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Samedi 14 juillet 2012 à 07h00

L'Hebdo : Du petit au grand écran

Photo Par Pascale Dubé
Scène du film The X-Files: I Want to Believe

Depuis son arrivée dans les salons américains, la télévision a conquis le coeur de tous. Bien qu'ils tendent à disparaître depuis qu'internet sert à diffuser du contenu vidéo, les rendez-vous hebdomadaires étaient de mise à l'époque pour tous les amateurs de séries et d'émissions télévisées. Les décennies 70, 80 et 90 auront véritablement été l'âge d'or du petit écran et de nombreuses séries cultes, issues de cette époque, ont connu une adaptation au cinéma. En misant sur la nostalgie des téléspectateurs, ces films peuvent compter sur un bassin d'indéfectibles adeptes pour rentabiliser l'opération. À l'instar de Lance et compte, c'est ce calcul qui a justifié la production d'Omertà, sorti mercredi dernier, l'adaptation cinématographique d'une des meilleures séries dramatiques lourdes jamais produites en nos terres.

Par contre, la difficulté de rendre justice, en un maigre deux heures, à une série dont le drame s'est étiré sur trois saisons de treize épisodes d'une heure, n'est pas une mince affaire. Bien sûr, les scénaristes peuvent compter sur des acquis : les personnages sont connus du public et l'identification est rapide, comme une impression pour les fans de « retomber dans leurs vieilles pantoufles ». Malheureusement, cela peut également jouer contre le film, puisque les attentes du public sont bien souvent précises et si les cinéastes prennent trop de liberté, le film pourrait bien connaître le triste sort que le dernier X-Files a connu...

Car The X-Files: I Want to Believe, sorti en 2008, n'était pas du tout ce que les fans attendaient depuis la conclusion épique de la série en 2002. Même les puristes ont été désenchantés par l'intrigue privilégiée par Chris Carter pour ranimer ses personnages. Au lieu de faire un film sur la mythologie reliée à l'invasion extraterrestre, le pain et le beurre de la série d'origine, Carter a misé sur la psychologie de ses personnages et a gratifié le public d'un film de deux heures qui a été souvent comparé à un piètre épisode télévisuel étiré pour en faire un film. Tristement, avec un box-office d'à peine 20 millions $ domestiquement, Fox a abandonné définitivement l'idée de refaire un film mettant en vedette Mulder et Scully, alors que les fans purs et durs sont toujours aussi fervents et actifs dans la « webosphère » et qu'ils réclament un blockbuster à la hauteur du premier film (The X-Files: Fight the Future). Malheureusement, le tir a raté la cible, et ce qui aurait pu devenir une franchise de science-fiction originale, intéressant même des non-initiés, a été bâclé.

Pourtant, on dira ce qu'on voudra, l'écriture de Carter et Spotnitz, intelligente et sensible, est de loin supérieure à celle qui a vu la naissance des deux épouvantables navets qu'ont été Sex and the City et Sex and the City 2, films dans lesquels les acteurs semblaient condamnés à parodier leurs personnages, à l'origine savoureux et intelligents, et à se donner la réplique dans un magma de superficialité grotesque participant à une intrigue allant à l'encontre de toute logique. Deux films fourre-tout dorés signés Dolce & Gabbana dans lequel on aura malencontreusement omis de mettre un contenu. Cependant, même abhorrés par la critique, les deux films auront connu un succès suffisant qui justifierait, aux yeux des studios, qu'on nous inflige un troisième opus. Dieu merci, le tout n'a pas encore été confirmé. Sex and the City 3, Samantha et Carrie à l'auspice?

Dans l'adaptation du petit au grand écran, le timing est la clé de tout. Entre la fin de la série des X-Files et I Want to Believe, six ans se sont écoulés tandis que dans le cas de Sex and the City, seulement quatre ans séparent le film de la fin de la série. Pendant cette période, Sex and the City a connu un grand succès sur DVD alors que les X-Files, dont les deux dernières saisons étaient déjà affaiblies par l'abandon progressif de l'acteur principal (David Duchovny demandait un salaire trop élevé au goût de Fox), ont pris un coup de vieux. Cela n'aurait pas eu d'importance si les créateurs avaient d'abord tâté le pouls de leur public pour lui donner ce qu'il attendait. Naturellement, cela aurait nécessité des fonds considérables, mais sans un scénario et un sujet adéquat, mieux aurait valu en rester là.

La seule manière de s'en tirer serait de faire, dans quelques années, une adaptation nouveau genre à la manière du très réussi 21 Jump Street ou même The A-Team, avec des caméos des personnages ou des acteurs d'origine, dans un cadre totalement neuf. Car pour qu'un film adapté d'une série télévisée fonctionne, le défi consiste à intéresser un nouveau public tout en ravivant l'intérêt d'anciens fans en combinant des éléments familiers (musique, situations, esprit général) et du neuf. Ou bien alors miser sur une mégastar de la trempe de Tom Cruise (Mission: Impossible). Parce que ce qu'une série télévisée aura mis neuf saisons à définir ne peut se résumer en deux heures, l'adaptation d'une série culte de science-fiction comme The X-Files s'avère particulièrement difficile.

Pourtant, J.J. Abrams a réussi là où d'autres se seraient cassé les dents. Son Star Trek, résolument moderne, a repris avec maestria l'esprit des personnages originaux dans un scénario extrêmement ingénieux qui lui aura permis de ramener les compteurs à zéro. À cela Abrams ajoute la participation remarquable de Leonard Nimoy, un coup de chapeau particulièrement élégant à ses prédécesseurs. C'est pourquoi le Star Trek de Abrams a fait l'unanimité et est redevenu une franchise à part entière. Le tour de force est d'en avoir fait une franchise destinée au grand public et pas seulement à un nombre restreint d'adeptes.

Est-ce que Luc Dionne relèvera le défi qu'il s'est lancé en adaptant sa série culte ? Seul l'avenir nous le dira. Mais le fait que la troisième et dernière saison de la série ait été diffusée en 1999, jouera nécessairement un rôle, soit positif ou négatif, dans les résultats qu'Omertà obtiendra au box-office. Car treize ans, dans le monde effervescent du showbusiness, ça peut être très long. Mais cela peut aussi jouer en faveur du film en amenant un public non initié à se déplacer en salles pour son rendez-vous estival avec Michel Côté.

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