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Samedi 11 septembre 2010 à 07h00

L'Hebdo : La France, le Québec et le cinéma

Photo Par Pascale Dubé
Scène du film Bus Palladium

Si vous ne le saviez pas encore, la récolte automnale de films en provenance de chez nos cousins s'annonce féconde. La saison s'amorçait la semaine dernière avec Bus Palladium (mettant en vedette Marc-André Grondin), qui est sorti en salles au Québec après avoir connu un parcours difficile en France où il a récolté plus de 60 000 entrées. Quant à cette semaine, elle verra une quantité inhabituelle de films français prendre l'affiche en même temps. Au programme : L'arnacoeur avec Romain Duris et Vanessa Paradis, Mères et filles, Tête de Turc, Dans la brume électrique, réalisé par Bertrand Tavernier mais financé conjointement par des subsides français et américains, et finalement le documentaire d'Emmanuel Laurent intitulé Deux de la vague.

Or, si la popularité des films français connaît présentement une recrudescence - c'est du moins ce que l'offre en salles semble suggérer - c'est peut-être dû au fait que le grand public reconnaît de plus en plus certains des acteurs français qui nous sont présentés au grand écran. Mais à quoi exactement une telle reconnaissance est-elle due? Plusieurs facteurs peuvent avoir influencé ce rapprochement entre nos deux cinématographies et étrangement, nos voisins du Sud peuvent en être tenus partiellement responsables.

En effet, le Québec faisant partie du domestic market américain, il est soumis à ses lois. C'est pourquoi le public québécois se voit proposer tous les blockbusters américains qui occupent du coup la majorité des écrans et ce, jusqu'en région. À titre d'exemple, le dernier Quentin Tarantino (Inglourious Basterds) a été l'un des films qui ont fait l'objet d'une large sortie à la fin de l'été dernier. Le public québécois s'est précipité en salles pour assister à la chute fantasmée du régime nazi de Tarantino et c'est à cette occasion que l'actrice Mélanie Laurent s'est fait connaître ici. Il va sans dire que Le concert, qui a pris l'affiche il y a déjà quelques semaines et dans lequel elle tient la vedette, n'a pas dû souffrir de cette notoriété.

Or, plusieurs des films français qui nous seront proposés cet automne comptent au générique des superstars que le public québécois a adoptées il y a belle lurette. C'est le cas de Jean Reno, qui s'est d'abord fait connaître ici grâce à ses collaborations avec Luc Besson (Nikita, Le grand bleu, Léon - aussi intitulé Le professionnel). Par ailleurs, comme pour Mélanie Laurent, Jean Reno a obtenu beaucoup de succès en participant à des superproductions américaines (Mission: Impossible, Ronin, Godzilla, The Da Vinci Code) et il est reconnu aux États-Unis où il est désormais un habitué des tapis rouges. On pourra voir Reno dans deux productions cet automne, soit L'immortel, le 8 octobre et La rafle, le 17 décembre.

De même, Gérard Depardieu connaît une popularité sans tache de ce côté-ci de l'Atlantique depuis plus de trente ans. En effet, il avait déjà de nombreux fans au Québec avant même d'incarner Cyrano de Bergerac, rôle qui l'a définitivement fait adopter par le public d'ici. Il est d'ailleurs l'un des rares acteurs en provenance de l'Hexagone à avoir pu mener une carrière prolifique des deux côtés de l'Atlantique et ce, tant en français qu'en anglais. Cet automne, deux films dans lesquels il tient la vedette seront projetés en salles (La tête en friche, le 17 septembre et Mammuth, le 22 octobre).

Bien qu'il soit dommage de devoir compter sur les Américains pour nous faire connaître ces vedettes, il n'en demeure pas moins que le star system français leur doit une fière chandelle, car ce n'est pas qu'ici que l'influence de l'oncle Sam se fait sentir. Malheureusement, contrairement à leurs homologues français, peu d'acteurs québécois ont eu la chance de percer aux États-Unis et ce, pour une raison difficile à cerner qui n'a rien à voir avec la seule barrière linguistique.

Par contre, il ne faut pas pour autant négliger la présence de nos acteurs et artisans québécois dans les productions étrangères. Si l'on cite souvent les succès remportés chez nos cousins par La grande séduction ou C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, c'est qu'ils s'inscrivaient dans une période creuse où le cinéma québécois avait de la difficulté à percer en France. Ces films ont jeté des ponts au-dessus de l'océan qui permettent aujourd'hui à des acteurs comme Marc-André Grondin et Marie-Josée Croze de travailler avec succès outre-Atlantique. De plus, la notoriété actuelle de Xavier Dolan, obtenue grâce aux succès critiques de J'ai tué ma mère et Les amours imaginaires, a provoqué une véritable frénésie chez nos institutions qui comprennent l'importance de s'ouvrir au marché français et qui voient dans le succès de Dolan une raison d'espérer que nos deux cinématographies pourront éventuellement se rejoindre.

Cependant, même si la tendance à court-terme semble indiquer que le nombre de productions françaises à prendre l'affiche au Québec augmente, il peut s'agir d'un concours de circonstances. Il est essentiel de garder à l'esprit que, bien que la qualité des films joue un rôle dans le succès qu'ils obtiendront en salle, il ne s'agit pas d'une recette infaillible pour garantir un bon box-office. En bout de ligne, le cinéma est une industrie soumise à la loi du marché et le succès ou l'échec financier d'une production engendre des répercussions au niveau de l'offre cinématographique et il est vrai que, si un film met en vedette des acteurs connus du public, il a davantage de chances de performer en salles.

Donc, rapprocher les cinématographies françaises et québécoises permettrait aux deux peuples de partager un bassin de références culturelles communes et les institutions comme la Sodec et Téléfilm l'ont bien compris. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles beaucoup d'efforts sont faits afin d'initier davantage de coproductions.

Cependant, pour faciliter ces dernières, il faudra probablement en arriver à écrire des scénarios dans un français international et avec des thèmes permettant aux deux publics d'y trouver leur compte. Paradoxalement, les films québécois ayant remporté le plus de succès en France ces dernières années n'avaient pas été conçus dans le but avoué de plaire au public français et on est en droit de se demander si des films créés avec un tel objectif ne perdront pas cette spécificité culturelle qui plaît tant à nos cousins.

Enfin, si « l'exportation » de nos vedettes à l'étranger permet au public québécois de davantage se reconnaître dans les productions françaises, il ne faudrait pas non plus négliger que le marché français est lui aussi ouvert à nos créations originales. Toutefois, gardons à l'esprit que ce marché est bien plus vaste que le nôtre et que la compétition y est aussi féroce qu'ici. Après tout, le cinéma français bénéficie d'un bassin démographique suffisant pour lui permettre de s'autofinancer, ce qui n'est pas le cas au Québec. Quoi qu'on en dise, une cinématographie a besoin d'un public pour s'épanouir. La bonne nouvelle? Les deux marchés semblent désirer s'ouvrir l'un à l'autre et permettre la libre circulation des oeuvres cinématographiques ce qui aura l'heur de plaire à tous les cinéphiles.

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