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Samedi 13 juillet 2013 à 07h00

L'Hebdo : Lettre à Adam Sandler

Photo Par Karl Filion
Adam Sandler dans Grown Ups 2

Québec, le 12 juillet 2013

 

Cher Adam,

Si on se fie à Rotten Tomatoes (7 % de critiques positives pour le moment), ça ne doit pas être une très bonne journée pour vous. Même ma collègue Élizabeth a été assez peu impressionnée par votre nouveau film, Grown Ups 2, qui sort en fin de semaine. Peut-être que lundi tout ira mieux, si le film, comme son prédécesseur, amasse 40 millions $ à son premier week-end, en voie vers 162 millions $ en Amérique du Nord (et ce, même s'il n'a jamais occupé la première place du box-office lors des dix-huit semaines où il était à l'affiche).

Normalement, je vous souhaiterais que tout aille bien, parce que ça me fait plaisir que les gens soient heureux, et que, si ça rend les gens heureux de vous voir faire des pitreries dans le vomi ou les fluides corporels, tant mieux pour eux (les chiffres du jeudi sont encourageants, ne vous démoralisez pas trop!). Sauf que j'ai l'impression que tout le monde serait soulagé si Grown Ups 2 était un échec monumental. Je m'explique : si le film n'attire pas les foules à la hauteur des attentes des studios, peut-être que certaines personnes vont commencer à poser des questions. On blâmera d'abord la météo, peut-être les méchants critiques, la date de sortie, Pacific Rim (peut-être pas Louis Cyr mais quand même); peut-être aussi que les responsables vont se demander ce qui n'a pas marché, et peut-être qu'ils seront assez honnêtes pour penser que le public en a assez des blagues puantes qu'on répète de film en film en changeant à peine le contexte. Moi aussi, j'aime ça les recettes - quand ma mère fait le souper le dimanche - mais au cinéma... Vous savez, les DVD existent, alors si je veux revoir le même film que le précédent, je peux aussi le relouer...

Et, entre vous et moi, je suis sûr que ça vous ferait du bien que le film ne marche pas. Ça vous enlèverait peut-être un poids, celui de devoir toujours plaire au plus grand nombre de gens possible.

Parce que - désolé de vous le dire - mais on dirait que vous faites une dépression, M. Sandler. On dirait que vous avez perdu la passion pour votre métier, que même vos blagues vous ennuient. Vous êtes comme tout le monde, en fait, alors peut-être que la routine vous pèse, à vous forcer de toujours faire le même film. Depuis Click, pratiquement (c'était quand même il y a sept ans, en 2006). Si on peut trouver des qualités à I Now Pronounce You Chuck and Larry, quoi penser de Grown Ups, Just Go With It ou That's My Boy? Ah oui, et Jack and Jill?

Vrai, il y a Funny People, où vous jouiez justement le rôle d'un humoriste désabusé, vedette de films génériques grand public, qui s'ennuie dans sa grande maison, tout seul, et qui recommence à vivre quand il apprend qu'il a une maladie mortelle incurable (bon, on repassera pour l'incurable) et qu'il reprend contact avec sa vraie passion, le stand-up. Soyons clair : je ne vous souhaite pas une maladie incurable (à moins qu'elle soit curable), mais peut-être un petit wake-up call?

On ne se connaît pas, mais on s'est rencontrés. C'était l'année passée, au Festival international du film de Toronto. Sur le tapis rouge de Hotel Transylvania; on ne s'est pas parlé, vous êtes passé si vite. Là aussi, vous aviez l'air de vous ennuyer. Mais pour faire ce que vous faites, il faut de l'énergie, de la motivation - que dis-je, il faut de la passion! Sinon on se répète, on le fait à moitié, et si ça marche quand même (74 millions $ - il y en a qui trouvent que ce n'est pas assez - pour Jack and Jill, 103 millions $ pour Just Go With It et 162 millions $ (!!) pour le premier Grown Ups) on se dit probablement qu'on peut continuer à fournir le moindre effort et s'en tirer une fois de plus.

Je vous dis ça parce que je crois que vous avez quand même le talent qu'il faut pour vous ressaisir. Dans les années 90, vos projets étaient imprévisibles, audacieux, parfois ratés - soyons honnêtes - mais souvent intéressants. Et puis il y a Punch-Drunk Love, l'énergumène de votre filmographie, un film réalisé par Paul Thomas Anderson qui ne ressemble à rien de ce que vous avez fait d'autre.

Donc, si ça ne vous dérange pas trop M. Sandler, je n'irai pas voir Grown Ups 2 cette fin de semaine. Au fond, je vous écris une lettre juste pour vous dire ça, pour vous préciser que ce n'est pas parce que je n'ai pas le temps, pas parce que j'ai un empêchement familial, pas parce que j'irai voir un autre film que je ne verrai pas Grown Ups 2 cette fin de semaine, mais bien tout simplement parce que ça ne m'intéresse pas de vous regarder refaire les gags que vous avez déjà faits.

Je vais me contenter de me remémorer les Happy Gilmore et Waterboy qui m'ont fait rire quand j'étais jeune, je pense que ça sera mieux pour tout le monde.

Merci de votre attention,

                                                              Karl

P.S. Ok j'avoue, en réalité ma mère n'a pas de très bonnes recettes pour le souper du dimanche. C'était pour illustrer.

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