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Samedi 3 mars 2012 à 07h00

L'Hebdo : Found footage ou promesse de profits faciles

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily
Une scène du film Project X

Cette semaine, le film Project X prend l'affiche sur les écrans nord-américains. Cette comédie aux prémisses assez typiques - des adolescents impopulaires décident d'organiser un immense party dans la maison des parents des l'un d'eux pour gagner le respect des autres étudiants - trouve son originalité et sa distinction dans son style cinématographique particulier, soit le found footage. Principalement utilisé dans les films d'horreur, ce genre spécifique consiste à utiliser des images tirées de vidéos amateurs, souvent prises par le protagoniste lui-même, et d'en faire le principal visuel du long métrage. Cette technique offre d'innombrables possibilités, tant au niveau de la production (coût moindre) que de la narration (offre une relation différente avec les personnages; plus amicale qu'observatrice), tout en imposant certaines limites évidentes que d'autres styles n'infligent pas (le cadre, le son, l'ambiance, etc.).

Le premier film de found footage répertorié par IMDB (Internet Movie Database) est le long métrage italien Cannibal Holocaust, un suspense d'épouvante sur un groupe de gens qui partent à la rescousse d'une équipe de journalistes disparus dans la jungle amazonienne. Arrivés sur place, ils découvrent une cassette vidéo qui révèle les secrets de la disparition du premier groupe. Cela vous rappelle quelque chose? Beaucoup de gens - et avec raison - avaient soulevé lors de la sortie de The Blair Witch Project les similarités entre les deux productions. Copie ou pas, le film de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez sur des jeunes qui partent à la chasse aux sorcières, caméra à la main, a relancé et a introduit à une nouvelle génération le genre du found footage au cinéma.

Mais c'est vraiment en 2007 avec la sortie de Paranormal Activity que le found footage est vraiment devenu à la mode. Les quelque 193 millions $ récoltés par le film (dont le budget s'élevait à 15 000 $) ont suscité l'envie de plusieurs studios et l'intérêt général du public. Dès l'année suivante, on a pu voir sur nos écrans Quarantine, [Rec] ² et bien d'autres longs métrages qui exploitaient la même thématique. The Last Exorcism, paru en 2010, et The Devil Inside, sorti en janvier dernier, ont tous deux récolté près de 70 millions $ au box-office mondial pour un budget d'un peu plus d'un million $ chacun; la preuve que le style a encore du succès et de l'influence aujourd'hui.

En constatant l'efficacité du found footage dans le monde de l'horreur, certaines compagnies/créateurs ce sont (visiblement) questionnés s'il n'était pas possible d'utiliser le genre à d'autres sauces. En 2008, le film Cloverfield, produit par J.J. Abrams, a bénéficié de la singularité qu'apportait le concept pour mousser l'histoire de son suspense de science-fiction. La caméra en continuel mouvement d'un vidéaste amateur donne à Cloverfield - qui dépeint une apocalypse new-yorkais - un aspect sinistre et véridique qui ébranle inévitablement le spectateur. Le même phénomène s'est récemment produit avec Chronicle, un long métrage de science-fiction sur des adolescents, dont un cinéaste débutant, qui obtiennent mystérieusement des pouvoirs surnaturels. En plus de conquérir critiques et professionnels, le long métrage a suscité suffisamment l'intérêt pour remplir les salles (94 millions $ en recettes mondiales).

Project X pousse l'expérimentation jusqu'à la comédie. Si on peut faire peur, faire réfléchir et faire sursauter le spectateur avec le found footage, pourquoi ne pourrions-nous pas le faire rire? La caméra permet de développer une relation différente avec les personnages. Ces derniers décident de nous montrer ce qu'ils veulent (comme les fesses des filles plutôt que leur visage), la caméra n'est donc plus un oeil magique où l'on observe des gens à leur insu, mais bien une fenêtre à travers laquelle on nous propose de regarder. Suivant ce principe, les protagonistes peuvent volontairement cacher des éléments au public, lui mentir, l'amener à croire des choses qu'une fiction normale n'aurait pas pu prétendre sans preuve tangible. Il n'y a plus de « quatrième mur » (l'écran imaginaire qui sépare l'acteur du spectateur), on s'adresse directement au public et l'amène à se sentir impliqué dans l'histoire.

Évidemment, ce point de vue intérieur reste toujours contrôlé par une instance au-dessus de lui, soit le réalisateur. Dans Project X, ce montage à plusieurs caméras, cette musique parfaitement mixée, ces images prises à travers l'embrasure des portes obligent le spectateur à mettre en doute naturellement la caméra amateur et, du même fait, tout ce concept de found footage. Ce dernier crée de nouvelles balises dans le paysage cinématographique, qui ne sont, par contre, pas nécessairement plus efficaces ou plus intéressantes que celles qu'apporte la caméra standard. Chose certaine, cette technique à faible coût est populaire et, donc, rentable, et comme l'intérêt du gain en est un important - et nécessaire - dans le cinéma américain, le found footage, comme bien d'autres styles spécifiques, sera exploité jusqu'à ce que le public se lasse et s'entiche d'un autre procédé inusité.

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