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Samedi 2 novembre 2013 à 07h00

L'Hebdo : L'exil des réalisateurs québécois

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Denis Villeneuve sur le plateau de Prisoners

On l'a dit et redit, faire du cinéma au Québec, ce n'est pas une tâche simple. Il y a les subventions qui ne font que quelques élus par année, les budgets limités, les salaires et la non-rentabilité. C'est entre autres pourquoi les offres des Américains - nombreuses ces temps-ci -,  enchantent les cinéastes québécois. Dans les dernières années, pas moins d'une demi-douzaine d'artistes se sont exilés chez nos voisins du Sud. C'est d'ailleurs le cas de Jean-Marc Vallée dont le Dallas Buyers Club a pris l'affiche de façon limitée à Montréal vendredi dernier. 

Ce n'est pas la première fois que Vallée flirte avec les Américains. Le cinéaste québécois, qui a aussi collaboré avec la France, a réalisé il y a quelques années le drame historique The Young Victoria, coproduit par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le film a d'ailleurs remporté un Oscar pour la qualité de ses costumes en 2010. En ce qui concerne Dallas Buyers Club, on parle déjà d'un Oscar possible pour la performance de Matthew McConaughey, qui incarne un cowboy du Texas atteint du Sida qui décide de faire la contrebande de médicaments pour traiter différemment les gens atteints de la maladie virale. Le long métrage sera disponible sur les écrans nord-américains le 22 novembre.

Denis Villeneuve a aussi récemment fait le saut par-delà la frontière. On a beaucoup parlé de son récent Prisoners, présenté à Toronto en septembre dernier. Mettant en vedette deux acteurs hollywoodiens, Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal, le suspense a créé de vives réactions à travers le monde et on parle aussi de sa possible présence sur la liste des nominés aux Oscars en mars prochain. Rappelons que l'un des films québécois de Villeneuve, Incendies, a déjà été en nomination aux Oscars en 2011 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a été remarqué par les Américains.

Un autre réalisateur qui a été découvert lors de son passage à Hollywood pour les Oscars, Philippe Falardeau, a aussi su se tisser une place à Hollywood. Son drame The Good Lie, qui raconte l'histoire de quatre adolescents qui ont gagné le droit de vivre aux États-Unis après avoir été rescapés, étant enfants, d'une attaque dans leur village au Soudan, prendra l'affiche en Amérique du Nord au cours de l'année 2014. Le long métrage mettra en vedette l'actrice Reese Witherspoon. Précisons que Witherspoon tourne présentement le film Wild avec Jean-Marc Vallée, dont la sortie est aussi prévue pour l'an prochain.

Il y a aussi Ken Scott qui a récemment débuté sa carrière de l'autre côté de la frontière avec l'adaptation américaine de la comédie Starbuck. Delivery Man, qui met en vedette Vince Vaughn, prendra l'affiche lors de la fin de semaine de Thanksgiving aux États-Unis, ce qui est de bon augure puisque ce sont généralement les plus grands espoirs des studios qui figurent sur le calendrier à cette date. Scott a déjà débuté le tournage de son second projet américain : Business Trip. Vaughn fait à nouveau partie de la distribution qui comptera également cette fois sur la participation de Dave Franco, Sienna Miller et Tom Wilkinson.

Il y a aussi des réalisateurs comme Yves Simoneau qui travaille aux États-Unis depuis un bon moment déjà. Dès les années 1990, Simoneau a été recruté par les Américains et s'est, par la bande, spécialisé dans le téléfilm. Le cinéaste a réalisé plus de quinze téléfilms ainsi que quelques longs métrages dont Mother's Boys avec Jamie Lee Curtis en 1994. Il a aussi travaillé sur des productions canadiennes-anglaises comme Free Money avec Marlon Brando et Donald Sutherland et Ignition avec Colm Feore. On connaît Yves Simoneau au Québec pour ses films Les fous de Bassan, Dans le ventre du dragon et plus récemment, L'appât, qui mettait en vedette Rachid Badouri et Guy A. Lepage.

Christian Duguay, originaire d'Outremont, a quant à lui choisi d'abord les États-Unis pour faire carrière. Il a réalisé plusieurs productions américaines comme Live Wire, Screamers et The Art of War. Jappeloup l'étoffe d'un champion, qu'il a réalisé en France et qui a pris l'affiche au Québec en septembre dernier, est son premier film en langue française. De jeunes réalisateurs, comme Charles-Olivier Michaud (Sur le rythme), se risquent également de l'autre côté de la frontière. Michaud a récemment tourné One Square Mile à Seattle. Le long métrage met en vedette Richard Jenkins, Kim Basinger, Cam Gigandet, Rhys Coiro et Analeigh Tipton et prendra l'Affiche en 2014.

François Girard a aussi annoncé cette semaine qu'il débuterait prochainement le tournage d'un drame sur de jeunes chanteurs de chorale d'une école de la Côte Est des États-Unis. Dustin Hoffman, Alfred Molina et Kathy Bates figureront au générique du film américain. Le réalisateur du Violon rouge n'avait jamais collaboré directement avec les États-Unis pour un long métrage auparavant. Son film Silk, qui mettait en vedette Keira Knightley, était produit conjointement par le Canada, l'Italie, le Japon et la Grande-Bretagne.

Cette année en est une particulière en ce qui a trait à l'exil des réalisateurs vers les États-Unis. Les trois présences consécutives (2011, 2012 et 2013) de nos représentants aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère sont probablement en grande partie responsables de ce rayonnement à l'extérieur du Québec.

Bien qu'on nous ait bassinés inlassablement l'an dernier avec la « crise du cinéma québécois », associer cette migration momentanée des cinéastes vers les États-Unis avec les problèmes d'affluence dans les salles serait probablement prématuré. Il s'agit sans doute d'une situation circonstancielle. Peut-être même un intérêt particulier d'Hollywood pour les artistes de chez nous; il y a eu les Sud-Africains, les Suédois, les Islandais, les Danois, et maintenant, ce sont les Québécois qui séduisent les studios.

Mais après avoir goûté aux budgets, aux salaires et aux profits des films américains, nos réalisateurs voudront-ils revenir travailler chez eux avec toutes les limitations que l'on connaît de notre système? Cette « chance » que l'on accorde aux réalisateurs est-elle profitable pour le Québec? Rapporteront-ils une expérience différente et utile à notre industrie ou la déserteront-ils définitivement?

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