entrevue
Vendredi 7 octobre 2011 à 15h00

Jean-Philippe Pearson parle de Le bonheur des autres

Photo Par Karl Filion
Jean-Philippe Pearson sur le plateau de Le bonheur des autres

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Jean-Philippe Pearson a choisi de parler de bonheur, à travers l'histoire d'une famille en apparence ordinaire qui doit composer avec la nouvelle grossesse de la petite amie du père, parti il y a vingt ans en abandonnant ses deux enfants. Le bonheur des autres, qui prendra l'affiche aujourd'hui, met en vedette Michel Barrette, Louise Portal, Julie Lebreton, Marc-André Grondin, Ève Duranceau et Stéphane Breton.

Pour le réalisateur, Le bonheur des autres est « un film qui a la forme d'une tranche de vie, qui voit une partie de la vie de ces gens-là. Ça se rapproche de mon travail précédent, dans la forme il y a cet élément où on est avec ces gens-là pour une période de deux mois, on les suit et après ils continuent à évoluer. Ça se poursuit, comme la vie se poursuit pour tout le monde, pour les spectateurs qui vont sortir du cinéma. »

Personne n'est véritablement « coupable » dans cette histoire. « C'est ce que j'essaie de faire. Dans la vie de tous les jours, dans l'avant-midi tu peux poser une bonne action, et dans l'après-midi te faire taper sur les doigts parce que tu as fait quelque chose de pas correct. T'es la même personne, ça fait partie de nous. Dans un souci de réalisme, je ne pouvais pas présenter un personnage avec une vision unique. Tu découvres d'autres aspects du personnage. »

« C'est un film dans lequel je voulais donner de la place au jeu d'acteur, pour moi ça tourne autour de ça. »

C'est aussi un film « réaliste ». Comment conserver le naturel du jeu après plusieurs répétitions? « Quand tu redis les choses quatre ou cinq fois, tu peux perdre un peu de naturel. Mais il y a un travail à faire pour rappeler l'écoute aux comédiens. Parfois les comédiens oublient d'écouter, ils pensent à leurs répliques et il peut y avoir des baisses au niveau de l'écoute. Il y a le talent qui rentre en ligne de compte, pour garder le naturel, mais effectivement, il y a parfois une petite magie qu'il faut aller rechercher. Mais quand tu l'as vue en répétition, tu sais où la chercher. »

Les dialogues doivent aussi sembler tirés de la réalité. « Il y a un travail au niveau des dialogues pour que ça sonne vrai dès l'écriture. J'essaie de les faire parler comme j'imagine qu'ils doivent le faire, mais c'est quelque chose, comme scénariste, sur laquelle je m'applique beaucoup, donc comme réalisateur je veux que ce soit assez fidèle à ce qui est écrit. »

« À mon avis ça sonne vrai, c'est crédible. Dans les situations, c'est sûr qu'il y a des choses... On est quand même dans un monde de fiction. En ce qui concerne le personnage de Louise, j'ai fait des choix pour illustrer son émancipation, de lui faire suivre un certain parcours, ça aurait pu être des entrevues avec un psy, ça aurait donné autre chose. »

« C'est le genre de film où, oui tu es spectateur, mais tu te sens témoin aussi de ce qui se passe. C'était mon intention en tout cas. J'aime les films où je me sens plus témoin que spectateur. On est assez près d'eux, il y a un côté voyeur, tu assistes à leurs petits moments de vulnérabilité. J'avais ce souci-là de réussir à être témoin de ce qui se passe. »

Le film n'est cependant pas qu'une simple comédie. « On aurait pu jouer en comédie, pousser un peu plus sur des stéréotypes, exagérer les caractères, de caricaturer les personnages, mais ce n'était pas mon intention. Je préfère concéder un peu de rires, et gagner en réalisme. Ce réalisme-là te porte à prendre position par rapport à la situation. Un personnage dit une chose, un autre lui répond, tu as un effort à faire pour te positionner par rapport à la proposition. Dans le contexte d'une comédie, c'est difficile de susciter une réflexion. Si tu caricatures un peu pour obtenir de la comédie, à quelque part tu fais un décrochage. »

Pour Michel Barrette, qui incarne le personnage principal de Jean-Pierre, ce mélange entre comédie et drame est fort à propos. « Ce mélange-là est très représentatif de ma vie. Je ne passe pas ma journée à faire des jokes; j'aime ça, j'aime en raconter mais il y a aussi la vraie vie, mon petit gars de cinq ans qui est à la maison, mes grands qui vivent leurs malheurs et leurs bonheurs de grands... C'est un film qui t'oblige à faire un retour sur toi, puisqu'il y a plein de choses que vit ce personnage-là que j'ai vécues aussi. »

« On aurait pu facilement tomber dans le cliché d'un bonhomme aux cheveux gris qui ramasse une fille plus jeune, mais ce n'est pas ça. Ce qui est l'fun aussi, c'est qu'il y a toutes les générations. On connaît tous quelqu'un qui vit cette situation-là. Ça donne la parole à tout le monde et ça oblige aussi tout le monde à avoir une réflexion qui sur son bonheur. On dit parfois que le bonheur des uns fait le malheur des autres; au début du film, c'est exactement ce qui se produit. »

« Mon nouveau bonheur, ma nouvelle blonde, le bébé qui s'en vient, ben ça fait chier tout le monde. Ma fille veut avoir un enfant elle n'est pas capable, mon ex ça fait 25 ans qu'elle m'en veut de l'avoir laissée, mon beau-père capote parce que j'ai son âge et que je sors avec sa fille... On aurait pu faire une comédie où on aurait enterré mon personnage à la fin du film, mais non. Jean-Philippe est plus intelligent que ça. »

« Moi, le message que j'en retiens, c'est qu'on est responsable de son propre bonheur, et que quand on cherche notre bonheur et qu'on quitte quelqu'un, lorsqu'on fait du mal, on ne le fait pas pour faire du mal, on le fait parce qu'on est malheureux et qui se on continue à l'être, on va rendre les gens autour de nous encore plus malheureux. »

Est-ce que le message passe mieux lorsqu'on les choses finissent bien? « On aurait pu aller d'un extrême à l'autre : commencer alors que tout va mal, et finir alors que tout va bien, à la Walt Disney. Moi je pense que ça finit bien dans l'optique où les gens ont cheminé, ou qu'ils sont en train de, mais ce n'est pas la finale qu'on attend. Je serai curieux d'ailleurs de voir, dans dix ans, ce qu'ils vont être devenus. »

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