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Vendredi 18 mars 2011 à 12h52

Juliette Binoche parle de Copie conforme

Photo Par Karl Filion
Une scène de Copie conforme

Paru en mai dernier en France, le plus récent long métrage d'Abbas Kiarostami prend l'affiche au Québec ce week-end. Intitulé Copie conforme, le film met en vedette Juliette Binoche dans le rôle d'une Française vivant en Italie qui fait la rencontre d'un historien de l'Art. Rencontrée à Paris en début d'année, elle nous parle de son amitié avec le plus célèbre et acclamé des réalisateurs iraniens sur la planète.

« Nous avons fait le film à cause de notre amitié. Quand j'ai rencontré Abbas ces dernières années dans plusieurs festivals, je l'ai en quelque sorte harcelé pour savoir quand nous allions faire un film ensemble. Je crois qu'il hésitait à s'engager parce qu'il ne savait pas s'il allait pouvoir tourner à l'extérieur de son pays. Quand je suis finalement allée en Iran pour le rencontrer, nous sommes devenus assez intimes pour parler d'Art, et je crois que c'est notre intimité qui a donné naissance au film. »

« Il y a beaucoup d'humour dans le film. Le fait qu'on ignore si on est dans la fiction ou la réalité, c'est tiré de notre relation d'une certaine manière. »

Elle partage la vedette avec William Shimell, un chanteur britannique. « William a été très brave. Je crois qu'Abbas voulait que l'homme se sente comme ça, un peu perdu, essayant de s'échapper. Au début, deux semaines avant le début du tournage, il connaissait le scénario en entier, du début à la fin. Pour lui, c'était comme une partition, parce qu'il est chanteur d'opéra. J'étais impressionnée, mais je devais trouver comment briser cette connaissance... Le jeu, ce n'est pas seulement connaître les répliques, c'est ce qui est à l'intérieur de vous, quelque chose qu'il faut briser. Nous avons répété, et quand il a senti qu'il pouvait appliquer les mots à sa vie, sa perspective a changé complètement. À partir de là, il était prêt. »

Le film prend un tournant inattendu alors que les deux poursuivent leur route dans la campagne italienne. « On m'a posé beaucoup de questions à savoir si leur relation était vraie, ou fausse, ou... mais pour moi, ça n'a jamais été important. Il y a tellement de jeu, entre eux. D'une certaine manière, elle n'exprime que ses besoins; c'est lui, mais ça pourrait être un autre homme, ça serait la même chose. »

« Cela ne m'intéresse pas de savoir ce qui est vrai, parce que tout est vrai, dans le fond. Ce qu'Abbas disait, c'est que quand vous êtes avec quelqu'un, la mémoire peut se projeter dans le futur, ou parler de quelque chose qui est arrivé dans le passé. On est dans différentes dimensions temporelles. La réalité que l'on peut voir et toucher côtoie une autre réalité, qui est à l'intérieur de nous. J'avais pris la décision que je ne connaissais pas cet homme, mais que ma volonté était si forte que quand je lui parlais, il devenait mon mari. »

« Le cinéma est une copie de la vie, en fait, pour moi c'est une réplique de la vie. C'est même parfois plus intense, plus réel que la vie. »

Le film demeure près de thématiques chères à Kiarostami. « Le cadrage est aussi très kiarostamien, l'équilibre de chaque cadre est très spécifique à son cinéma. Il s'est permis des choses qu'il ne pouvait pas faire dans son pays. On peut sentir qu'il dit beaucoup de choses, d'ailleurs je ne sais pas si le film a pu sortir en Iran. »

Beaucoup de plans sont d'ailleurs très longs. Cela ajoute-t-il une pression supplémentaire pour les acteurs? « Cela permet de la liberté. C'est plus près de la vie, on devient son propre monteur. » Peut-on improviser? « Tous les dialogues sont écrits. Abbas est toujours très ouvert lorsque les acteurs lui demandent de recommencer. Certains réalisateurs comprennent que les acteurs savent s’ils peuvent aller plus loin ou non. »

Croyez-vous que vous avez incité Kiarostami à venir tourner à l'extérieur de l'Iran? « Je crois qu'il aurait fini par venir. La situation politique en Iran n'est pas facile, et il sait que continuer à faire des films en Iran, c'est un peu faire partie du gouvernement d'une certaine manière. Il est accepté, donc faire un film le lie au gouvernement, ce qui est absurde! La situation politique le pousse à sortir de son pays. »

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