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Samedi 23 juillet 2011 à 07h00

L'Hebdo : Le culte de la bannière étoilée

Photo Par Pascale Dubé
Image du film Rocky IV

Les États-Unis ont acquis leur indépendance suite à une guerre sanglante contre l'occupant britannique et la Déclaration d'Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, est aujourd'hui vénérée comme une relique chez nos voisins du sud. Toute la mystique entourant les origines de la nation la plus puissante du monde est issue d'un savant et graduel tissage et métissage culturel. Or, le cinéma est encore à ce jour l'instrument le plus efficace dans l'arsenal de promotion de l'esprit américain. D'un pays né dans la violence, dont l'histoire est jalonnée de faits d'arme, de déchirements et de conflits, puis dont le peuplement graduel vers l'Ouest s'est fait dans la sueur et le sang, il n'est pas surprenant que le héros américain au cinéma soit avant tout un guerrier résistant et résiliant, dont le patriotisme sans tache évoque presque la sainteté. Films cultes? Pas tous. Mais il y a certainement une forme de culte dans ces films...

Après tout, aux États-Unis, il n'existe pas d'action plus révérée que celle de défendre la patrie. La sortie de Captain America: The First Avenger n'est pas étrangère au climat d'incertitude politique et économique qui règne actuellement dans le pays de la liberté. D'un homme petit, sans peur et sans reproches, on fabrique un véritable héros en acier trempé et dont la force morale est aussi indestructible que son bouclier. Ce n'est pas un hasard si la bande dessinée d'origine est née elle aussi pendant une guerre, la Seconde, en des temps troublés qui nécessitaient un symbole pour redonner foi en la victoire. La roue de l'Histoire semble avoir bien peu tourné depuis, car on a récupéré le héros tel quel pour le parachuter dans un autre médium, obtenant du même coup un bel objet de propagande prêt à servir. Malheureusement, simplement parce que le personnage s'appelle Captain America et que, de ce fait, l'impression est donnée qu'on assistera à des séquences d'une incommensurable lourdeur patriotique, il est possible que le film perde une précieuse occasion d'interpeller un public international. L'avenir nous le dira.

Chose certaine, la présence de référents culturels symboliques dans les films américains, lorsqu'elle est dosée, est tout à fait acceptable et permet presque au spectateur étranger de s'approprier la fierté de cette nation. Ainsi, dans certains drames faisant état d'événements historiques véritables, il est justifé de voir un drapeau ici et là. Surtout si l'événement historique en question implique un drapeau : Flags of Our Father de Clint Eastwood est un exemple intéressant. En effet, le film promeut le courage des soldats qui ont pris Iwo Jima, mais il met justement en doute la manière avec laquelle l'événement a été repris et travesti en outil de propagande par le gouvernement. Le film met donc de l'avant certaines valeurs importantes pour les américains, mais il exige de la classe dirigeante qu'elle n'entache pas le sacrifice de ces soldats en utilisant ces derniers à des fins malhonnêtes.

Dans le même genre, citons deux autres films historiques qui utilisent le talent de leurs interprètes et un scénario solide pour illustrer la débrouillardise, le courage, l'intrépidité et la force de caractère en les assimilant à l'esprit américain. Les deux films sont intimement liés, bien qu'ils n'aient pas été réalisés dans la même décennie. The Right Stuff, film de Philip Kaufman mettant en vedette Sam Shepard, Ed Harris et Dennis Quaid, raconte la course à l'espace contre l'Union soviétique et le courage des premiers astronautes qui s'élancent dans l'inconnu. C'est un film trop peu connu qui reflète, sans polariser l'histoire par des débats politiques stériles, l'importance des principes d'intégrité et de solidarité incarnés par les protagonistes. Apollo 13 utilise la même apparente neutralité narrative : l'histoire relatée, bien qu'essentiellement américaine, est avant tout un drame humain. En outre, le patriotisme ainsi illustré est complexe, réflexif, et somme toute, beaucoup plus inspirant que celui, désolant, dont font preuve bien des oeuvres.

Car tous n'ont pas le même souci de profondeur. De toute évidence, pour certains cinéastes, il n'existe rien de plus beau que le Star Spangled Banner et on nous le sert à bien des sauces, mêmes dans des films où l'on s'en passerait volontiers. Michael Bay est probablement l'exemple parfait du réalisateur indigeste qui, loin de laisser doucement flotter le drapeau du patriotisme, nous l'enfonce profondément dans la gorge, à grands coups d'explosions, de musique pétaradante et de répliques mièvres. D'Armageddon à Transformers (n'importe lequel de la série) en passant par Pearl Harbor, l'ancien réalisateur de publicité ne fait pas dans la subtilité. Dans la même veine, abordons le cas de Roland Emmerich. Si l'on se fie à son portfolio (Independence Day, The Patriot, The Day After Tomorrow, 2012), il semble bien qu'il n'y ait qu'un seul pays dans le monde et que Paris n'est au fond qu'une banlieue éloignée de Washington. Par ailleurs, si la fin du monde arrive, mieux vaut être américain : seuls les États-Unis engendrent des héros et tout ce qui se passe d'important vient nécessairement de là. Grossier vous dites?

N'empêche, il existe également des films qui, bien que grossiers, demeurent des plaisirs coupables. Rocky IV, dans sa mise en scène absurde d'une guerre froide emplie de clichés (et de drapeaux), est un film au montage extrêmement satisfaisant qui enchaîne les vidéoclips à un rythme effarant. Le scénario, plus que ténu, est tellement grotesque qu'il en devient attachant. Quant à Top Gun, le phénomène se passe de mots. Film iconique des années 80 pétri de testostérone, réellement plus une publicité pour l'armée de l'air américaine qu'un film à proprement parler, Top Gun a tout de même permis à Tom Cruise de devenir la méga-star que l'on connaît aujourd'hui. Comme quoi le cinéma est en fin de compte le serviteur de bien des cultes...

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