entrevue
Jeudi 2 juin 2011 à 16h15

Jacob Tierney parle de Good Neighbours

Photo Par Karl Filion
Jacob Tierney sur le plateau de Good Neighbours

Le troisième long métrage du réalisateur Jacob Tierney, intitulé Good Neighbours, prend l'affiche au Québec ce vendredi dans quatre salles dans la région de Montréal. Adapté d'un livre écrit par Chrystine Brouillet, le film est un projet de longue haleine pour le réalisateur. « J'ai lu le livre en secondaire 3 ou 4, et je l'ai beaucoup aimé. C'est resté dans ma tête, je savais que je voulais faire un film à partir de ce livre. » Le récit se rapproche du film noir, un genre qui plaisait déjà beaucoup à Jacob Tierney avant de commencer à travailler sur Good Neighbours. « J'écoutais toujours des films de Hitchcock, des films de Polanski, des choses comme ça, je lisais aussi des mystères, des thrillers, particulièrement quand j'étais adolescent. »

L'histoire est cependant déplacée de Québec dans les années 80 à Notre-Dame-de-Grâce à l'automne 1995, à la veille du référendum. « C'est pendant le référendum que j'ai lu le livre, et les deux sont restés ensemble pour moi. » Pour un anglophone montréalais parfaitement bilingue, qui a même été impliqué dans un débat linguistique, c'est un clin d'oeil. « Les films noirs sont tous des clins d'oeil, mais j'ai fait le film avant mon « scandale ». Pour moi c'était juste une époque qui était intéressante. On ne voit pas l'époque dans le cinéma québécois, et je me souviens très clairement du quartier Notre-Dame-de-Grâce à cette époque-là, au milieu des années 90; c'était tendu, c'était déprimé, et c'est une atmosphère que je voulais recréer. »

« C'est un film où les gens ne sortent pas, qui se déroule pratiquement entièrement dans leurs appartements. Ce sont trois personnes qui ne veulent pas vivre dans le monde, qui vivent très coincées. Ils ne sortent pas dans le monde. En fait, le personnage de Louise, elle voudrait seulement parler avec ses chats. »

« Et puis, puisque c'est un film noir où il y a une fille et deux gars, on a l'impression qu'elle va choisir entre les deux, un oui ou un non, mais ce n'est pas exactement ce qu'elle fait. J'ai beaucoup aimé jouer avec ça, mais en fait, quand on travaille dans un genre, on fait des tas de clins d'oeil, c'est ça le jeu, c'est ça le fun. »

Le genre du « film noir » a ses propres règles et ses propres défis. « L'histoire, premièrement, c'est un défi. J'étais chanceux parce que j'avais un livre sur lequel me baser, L'autre défi c'est le ton, de faire des choses très très noires mais d'essayer d'inspirer des gens à rire, c'est pas évident. C'est comme ça avec tous les films, le ton c'est toujours difficile. »

Doit-on envisager davantage les réactions du public pendant le tournage dans un film de ce genre? « Je ne comprends pas comment penser au public quand je fais mon travail. Je peux juste me plaire, faire ce que je pense qui va marcher. Il faut se faire confiance, parce que sur le plateau il n'y a pas de public. Quand on fait un film, on fait des petits bouts, alors même l'équipe n'est pas un bon public pour ce genre de choses. Il y a une règle entre comédiens qu'on connaît bien, c'est que quand tu fais une comédie et que tu fais rire l'équipe, ça ne marche pas, parce que ce n'est pas ce qu'on va voir à l'écran. On ne fait pas du théâtre. »

Il faut que tous les comédiens et le réalisateur soient sur la même longueur d'onde. « Pour cela, il faut que ce soit dans le scénario. Si ça n'existe pas dans le scénario, ça ne va pas exister dans ton film. Pour moi, ça commence là. On doit comprendre le ton dès la lecture, on ne peut pas le découvrir. Ça doit être clair sur le papier. »

Le montage permet-il de déceler ou de régler certains problèmes? « Non. Tous les problèmes du scénario réapparaissent au montage, à chaque fois. J'ai écrit une scène pour le début du film dans le scénario qui à mon avis ne marchait pas, on l'a coupée. C'était beau, c'était cool et le jeu des comédiens était bon, c'était pas ça, c'était moi, mon écriture, il n'y avait pas de point de vue dans la scène. Alors, on l'a coupée. »

« C'est la même chose que j'apprends à chaque film : les problèmes au scénario, ça reste, tout le temps. »

« Le ton des mes trois films est exactement comme leur personnage principal. The Trotsky est exactement comme Léon, le film et lui sont des miroirs, c'est la même chose avec mon premier long métrage Twist, et c'est la même chose ici avec le personnage de Louise. Je prends mes décisions comme réalisateur en observant mon personnage principal. »

« On ne peut pas créer de magie si on n'a pas de plan. Un bon scénario, ce n'est pas le résultat final, on doit toujours avec de l'inspiration et de la créativité sur le plateau. Avec les comédiens, c'est de moment à moment, on ne peut pas le prévoir. Mais si on n'a pas un texte, une carte géographique, un plan d'où on s'en va, c'est pas possible de faire un bon film. Moi je découvre mes films pendant que je les écris. »

« Dans ce cas-ci, je voulais garder les choses très très simples, parce que c'est avec les choses trop compliquées que tu gâches tout. Le plus logique possible, c'est ce que je voulais faire. » C'est la même chose avec les choix du réalisateur. « Oui exactement. Le plus logique, le plus simple, avec le plus d'élégance possible. De donner l'impression que c'était facile, sans effort. Moi, je ne veux pas que tu remarques mon travail, je veux juste que tu écoutes le film. Je veux que tu ne remarques rien de mes shots, même s'il y a des shots cool, mais je ne veux pas qu'on les remarque quand on écoute le film. »

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