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Samedi 7 mai 2011 à 07h00

L'Hebdo : Les super-pouvoirs d'Hollywood

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Au fil du temps, le film de super-héros est devenu un genre à part entière à Hollywood. Depuis le début des années 2000, le cinéma est littéralement contrôlé par les super-pouvoirs des différents personnages issus de bandes-dessinées, de romans ou de vieilles émissions de télévision. À titre d'exemple, la trilogie Spider-Man de Sam Raimi, dont le premier opus est paru sur les écrans en 2002, a cumulé plus d'un milliard $ en Amérique du Nord, alors que la plus récente franchise sur Batman, chapeautée par Christopher Nolan, a rapporté plus de 730 millions $ en seulement deux films. La saga autrefois dirigée par Tim Burton avait cumulé, quant à elle, 704 millions $, grâce à ses quatre films qui ont pris l'affiche entre 1989 et 1997. Le film Thor a récolté plus de 100 millions $ au box-office international avant même sa sortie dans les salles de l'Amérique du Nord. Le long métrage, paru dans plusieurs pays étrangers dont le Brésil, la France, le Maroc, l'Allemagne et le Portugal une semaine avant d'envahir nos cinémas, était donc considéré comme un succès avant même sa parution officielle en Amérique du Nord.

La récente ascension des super-héros au coeur de l'univers cinématographique n'est évidemment pas marquée que par de fulgurants succès comme ceux de l'homme-araignée ou chauve-souris. Le public, tout comme Ben Affleck, tente encore d'oublier l'apparition furtive de Daredevil sur les écrans, tout comme celle de Catwoman et d'Elektra, qui ont nui à l'image des films de super-héros au milieu des années 2000. Tout le monde voulait une part du gâteau, et à n'importe quel prix; l'insignifiance d'un scénario ou l'irrationalité du choix d'un acteur dans le rôle principal n'avaient d'importance que s'ils influençaient les perspectives de revenus. En 2008, critiques et cinéphiles ont finalement été soulagés et récompensés de leur patience en accueillant enfin sur leurs écrans une oeuvre amalgamant dignement technique, efficacité et pertinence; Iron Man. Ce dernier a immédiatement séduit, tant par la justesse du jeu de Robert Downey Jr. que par la compétence globale de ses textes. Le film a récolté 318 millions $ en Amérique du Nord et plus de 266 millions $ dans le reste du monde. Et c'est sans parler du deuxième opus, paru en 2010, qui s'est retrouvé au troisième rang des films les plus rentables de 2010 avec des recettes totales de 312 millions $.

Les films de super-héros sont, malgré leur grande popularité, un genre tout de même risqué. La plupart des personnages que l'on développe à l'écran sont inspirés de protagonistes célèbres qui ont déjà une mythologie très détaillée et des adeptes à travers le monde. D'allier grand public et fervents connaisseurs s'avère une tâche colossale pour les scénaristes qui, parfois, ignorent les origines et les particularités de chacun de ces individus fictionnels. L'équipe de production veut construire son propre univers, établir ses propres balises, mais redoute immanquablement de déplaire à un groupe d'amateurs influents et, souvent, intransigeants. Les anachronismes sont rarement tolérés et les incohérences rapidement condamnées; souvent plus violemment que dans n'importe quelle autre oeuvre de science-fiction aux fondements originaux.

Des détails (qui passeront inaperçu pour la plupart) peuvent rapidement devenir une nuisance pour les experts du genre. Par exemple, que le Goblin Vert jette Mary-Jane Watson en bas du pont dans Spider-Man alors que c'était Gwen Stacy qui subissait ce sort dans les écrits originaux (et qu'en plus elle survivre à l'assaut alors que la véritable victime en mourait) avait dérangé certains fanatiques. Mais il est évident que des changements narratifs sont nécessaires pour adapter une oeuvre à travers un autre médium. Adapter l'histoire des X-Men a également dû donner de puissants maux de tête à Bryan Singer, au début des années 2000, qui devait choisir les bons protagonistes - parmi un arsenal impressionnant -, un angle adéquat ainsi qu'une problématique accessible. Les douleurs crâniennes ont par contre porté fruit puisque X-Men est aujourd'hui considéré par plusieurs comme le premier d'une longue liste de films de super-héros à succès.

L'éparpillement des droits a également été un obstacle colossal auquel les compagnies-mères ont dû être confrontées au cours de la dernière décennie. Certaines entités, qui avaient été développées sur différentes plates-formes (télévisions, bandes-dessinées, livres, films), appartenaient à plusieurs entreprises à la fois; Marvel a, par exemple, dû se battre en cour pour récupérer les droits de Spider-Man à la fin des années 90. Après avoir retrouvé le contrôle ultime sur chacune de ses créations, Marvel Entertainment a été vendu à Disney pour la coquette somme de 4 milliards $ en août 2009. Ce qui signifie que tous les films inspirés des héros de ladite compagnie seront maintenant produits par The Walt Disney Company. DC Entertainment (filiale de DC Comics; qui compte parmi ses rangs Batman, Superman, Wonder Woman, etc.) est, quant à elle, une propriété du studio Warner Brothers Pictures. Le calcul n'est pas difficile à faire; ce sont maintenant uniquement deux sociétés qui possèdent les droits sur la plupart des films de super-héros. Il reste tout de même certains indépendants, tel que Kick-Ass et Green Hornet, mais on ne peut s'empêcher de constater la convergence.

Pour Hollywood, la dernière décennie peut irrémédiablement être décrite comme celle des super-héros. Le cinéma américain a réussi, au cours de cette période, à concilier divertissement et aptitude artistique tout en respectant la mythologie de chacun (ou presque) de ses super-sujets, et c'est bien loin d'être terminé. On n'abandonne pas un si bon (et lucratif) filon. Après Thor qui devrait, selon les estimations de différents spécialistes, dépasser aisément les 200 millions $ en recettes nord-américaines, ce sera au tour des X-Men - qui nous dévoileront les détails de la création de leur clan - d'envahir les cinémas et de nourrir les discussions. Green Lantern, incarné par Ryan Reynolds, sera le suivant à tenter sa chance dans les salles pour ensuite laisser sa place à Captain America, un héros fort apprécié par les Américains pour ses valeurs patriotiques et son caractère preux. La méga-production The Avengers, réunissant la plupart des personnages introduits dans les différents films de Marvel, sera quant à elle disponible sur grand écran en 2012. Ce n'est pas de sitôt que les super-héros raccrocheront leur cape et abandonneront leurs pouvoirs. Nous avons répondu en grand nombre à leur appel de détresse au début des années 2000 et maintenant ils se fient sur nous pour survivre. Pas évident le rôle de justicier...

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