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Samedi 26 mars 2011 à 07h00

L'Hebdo : On a tous droit à l'erreur

Photo Par Karl Filion
Zack Snyder sur le plateau de Sucker Punch

À 45 ans, il est en quelque sorte le nouvel enfant prodige d'Hollywood. Ses quatre films ont récolté 432 821 008 $ en Amérique du Nord seulement. Il a à sa feuille de route des publicités pour des compagnies mondialement reconnues comme Nike, Reebok et Gatorade, ainsi que plusieurs campagnes pour des marques de voitures telles que Audi, BMW, Subaru et Nissan. Pratiquement tout ce qu'il touche se transforme en succès, à commencer par 300, qui a lancé sa carrière en 2007 (Dawn of the Dead, en 2004, n'avait pas mal fait, mais rien à voir avec les 210 millions $ récoltés par 300). Warner Bros. lui a même confié la renaissance de Superman au grand écran, prévue pour Noël 2012. Zack Snyder, qui présente cette semaine son Sucker Punch - un film qu'il a coscénarisé avec Steve Shibuya - possède une qualité primordiale qui fait de lui un réalisateur qui pique instantanément la curiosité : un flair esthétique surdéveloppé, possiblement tiré d'une longue expérience comme réalisateur de publicités.

Lors de la sortie de 300, en 2007, ce n'est pas l'histoire (et ses nombreuses incohérences et incongruités historiques) qui a retenu l'attention, mais bien le souffle visuel que Snyder avait donné à des batailles à grand déploiement autrement assez convenues. Dans ses films, les scènes de combat sont souvent filmées au ralenti ou en accéléré, ce qui détonne par rapport aux techniques habituelles (du moins à Hollywood) : champ/contre-champ, caméra de proximité, etc. Si les thématiques (héroïsme, sacrifice, honneur) demeurent les mêmes - laissant deviner une idéologie de droite, mais c'est un autre débat - la révolution est désarmante au niveau visuel.

Watchmen, sorti deux ans plus tard, poursuit dans la tradition : un mélange de violence parfois extrême et une direction artistique toujours ultra-léchée multipliant les ralentis. Cette fois cependant, le récit est complexe et riche et la musique occupe une place prépondérante dans l'oeuvre, alors que de nombreuses scènes deviennent de courts vidéoclips. Des chansons de Bob Dylan, Leonard Cohen, Jimi Hendrix, Simon and Garfunkel, Janis Joplin, entre autres, sont utilisées dans le film. Mais 300 et Watchmen sont tous les deux adaptés de comic books qui abordaient déjà toutes ces thématiques et qui possédaient déjà leur style visuel propre. Le talent de Snyder aura-t-il été de simplement les porter à l'écran le plus fidèlement possible? Quelle est sa part de responsabilité dans leur réussite?

On sait déjà que Sucker Punch utilisera plusieurs chansons à l'intérieur même de sa trame narrative (la jeune héroïne, Baby Doll, danse afin de créer un monde fantasmé pour distraire ses geôliers et leur dérober des objets) et qu'on y trouvera à nouveau des confrontations épiques de batailles à grand déploiement, cette fois impliquant des guerriers japonais, des dragons ou des soldats-zombies inspirés de la Première Guerre mondiale.

Mais pour Snyder, alors qu'on apprend à le connaître au fil des films, le risque demeure le même qu'avec tous les esthéticiens du cinéma : quand la forme aura-t-elle officiellement pris le dessus sur le fond? La manipulation visuelle peut faire partie de la démarche elle-même, être imbriquée dans la narration du film si elle sert son propos. La poésie du film et de ses thématiques ne s'en trouvent que renforcées. Mais Snyder, de par ses choix esthétiques, est prisonnier du modèle de production hollywoodien; sans argent, sans les budgets démesurés consacrés aux effets spéciaux de ses films, impossible d'atteindre le même niveau de réussite. Et qui dit « Hollywood » dit aussi conformisme et rentabilité. Or, il semble bien que le cas de Watchmen soit un exemple éloquent de l'influence de Snyder : le film, classé R (Restricted - les moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte), ne met pas en vedette d'acteur de premier plan ni de super-héros bien connu, dure 162 minutes (186 pour le director's cut) et montre à l'écran le pénis bleu luminescent du Dr. Manhattan. Tous les réalisateurs ne se le permettraient pas. Et si Sucker Punch est le premier « flop » de la carrière de Snyder, qu'apprendrons-nous sur lui?

Tout est manipulation, dans le cinéma de Zack Snyder, qu'il s'agisse du temps ou de l'image. Mais jusqu'à maintenant, le divertissement aura pris le dessus sur d'éventuels messages politiques ou sociaux; on ne peut pas travestir exagérément les messages de deux oeuvres pré-existantes dont on tirerait des adaptations cinématographiques. Mais que veut vraiment nous dire Zack Snyder? Que veut-il défendre à travers son cinéma? Sucker Punch pourrait bien offrir une première piste de réponse.

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