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Samedi 10 novembre 2012 à 07h00

L'Hebdo : Les multiples facettes de 007

Photo Par Pascale Dubé
Les acteurs ayant incarné l'agent 007 au cours des 50 dernières années

La sortie de Skyfall marque le cinquantième anniversaire de la franchise James Bond. La plus longue franchise cinématographique de l'histoire donne une impression de pérennité. Comme le bon vin, elle s'améliore avec l'âge. Skyfall était l'un des titres les plus attendus de l'année : Bond n'a rien perdu de son charme. Et les créateurs du film ont enfin compris que la meilleure manière de s'approprier véritablement une franchise avec un tel bagage est en fait de rendre hommage au passé et de tabler intelligemment sur les acquis.

L'agent 007 a peut-être changé de visage au fil des ans, mais il n'a rien perdu de son mordant ni de son mystère. Créé par Ian Fleming après la fin de la Seconde Guerre mondiale, James Bond est une véritable énigme. Les seules informations que Fleming a fournies à ses lecteurs demeurent fragmentaires et l'information disponible à travers les films est encore plus diluée.

Après tout, les premiers films de James Bond (Dr. No , From Russia with Love, Goldfinger), destinés à un large public, s'intéressaient bien peu au passé du personnage, préférant miser sur le charisme de Sean Connery, sur les intrigues d'espionnage où, Guerre froide oblige, l'ennemi était Russe, et sur les gadgets technologiques d'une société fascinée par la conquête de l'espace. Néanmoins, le mythique agent 007 s'est graduellement constitué une base d'amateurs indéfectibles. Cependant, il faut attendre 1967 avec You Only Live Twice (le 5e Bond) pour commencer à obtenir des informations sur ses origines.

L'embauche de l'Australien George Lazenby pour reprendre ce rôle plus-que-british dans On Her Majesty's Secret Service (1969) crée un tollé qui convaincra les producteurs de payer le prix réclamé par Sean Connery pour une dernière apparition dans Diamonds Are Forever (1971). C'est pourtant dans le film de Lazenby que la fameuse devise de la famille Bond est mentionnée pour la première fois, et qui sera récupérée comme titre de film ultérieurement: Orbis non sufficit, traduit en anglais par  The World is Not Enough (1999).

Par la suite, c'est Roger Moore, un acteur déjà très populaire en Grande-Bretagne, qui se voit confier la tâche de relancer la franchise. Mieux connu pour son rôle de Simon Templar (The Saint) à la télévision, Moore incarnera un Bond moins physique que Connery, mais tout aussi charismatique. Malheureusement, pendant la période où l'agent 007 est interprété par Moore (un impressionnant sept films en douze ans), le personnage perd en complexité. Malgré la présence d'adversaires colorés, de gadgets abracadabrants et de « Bond girls » charmantes - qui contribuent à maintenir et à perpétuer la « recette » Bond - au niveau scénaristique, les films stagnent. Après A View to a Kill, Roger Moore, alors âgé de 58 ans, est remplacé par un homme plus jeune.

Malgré une solide interprétation et des histoires plus nuancées, les films de Timothy Dalton n'ont pas fait l'unanimité lors de leur sortie. Le désir des créateurs de retourner à l'essence du Bond créé par Fleming est confronté à une résistance de la part du public, désormais habitué à la frivolité du personnage. Timothy Dalton, au départ acteur de théâtre n'ayant pas un statut de vedette comparable à celui de Moore ou Connery, permettait des libertés narratives nouvelles, celles d'approfondir l'humanité de 007 et de lui donner des émotions. Deux films plus tard, on abandonnait l'idée et on revenait à une recette plus conventionnelle : voitures, gadgets, scènes d'action effrénées, femmes.

Il aura fallu près de six ans après Licence to Kill pour voir renaître Bond, James Bond. Cherchant à actualiser l'action par l'emploi d'une intrigue nouvelle, à saveur technologique, GoldenEye a réussi à rafraîchir une franchise encore coincée pendant la Guerre froide. Les films de l'ère Brosnan se sont tous intéressés à des enjeux sociologiques et éthiques propres à notre époque (modifications génétiques, omniprésence des médias, mondialisation, etc.), contribuant à faire entrer James Bond dans l'ère médiatique actuelle. Bien que ces films aient été moins propulsés par le personnage, davantage par les intrigues, ils ont tout de même compté sur le charme de Pierce Brosnan, un acteur bien connu et apprécié du public au physique avantageux et avec la présence nécessaire pour porter le personnage.

Lorsque ce dernier a annoncé qu'il abandonnait la franchise, de nombreux acteurs se sont précipités chez MGM afin de pouvoir enfiler le complet Armani laissé vacant. Quand l'annonce a été faite que Daniel Craig avait été choisi, certains ont dit, dubitatifs : « Lui? ». D'autres ont simplement demandé « Qui? ». Casino Royale, la mise en image du premier Bond écrit par Fleming, a littéralement remis les compteur à zéro, sous l'oeil suspicieux des cinéphiles. Contrairement à tous les autres Bond produits auparavant, Casino Royale ne suivait pas la tangente de la franchise, mais assumait entièrement sa qualité de reboot. Nouvel acteur? Nouveau personnage. Nouveau personnage? Nouvelles intrigues. Nouvelles intrigues? Nouveaux référents. Nouveaux référents? Pourquoi ne pas, pour une fois, faire une suite cohérente de films dont chaque chapitre suivrait le précédent?

Après avoir tâtonné pendant les deux premiers films, le Bond de Daniel Craig est désormais parvenu à maturité et nous montre 007 sous un nouveau jour. Pour la première fois, James Bond a un passé. Et le passé du personnage s'intègre au passé de la franchise cinématographique du même nom. Skyfall ne décevra pas les spectateurs parce que, pour la première fois peut-être, 007 s'avère humain, complexe, faillible en plus d'avoir toutes les caractéristiques qu'on lui connaît déjà. Ses contacts humains n'ont plus la superficialité d'antan. Bond trouve enfin sa place dans le monde et une motivation plus crédible que le simple devoir patriotique. Ici, on s'attache finalement au personnage parce qu'on arrive à le comprendre. Le public sera sans doute redevable à MGM d'avoir connu autant de difficultés et d'avoir sans cesse repoussé la production : le temps aura été bénéfique à la franchise qui détient peut-être là, 50 ans et 23 films plus tard, son opus le plus abouti.

Mais après tout ce temps, la question se pose : verra-t-on un jour la fin de James Bond? On est en droit de se demander si le choix récent de faire une suite de films qui s'enchaînent sera éventuellement néfaste à la franchise. Chose certaine, le Bond de Craig se sera démarqué de ses prédécesseurs. L'avenir nous dira à quoi ressemblera l'après-Craig. Chose certaine, ceux qui envisagent la fin de Bond devraient se rappeller qu'il s'agit d'Hollywood, là où le mot d'ordre est : mieux vaut rafistoler une vieille machine très payante et la redémarrer que d'en créer une nouvelle...

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