dossier
Samedi 5 novembre 2011 à 07h00

L'Hebdo : À voleur, voleur et demi

Photo Par Pascale Dubé
Scène du film Ocean's Thirteen

La comparaison est aisée entre un magicien et un cinéaste. Les deux ont le sens du spectacle, les deux ont un auditoire et les deux sont des maîtres dans l'art de la dissimulation et de la fraude. Or, aucun type de films ne met davantage en relief ces similarités que les films de cambriolage. Certains de ces films nous entraînent dans une chasse à l'homme, certains mettent en scène un duel entre deux individus qui rivalisent d'ingéniosité : un enquêteur qui veut coincer le criminel, deux voleurs qui veulent commettre le même crime, etc. Par contre, à l'instar de Tower Heist, qui prenait l'affiche ce vendredi, c'est plus souvent le parti des voleurs que l'on adopte et les cinéastes, en grands illusionnistes, nous envoient bien souvent sur de fausses pistes dans cette chasse au trésor fictionnelle.

Hautement ludiques, parfois comiques, ces histoires utilisent soit la perspective de l'enquêteur, soit celui des malfrats. Dans presque tous les cas, les récits permettent un foisonnement de situations complexes où les péripéties consistent essentiellement en un plan, soigneusement conçu, qui risque de mal tourner à tout moment. D'autant plus que, pour qu'une telle histoire puisse être attrayante, il doit nécessairement s'agir d'un vol impossible où toutes les nouveautés technologiques sont mises en évidence. Cela explique pourquoi certains de ces films vieillissent mal et la raison pour laquelle ils font l'objet de remakes. C'est entre autres la recette des trois films qui relatent les aventures de Danny Ocean et de ses copains (Ocean's Eleven, Twelve et Thirteen), trois films qui jouent sur la perception des spectateurs et qui s'amusent à les arnaquer, par un montage sonore et visuel convaincant qui masque astucieusement les trous et failles (volontaires) du récit.

Dans le premier film, on doute du motif de Danny Ocean et on en vient à penser qu'il serait prêt à risquer l'échec et à trahir ses collaborateurs si cela lui permet de récupérer sa femme, ce qui se révèle évidemment une hypothèse erronée. Dans Ocean's Twelve, on se fait mener en bateau du début à la fin du film puisque toute l'histoire tourne autour d'une compétition entre deux voleurs pour l'obtention d'un objet qui est déjà en la possession de Ocean au début du film. C'est de la tricherie. Quant au troisième, il s'agit d'une belle mise en scène qui démontre que l'équipe de Ocean a fait bien des progrès depuis leur premier coup et dont le dénouement, encore une fois savoureux, nous permet d'apprendre enfin qui est le mystérieux père de Linus (interprété par Matt Damon) dont on entend parler depuis le premier opus. Encore une fois, tel est pris qui croyait prendre.

Comme un film n'est pas complet sans histoire d'amour, les criminels aussi ont droit à leurs passions. Quoi de plus normal que de prendre deux individus que tout oppose et qui n'ont aucune confiance l'un dans l'autre pour les réunir dans un chassé-croisé amoureux dont l'enjeu final est la victoire glorieuse des sentiments... et le partage du magot? Dans Entrapment (1999), l'improbable duo formé de Sean Connery et Catherine Zeta-Jones émet beaucoup d'étincelles. Bien que l'intrigue soit grossièrement brossée, il n'en demeure pas moins que les méandres narratifs du récit font honneur au titre (entrapment se traduit par traquenard). Le spectateur se demande si Zeta-Jones est véritablement une cambrioleuse de haut-vol ou s'il ne s'agit pas, tel que proposé dans le film, d'une mise en scène élaborée pour coincer un criminel recherché (Connery). À l'époque, le dénouement avait été une agréable surprise pour le public. Malheureusement, à cause de sa temporalité (le film se déroule à la veille du passage à l'an 2000), le long métrage de Jon Amiel vieillit mal.

Par contre, dans le très savoureux The Thomas Crown Affair (1999), remake d'un film de 1968 qui à l'époque mettait en vedette Steve McQueen, le spectateur assiste à une valse entre une enquêteuse (Rene Russo), chargée par une compagnie d'assurance de démasquer un voleur, et le riche playboy cambrioleur (Pierce Brosnan) qu'elle poursuit. Ici, la technologie a son importance, mais il ne s'agit pas d'un gadget. C'est avant tout une chasse où la frontière entre proie et chasseur sera rapidement gommée, alors que les deux personnages seront pris tour à tour au jeu de la séduction. Jusqu'à la toute fin, il semble impossible que les deux amoureux finissent par se retrouver, mais on se prend à espérer que le personnage de Brosnan réussira à berner la vigilance de sa sulfureuse belle, froide et rationnelle, et à conquérir son coeur... après avoir réussi son dernier coup.

De la même manière, Duplicity joue sur les codes de l'identification et profite grandement de la chimie palpable entre ses deux vedettes. Dans ce film à l'intrigue noueuse, Julia Roberts et Clive Owen se donnent la réplique dans un crescendo d'aventures rocambolesques qui berne si bien le spectateur que ce dernier transpose sans arrêt, de scène en scène, son allégeance à l'un ou l'autre des deux protagonistes (celui qui semble le plus honnête à un moment précis). Par son jeu de dissimulation, par les diversions et les digressions narratives et grâce à des personnages secondaires complètement ahurissants (Paul Giamatti et Tom Wilkinson), l'ingénieux scénario de Duplicity se distingue de la masse.

Il ne faut probablement pas s'attendre à autant de subtilité dans Tower Heist: il est peu probable que l'on soit surpris par des rebondissements inattendus dans une comédie aussi convenue. Est-ce que le populaire Ben Stiller réussira à ramener la carrière en déclin d'Eddie Murphy au sommet (de la tour)? Ici, ce n'est ni l'amour (Entrapment, The Thomas Crown Affair) ni les valeurs fraternelles (Ocean's Eleven, Twelve et Thirteen) qui sont mises à l'honneur, mais bien l'avarice et l'ambition (dans le contexte actuel, avec les Madoff de la Terre, le sujet est valable). Or si ces travers sont de parfaits sujets pour un drame ou un suspense, Molière a su prouver qu'il pouvait bien s'agir d'un terreau fertile pour la comédie. Mais voilà, Brett Ratner (Rush Hour) n'est pas Molière et même si les mésaventures d'individus naïfs qui tentent leur chance dans le beau monde de la malhonnêteté est une idée qui a de quoi faire sourire, il en faut parfois plus pour intéresser...

Partager sur : Twitter Facebook
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.