversés de South Park, ont frappé très fort en 2004 avec cette satire grinçante et malodorante. Par contre, la morale du film elle-même, bien que très américaine, s'avère être une réflexion valable sur la politique étrangère de la première superpuissance mondiale. Parker et Stone, deux types à mon sens très intelligents, utilisent la dérision d'une manière si grossière et vulgaire qu'elle en devient caricaturale. À tel point en fait que le choix de faire un long métrage avec des marionnettes s'en trouve justifié : aucun acteur n'aurait accepté de se prêter au jeu. Ce film, à l'humour au premier degré, ne doit cependant pas être interprété au premier degré. Team America est la preuve qu'un film peut combiner des gags scatologiques, une marionnette attardée de Matt Damon et tout de même conserver un propos et une analyse intelligente.

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