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Samedi 24 septembre 2011 à 07h00

L'Hebdo : Nos z'amis les z'animaux

Photo Par Pascale Dubé
Fanny Lauzier dans La grenouille et la baleine

Les deux pieds dans l'eau, sous le soleil des Tropiques, un enfant aperçoit un dauphin en difficulté. Naturellement, il va lui porter secours et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Quand à son tour l'enfant est en danger, le dauphin le sent avec ses superpouvoirs de dauphin et va, évidemment, le sauver in extremis... C'est ça l'amitié! Recette éculée s'il en est une, qu'on nous remâche quelques fois par décennie, et encore cette semaine avec la sortie de Dolphin Tale, le film pour la famille avec un mammifère marin en tête d'affiche est un divertissement convenu qui, malgré tout, conserve son charme... et un grand potentiel de rentabilité.

Parce qu'il y a toujours eu des enfants fascinés par les bêtes, parce que certains adultes se souviennent d'avoir été de tels enfants, parce qu'il est rassurant de savoir que la bonté et la bienveillance existent en l'humain, ces récits à portée écologique - ils le sont tous - donnent espoir que, peut-être, l'homme pourrait vivre en harmonie avec son environnement. La mécanique de ces films est claire et fonctionne toujours par antagonismes, comme dans la société, mais d'une manière magnifiée par la grossière loupe hollywoodienne. Dans tous les cas, l'appât du gain est l'ennemi de la nature. Ce sont toujours les méchants pêcheurs commerciaux avec leurs gros filets contre les gentils zoologistes qui étudient les mammifères marins; le méchant propriétaire de parc aquatique qui enferme les baleines dans des piscines pour divertir les foules contre le gentil garçon qui va leur montrer à sauter par-dessus des digues pour s'enfuir.

En 1988, La grenouille et la baleine, devenu un classique pour toute une génération, est l'un des premiers films au Québec à réfléchir sur l'écologie et sur l'importance de préserver l'équilibre des milieux marins. Avant-gardiste dans sa thématique, le film de Jean-Claude Lord démystifiait la mer pour une génération de tout-petits fascinés. D'une manière ludique, le film sensibilisait parents et enfants à la fragilité des grands mammifères qui peuplent nos eaux territoriales. Par leur chant présent tout au long du film, les baleines à bosses, ces énormes cornichons flottants, devenaient des amies à protéger et c'est une petite fille pétillante qui se faisait protectrice et porte-parole d'animaux géants que l'on n'aurait pas crus si vulnérables. Une belle fable, sans ton moralisateur ou raccourcis manichéens.

Moins subtil, le premier Free Willy (Warner, 1993) était quand même assez réussi. Un jeune garnement orphelin qui développe une relation d'amitié improbable avec une orque et qui, suite aux tractations malhonnêtes et viles du propriétaire d'un parc aquatique, l'aide à retourner dans l'océan, c'est en soi assez banal pour ce type de film. Par contre, la mise en abîme, réussie, entre le garçon perdu et agressif vivant parmi des étrangers et la baleine captive, a donné du relief à l'histoire et lui a permis d'obtenir un succès inespéré au box-office (près de 154 millions $ mondialement). Évidemment, deux suites plutôt minables ont été produites pour capitaliser sur le succès du premier film. Comme quoi, il n'y a pas que les méchants propriétaires d'aquaparcs pour exploiter les bêtes sauvages afin de faire du profit...

Dans Andre (Paramount, 1994), une petite fille timide et asociale se lie d'amitié avec une otarie orpheline que sa famille élèvera presque comme un chien. Malheureusement, les créateurs n'ont pas pensé à moderniser cette histoire, tirée d'un fait vécu des années 60, pour la rendre attrayante à un public des années 90, plus au fait des problématiques environnementales. Dans ce film, la domestication d'une otarie est perçue comme une bonne chose et toute la problématique sociale liée à la compétition entre les pêcheurs et les espèces marines, véritable enjeu pendant les années 90, est éludée. Le film tombe dans le piège de la morale facile à la Brigitte Bardot: tuer une otarie, c'est mal, parce qu'une otarie, c'est cute. Parfois on se demande comment les studios font pour ne pas s'apercevoir qu'un sujet est caduc...

Seulement trois ans après Free Willy, le remake de Flipper (Universal, 1996) n'a pas non plus décollé (20 millions $ de recettes seulement). Pourtant, un dauphin est en soi plus sympathique qu'une orque et la distribution, incluant Paul Hogan et Elijah Wood, semblait prometteuse. Malheureusement, le film, en plus de reprendre presque exactement la prémisse de Free Willy avait une intrigue linéaire et prévisible d'une idiotie sans nom, ainsi qu'un ton moralisateur bébête qui ont torpillé ses chances de succès. Après l'échec de Flipper, l'engouement des studios pour les films avec des mammifères marins est tombé en hibernation.

Quinze ans plus tard (le temps d'un changement de garde?), il semble que les studios aient cru que le temps était venu de remettre ça. Dans Dolphin Tale, la collaboration entre l'homme et la nature est vue comme possible, souhaitable. Pris dans un sens plus large, c'est également une métaphore sur l'interventionnisme humain sur son environnement, sa mainmise sur les ressources naturelles et son constant désir de dominer les lois les plus élémentaires de la nature. Le film fait également appel aux bons sentiments et nous rappelle que la collaboration entre les humains peut mener à de beaux résultats. Ici, le dauphin représente la Nature et le petit garçon représente l'Avenir. C'est donc un film porteur d'espoir, ce qui est plutôt inusité si on le compare à ses prédécesseurs. Cependant, la question inéluctable demeure : qui est responsable de la condition du dauphin estropié? Donner une prothèse à un dauphin, c'est bien beau, ça fait joli, ça donne bonne conscience. Mais ce que le film ne montre pas, c'est qu'il s'agit d'un pansement pour endiguer une hémorragie. Après tout, le pessimisme, c'est tellement « 1990 »!

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