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Samedi 6 octobre 2012 à 07h00

L'Hebdo : Lettre à Tim Burton

Photo Par Karl Filion
Tim Burton sur le plateau de Frankenweenie

Québec, le 5 octobre 2012

Cher Tim,

Comme ça doit être assez stressant quand son plus récent film (je préfère dire ça que de dire « son dernier film... », parce que ça sous-entend qu'il n'y en aura pas d'autre après, et ce n'est pas ce que je vous souhaite) sort dans les salles de toute l'Amérique du Nord (plus de 2900 salles dans ce cas-ci) - même si c'est la seizième fois -, je promets de ne pas être trop long. En plus, vous êtes sûrement très occupé.

On ne se connaît pas, mais dans le fond peut-être un peu, parce que j'ai vu vos films. Pas jusqu'à vous tutoyer mais quand même; on a l'impression qu'on peut connaître les gens lorsqu'on voit leurs films. Peut-être parce que le cinéma est supposé être un art, et que l'art implique la personnalité de l'artiste, qui s'exprimerait, selon le médium, sur des sujets sociaux ou humains, ou plus largement sur les émotions humaines? Depuis le début de votre carrière, c'est ce qu'on avait l'impression de voir. Une définition comme celle-là laisse beaucoup de liberté, autant sur les sujets que sur les moyens; la création artistique est prête à concevoir des essais, donc des erreurs. Elle est prête à accepter qu'on se trompe parce que pour réussir il faut essayer (Planet of the Apes).

Mais il y a une chose qui au cinéma brime la liberté. Cette chose-là est pernicieuse parce que c'est une chose nécessaire, dont aucun créateur ne peut se passer. C'est une chose qui se commande elle-même; quand on en dépense c'est pour en avoir d'autre. Cette chose-là commande un respect qui peut facilement se transformer en oppression.

Je ne vous apprends rien, c'est certain. Je ne serai certainement pas le premier à vous faire remarquer que Dark Shadows (qui était très mauvais en passant, si vous n'avez pas lu ma critique) a coûté quelque chose comme 150 millions $ (+ le marketing) mais n'a amassé que 80 millions $ en Amérique. Ce n'est pas beaucoup, c'est vrai, mais comme Alice in Wonderland - qui avait coûté 200 millions $ et amassé 334 millions $ - avait été un succès, j'imagine que les gens (ceux qui ont investi leur argent) étaient prêts à vous pardonner. Surtout que vous avez fait tellement de grands films par le passé.

C'est peut-être pour ça que les gens (les spectateurs, ceux qui donnent leur argent) ne perdent pas foi en vous. Pour moi, j'avoue, c'est un peu plus difficile. Votre dernier bon film? A Corpse Bride était bon. Big Fish, c'était vraiment bon. À part de ça... Il faut remonter jusqu'à un autre millénaire. Les quatre derniers surtout, ouch! Pourtant, les gens (les mêmes que tantôt), attendent vos derniers plus récents films avec impatience. Pour moi, je le redis, c'est de plus en plus difficile. Si je n'étais pas obligé d'y aller à cause de ma job, j'essaierais de les éviter même.

Parce qu'on dirait que vous avez oublié qui vous êtes. Je veux dire : c'est pas tout d'aller allonger un court métrage fait en 1984 pour en faire un long métrage et de le faire en stop motion, ça prend aussi des idées. Pas juste des idées de remplissage. C'est beaucoup demander aux gens (de moins en moins nombreux ceux-là) qui vous aiment, eux qui pourraient être pleinement satisfaits en regardant le court métrage sur YouTube. Je ne leur donne pas le lien, c'est facile à trouver. Mais pensez-y.

Comme si vous aviez oublié que les gens qui vous aiment vous ont aimé en premier lieu parce que vos films n'étaient pas nécessairement les plus coûteux, ni parfaits techniquement, mais qu'ils étaient inventifs et poétiques. On n'oublie pas les plus beaux moments d'Edwards Scissorhands une fois qu'on a vu le film; pas parce que l'image est esthétique ou en 3D, mais parce qu'ils sont beaux, juste beaux. Parce que ce qui ressort de vos films, ce n'est pas vraiment les « couleurs », comme on le dit parfois. C'est la créativité, c'est la folie. C'est la fable sociale, traitée « à la Burton », qui rendait vos films si uniques.

Vos films n'étaient pas parfaits, mais on les attendait. On avait hâte de les voir, on avait hâte de savoir ce que le talentueux Tim Burton allait encore inventer! On était un peu naïf. On s'est peut-être même menti quelques fois sur notre propre appréciation du film parce que c'était vous. Et dire qu'on ne se connaît même pas. Aujourd'hui, la sortie d'un nouveau film de Burton inspire de la crainte : est-ce qu'on sera encore déçu? S'est-il ressaisi?

Je vous avais promis de ne pas être trop long, je ne le serai plus : il paraît que Frankenweenie a coûté de 85 millions $. C'est en 3D. C'est un autre film qui vous pastiche vous-même. Moi, ça ne m'intéresse pas, on verra pour les autres. Mais je serais bien étonné que les gens qui vont aimer votre film parlent d'autre chose que de ses qualités techniques. Oh les beaux costumes! Les beaux décors! Les beaux maquillages! En d'autres temps, on aurait pu aussi parler de Johnny Depp pour éviter de parler du fond : vous avez fait des mauvais films dernièrement.

C'est tout, je vous laisse travailler.

Bien à vous,

                                   Karl

P.S. Est-ce que c'est vrai que vous allez faire une remake d'Edwards Scissorhands? Parce que si oui, j'ai des idées (des robots extraterrestres).

P.P.S Christopher Nolan fait dire qu'il s'excuse. Il n'a pas fait exprès (pour Batman là).

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