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Samedi 25 juin 2011 à 07h00

L'Hebdo : Ô Capitaine, mon capitaine

Photo Par Pascale Dubé
Gérard Jugnot dans le film Les choristes

Tout le monde se souvient d'au moins un professeur marquant. Qu'il s'agisse de celui qui a la vocation profondément ancrée au coeur, inspirant ses élèves, les amenant à se surpasser, ou alors du professeur désabusé qui aimerait mieux se trouver n'importe où, pourvu que ce soit ailleurs que devant une classe. Ces souvenirs partagés par plusieurs sont un terreau fertile pour y planter le drame ou la comédie. Après tout, qu'est-ce qu'une classe sinon un microcosme de la société? Bref, qu'il doive sauver la jeunesse perdue d'une Amérique en déroute ou amener le timide du fond de la classe à s'épanouir, le professeur à l'écran est un véhicule idéologique quasi-parfait.

Dans le très beau film Les Choristes, Gérard Jugnot interprète un compositeur désabusé échouant comme surveillant dans un internat français pour petits orphelins. Dans sa tentative d'aider les enfants à retrouver fierté et joie par l'usage de la musique, le personnage au grand coeur sera confronté à la petitesse d'esprit d'un directeur frustré. Le protagoniste laissera sa marque dans le coeur des jeunes, mais devra les abandonner à leur sort sans avoir réussi à les affranchir complètement d'un système bureaucratique impersonnel. C'est l'échec d'un individu confronté à un système qui ne laisse aucune place à l'initiative.

Plus optimiste, on se souviendra de Mr. Holland's Opus dans lequel Richard Dreyfuss joue lui aussi un compositeur qui, par nécessité, se retrouve à enseigner la musique. Se déroulant également dans une époque passée, il s'agit, en parallèle, d'une étude de la société américaine sur une période de 30 ans. Le film se termine néanmoins sur une note optimiste où, après trente ans de carrière, le héros aura eu un impact réel sur la vie de ses étudiants. Bien d'autres drames du même genre tournent au contraire au mélo et à la guimauve.

On n'a qu'à penser à Dangerous Minds avec Michelle Pfeiffer dans le rôle, peu crédible au demeurant, d'une ex marine qui s'en va enseigner l'anglais dans le collège d'un quartier défavorisé. Don Quichote du ghetto, elle ne parviendra à rien de mieux qu'à perdre un de ses étudiants dans l'enfer des gangs de rue. C'était peut-être un bel effort, l'un des premiers, pour montrer la réalité cruelle des bas quartiers métropolitains aux États-Unis, mais le film se perd dans des considérations pseudo moralistes qui décrédibilisent rapidement l'ensemble.

L'exemple le plus emblématique demeure Dead Poets Society. On se souvient forcément du professeur Keating (excellent Robin Williams) qui montrait à ses étudiants le plaisir que l'on peut éprouver à déchirer la préface pompeuse d'un livre, à grimper sur un bureau ou à saisir le jour (carpe diem). La scène la plus marquante du film, celle qui tire les larmes à la fin grâce à la fameuse réplique « Ô Capitaine, mon capitaine! », résume à merveille le propos idéologique du film : 1) il faut savoir se tenir debout (littéralement) et assumer ses décisions et 2) le respect et l'estime des autres et de soi-même sont des éléments précieux qui doivent être mérités et qui ne sont pas acquis du seul fait d'être en position d'autorité.

Évidemment, le fait que cette histoire se situe dans les années cinquante, dans une école privée collet monté ajoute au symbole. Dans un tel contexte, qui peut véritablement penser par soi-même? Malheureusement, le constat du film, c'est qu'être un libre-penseur dans une société hiérarchisée est un péché qui se doit d'être expié. Keating ne se fait-il pas mettre à la porte pour avoir appris le libre arbitre à ses étudiants? Ainsi, bien qu'en apparence optimiste, le film tombe à la fin et son dénouement laisse un amer goût d'échec.

C'est une chance qu'il existe également des comédies pour contrebalancer tous ces drames. Dans ces films, plutôt que de servir de modèles de vertu, les professeurs y sont plutôt les principaux objets du ridicule. L'adulte au centre de l'histoire n'est en fait qu'un enfant en position d'autorité. Dans Bad Teacher sorti ce vendredi, c'est même l'expérience complète de l'école secondaire qui est transposée au niveau des professeurs qui se comportent tous comme des adolescents, avec les clichés habituels (la première de classe, le gars riche sur qui toutes les filles fantasment, le perdant qui ne peut avoir la fille et la nunuche populaire). Peut-on y voir une critique caustique de la superficialisation des valeurs ou bien n'y a-t-il là qu'une coquille vide? Chose certaine, il y a un semblant de retour aux valeurs machistes d'avant-guerre dans la prémisse même du film, où l'héroïne ne travaille qu'en attendant de se faire entretenir par un mari fortuné...

Qu'on se souvienne de Mr. Shoop et de ses chemises hawaïennes dans Summer School ou du rockeur raté joué par Jack Black dans School of Rock, l'adulte qui n'a pas trouvé sa place parmi ses semblables se plaît à agir comme un adolescent attardé ayant contracté le syndrome de Peter Pan. Généralement, le récit est posé comme une forme de quête où, à travers son expérience comme professeur, le héros découvre ses responsabilités et apprend à assumer des valeurs morales et à les transmettre.

Avec de moindres ambitions idéologiques, ces comédies véhiculent tout de même, et peut-être plus efficacement que certains des drames mentionnés précédemment, des idées porteuses, notamment celle qu'il est nécessaire, pour une société, de tolérer et de protéger une forme de marginalité, car ce sont les originaux qui, en bout de ligne, font évoluer les mentalités. Ainsi, montrer aux jeunes à assumer leurs différences et à les tolérer chez leurs camarades devient un puissant outil rassembleur. Tiens tiens, les films d'enseignants nous enseigneraient-ils quelque chose?

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