entrevue
Jeudi 28 mars 2013 à 16h02

Jean-Pierre Améris parle de L'homme qui rit

Photo Par Karl Filion

Jean-Pierre Améris sur le plateau de L'homme qui rit

Le long métrage français L'homme qui rit, présenté à Cinémania l'an dernier et sorti fin décembre en France, prend l'affiche au Québec ce vendredi. Le film met en vedette Marc-André Grondin et les comédiens français Gérard Depardieu, Christa Theret et Mathilde Seigner.

Le drame, qui est adapté d'un roman de Victor Hugo, raconte l'histoire de Gwynplaine, un jeune homme dont une cicatrice au visage lui dessine un sourire permanent. Il fait la rencontre d'Ursus, un forain, et de Déa, une jeune fille aveugle et parcourt avec eux le pays pour se donner en spectacle. Lorsqu'il croise le chemin d'une Duchesse fascinée par lui, Gwynplaine abandonne ses amis.

Le réalisateur Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes) a le désir de raconter cette histoire depuis l'adolescence.  « Premier contact avec cette histoire : j'ai dix ans, c'est en 1971, et c'est un feuilleton à la télévision. Un feuilleton qui m'a vraiment impressionné, fait un peu peur, et très ému. C'est vraiment lié à l'enfance, à ce moment où on découvre les choses, que ça vous fait un peu peur mais qu'en même temps, ça vous fascine. Cinq ans après, j'ai lu le roman, alors que j'étais un adolescent plus que timide, et très complexé par mes deux mètres (6'6'')... Tout ce que j'aimais dans la littérature ou le cinéma, c'était les histoires de monstre. Je devais m'identifier à eux... »

« Je me suis attaché à ce personnage de Gwynplaine, dont tout le monde se moque à cause de sa cicatrice, et qui, comme il devient acteur, trouve refuge au théâtre comme moi j'ai trouvé refuge au cinéma. »

C'est une histoire où le regard prévaut; lui même, Gwynplaine, ne s'est jamais vu... « Vous avez raison, c'est vraiment une histoire de regard. Pour moi, le pont de départ, c'est le complexe; c'est ce que j'ai raconté un peu dans Les émotifs anonymes : pour le personnage de Gwynplaine, cette cicatrice, c'est une obsession. C'est d'autant plus une histoire de regard que la jeune fille qui l'aime est aveugle, alors il se dit que si elle le voyait, elle ne l'aimerait pas... C'est là où le personnage se trompe. »

« C'est là aussi où le récit est très moderne, puisqu'il parle de l'apparence : qu'est-ce que c'est qu'être beau? Qu'est-ce que c'est être laid? Gwynplaine a un tel manque de confiance en lui, il est tellement complexé qu'il va se perdre entre ses désirs d'être aimés et de révolte sociale. C'est l'histoire d'un garçon perdu. »

Mais comment s'attaque-t-on à une oeuvre monumentale comme celle d'Hugo? « Le roman se passe au XVIIe siècle en Angleterre, mais voilà, je ne veux pas faire une reconstitution histoire, ce n'est pas mon propos. Moi, je veux faire un film sur la différence physique, sur l'identité, et montrer qu'il y a des résonnances avec notre société de l'apparence. Dans le travail d'adaptation, ça a été de faire le contraire de ce que fait Victor Hugo, c'est-à-dire d'être toujours avec Gwynplaine, de ne jamais le lâcher. Victor Hugo fait tout le temps des digressions historiques, philosophiques, etc. »

« J'ai essayé de dire au spectateur qu'on était dans un conte;, il était une fois, quelque part, on ne sait pas où, il y a très longtemps... On se demande dans quel monde on entre. »

« Le roman est très long - 750 pages - mais il n'est pas très narratif. On s'est rendu compte que l'histoire était assez ténue, j'en étais très content d'ailleurs. L'autre parti pris, c'était de rendre à tout ce cinéma que j'aimais à l'adolescence. Les histoires de gens différents, les monstres, ce style de film-là, un cinéma de studio un peu féérique qui nous fait oublier la réalité. »

« C'est ce que j'aimais du cinéma : la lumière s'éteint, on ne vous voit plus, et j'aime quand on pénètre dans un monde mystérieux. »

Comment avez-vous connu Marc-André Grondin? « Le premier film que j'ai vu, c'est C.R.A.Z.Y.. C'est un film qui m'a marqué, que j'adore, et j'ai donc toujours suivi ce comédien dans les films français qu'il est venu tourner ici, donc Le premier jour du reste de ta vie, Bus Palladium, et donc, c'est à l'écriture, en 2006 et 2009, que j'ai pensé à lui. Il a quelque chose de très moderne, très rock. Il est très beau, il a un regard magnifique, il a cette candeur dans le regard que je cherchais pour le personnage. Il pouvait apporter cette modernité au personnage... »

« C'est ce qui était le plus important pour moi, que les jeunes, en voyant le film, ne se disent pas « c'est une histoire d'il y a longtemps ». Non! Il est comme nous, il pourrait être un indigné. Quand il dit : « Le paradis des riches est fait de l'enfer des pauvres »... C'est un garçon d'aujourd'hui, en même temps tenté par la télé-réalité. »

« C'est la contradiction du personnage, en même temps c'est le génie de Victor Hugo, de Shakespeare ou de Dostoïevski, ils parlent toujours de nous, de l'être humain. »

L'homme qui rit est distribution par Métropole Films.

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