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Samedi 19 avril 2014 à 05h00

L'Hebdo : « Just in English »

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Une scène du film Muppets Most Wanted

Récemment, beaucoup de films prennent l'affiche au Québec uniquement en version originale anglaise. Ce fut le cas, entre autres, de la comédie Anchorman 2: The Legend Continues en décembre, de Ride Along en janvier, de Three Night Stand, Vampire AcademyAbout Last Night et de 3 Days to Kill en février, de Muppets Most Wanted (probablement en raison du premier film, The Muppets, qui avait déçu au box-office québécois en 2011), de Bad Words en mars, et, seulement vendredi dernier, de quatre productions qui ont pris l'affiche en version anglaise uniquement; A Haunted House 2, Dom Hemingway, The Face of Love et Trailer Park Boys 3: Don't Legalize It. Évidemment, ces quatre derniers sont des cas beaucoup moins complexes, comme ils s'adressent à un public beaucoup plus restreint que celui de Muppets Most Wanted ou Anchorman 2: The Legend Continues par exemple.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles un distributeur choisit de ne pas doubler son film, mais la plus importante reste monétaire. Quand ce dernier croit que son film n'amassera pas des recettes plus élevées que le coût du doublage (des frais qui peuvent s'élever de 75 à 100 000 $), la décision n'est pas difficile à prendre. Évidemment, le distributeur n'avouera généralement pas qu'il ne croit pas en son poulain au point de croire qu'il n'amassera pas plus que les dizaines de milliers de dollars que coûte la postsynchronisation, mais lorsqu'un film n'est présenté qu'en version originale, ce peut être un indice sur sa qualité et l'opinion qu'en a son distributeur.

Évidemment, tout n'est pas blanc ou noir. Un film offert qu'en anglais ne signifie pas nécessairement qu'il est exécrable. Des questions de stratégie marketing peuvent aussi être en cause, ou même tout simplement, un manque de temps. Par exemple, quand le distributeur américain The Weinstein Company a décidé de devancer la sortie de son film Vampire Academy, le distributeur Les Films Séville n'a pas eu l'opportunité de doubler la production avant sa parution le 7 février dernier.

Le distributeur peut également choisir de prendre la version française de France, ce qui coûte moins cher que d'en faire une nouvelle au Québec, mais le « français international » supposément employé chez nos cousins fait parfois défaut, et le spectateur québécois remarque aisément le subterfuge. Ce fut entre autres le cas avec Morning Glory dans lequel Rachel McAdams avait un accent parisien désagréable et utilisait des expressions dont la signification nous échappait, nous Québécois. Ce n'est, par contre, pas toujours le cas, puisque, la franchise X-Men, par exemple, est traduite en France, et nous nous sommes habitués aux voix qu'avaient les différents personnages. Un « français international » réussit, c'est possible, mais ce n'est pas infaillible.

Certains distributeurs choisissent plutôt de sortir leurs films en version originale anglaise sous-titrée en français. Cette façon de faire semble d'ailleurs devenir une nouvelle tendance à la mode dans le paysage cinématographique québécois. Le long métrage 12 Years a Slave de Steve McQueen, grand gagnant de l'Oscar du meilleur film, a d'abord pris l'affiche dans les salles en v.o.a.s.t.f. avant qu'une version française ne soit finalement offerte dans quelques marchés. Il faut aussi savoir qu'un film qui n'est disponible qu'en version anglaise au Québec n'a que 45 jours de liberté totale puisqu'après cette période d'un mois et demi, le film ne peut être à l'affiche que dans une seule salle. C'est pourquoi la version sous-titrée en français sauve parfois la mise.

The Grand Budapest Hotel a connu le même sort. Le film a pris l'affiche dans une salle en version originale anglaise le 21 mars et a connu une sortie étendue dans les semaines suivantes avec une version sous-titrée en français. Par contre, même si The Grand Budapest Hotel n'est pas offert en version traduite, le film se retrouve dans le top 10 québécois depuis quatre fins de semaine consécutives. Nous devons principalement ce tour de force à l'intérêt et à la curiosité des cinéphiles pour le travail, toujours original, du réalisateur Wes Anderson.

Certaines oeuvres, comme celle du réalisateur Tyler Perry (qui connaissent un succès considérable aux États-Unis, mais qui touchent très peu le public québécois), sortent en version originale anglaise uniquement. Ce fut le cas de A Madea Christmas en décembre 2013 et, plus récemment, de Single Moms Club. Comme les films de Tyler Perry s'adressent principalement à la communauté afro-américaine et que cette dernière est beaucoup moins importante en nombre au Québec qu'aux États-Unis, le choix du distributeur de ne pas traduire l'oeuvre s'explique de lui-même.

Les habitants de métropole sont les moins touchés par ce genre de problématique de doublage, c'est davantage en région que l'affaire préoccupe, puisque si le film n'est pas disponible en version française, il est fort probable qu'il ne soit jamais présenté dans les salles du Saguenay, de Sherbrooke, de Trois-Rivières et même dans la région de la Capitale-Nationale. Heureusement, il y a quelques établissements (considérés comme des cinémas de « répertoire ») qui s'efforcent de présenter les films mêmes s'ils ne sont offerts qu'en anglais (on parle entre autres du Clap et du cinéma Cartier à Québec, du cinéma Tapis Rouge à Trois-Rivières et de la Maison du Cinéma à Sherbrooke), mais certains échappent tout de même aux mains des propriétaires de ces petites salles répertoires.

Heureusement, lorsque le film sort en DVD, Blu-ray et vidéo sur demande, une trame française est généralement offerte. C'est le coût du doublage - beaucoup moins important lorsqu'il s'agit d'une sortie en DVD qu'une sortie dans les salles - qui explique ces versions françaises courantes. Vous pourrez donc voir Ride Along en version française (dont le titre français est Mise à l'épreuve) dès le 15 avril prochain ainsi que 3 Days to Kill (dont le titre français est 3 jours pour tuer) dès le 20 mai, dans le confort de votre salon.

Il existe quelques cas dans l'histoire du cinéma au Québec où les distributeurs ont sous-estimé la sympathie du public pour un film et ont dû le faire traduire après sa sortie dans les salles tant sa popularité était grande. Ce fut le cas entre autres de Lincoln qui, lors de sa sortie en 2012, est d'abord sorti en version originale anglaise uniquement puis a pris l'affiche en version française quelques semaines plus tard. Mais, comme la première fin de semaine est d'une importance cruciale pour les gains au box-office, ces exemples sont plutôt rares.

Dans les prochaines semaines, le phénomène se répètera dans les salles du Québec. The Railway Man avec Colin Firth et Nicole Kidman ne sera disponible qu'en version originale anglaise, tout comme Cuban Fury de James Griffiths et Moms' Night Out de Jon et Andrew Erwin.

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