entrevue
Mardi 11 juin 2013 à 15h59

Golshifteh Farahani parle de Pierre de patience

Photo Par Karl Filion

Golshifteh Farahani dans Pierre de patience

L'auteur d'origine afghane Atiq Rahimi, récipiendaire du prix Goncourt en 2008 pour son livre Syngué Sabour, Pierre de patience, a adapté son roman pour le cinéma avec le Pierre de patience, qui a pris l'affiche en février dernier en France. En plus de réaliser le long métrage, Rahimi signe aussi le scénario avec Jean-Claude Carrière.

Golshifteh Farahani, qui était dans Si tu meurs, je te tue, incarne le personnage principal, une femme obligée de prendre soin de son mari blessé dans une ville du Moyen-Orient frappée par la guerre civile. Au fil des jours, alors que la solitude commence à peser lourd, elle lui révèle des secrets profondément enfouis. La visite impromptue d'un jeune soldat viendra aussi bouleverser sa vie...

L'actrice de 29 ans d'origine iranienne a rapidement cherché à décrocher le rôle. « Quand j'ai lu le livre, j'ai été très impressionnée. Je savais qu'ils allaient faire un film, parce que Jean-Claude Carrière et son épouse ont des amis communs avec Atiq et moi. C'est eux qui ont poussé un peu pour moi, parce que je pense qu'Atiq pensait que j'étais trop belle, que je ne pouvais pas souffrir. Mais après, il a vu le film à propos d'Elly, et il a bien vu que je pouvais souffir, donc il m'a choisie. »

Les sujets abordés sont très intimes, vous deviez avoir une relation très particulière avec lui. « On a travaillé ensemble. On a lu le scénario ensemble, on a bien parlé de psychologie, ensuite deux semaines avant le tournage je suis allée au Maroc, et encore là on a parlé, parce qu'on ne pouvait pas vraiment faire des répétitions classiques, parce que c'était surtout des scènes moi avec moi. On a parlé de plusieurs façons de l'évolution du personnage, de la façon dont elle respire, de la façon dont elle marche, dont elle se tient. »

« C'est un voyage tellement à l'intérieur, psychologiquement c'est tellement compliqué, j'avais vraiment besoin de parler. C'est un voyage à l'intérieur du personnage, on devait imaginer la vie qu'elle avait avec sa belle-mère, avec son mari, son mariage, les choses qu'elle a vécues... Pendant le film, on ne sait pas ces choses-là, on l'apprend à la fin, mais elle sait ce qu'elle a fait pour garder son mari. Elle a un secret énorme avec elle. »

Comme le réalisateur est aussi l'auteur du livre et du scénario, tenait-il particulièrement au respect des dialogues? « Je ne pouvais vraiment pas ajouter un seul mot. D'abord parce que ce n'est pas ma langue maternelle, et que je ne parle pas afghan. C'est complètement un autre dialecte, un autre accent, et si j'ajoutais quelque chose peut-être que c'était une erreur. C'était tellement poétique et bien écrit, que ce n'était pas nécessaire d'ajouter. »

« C'était très dur, parfois on faisait des pages et des pages de dialogue sans arrêter, et pour moi d'apprendre tout ce texte, un monologue dans une langue qui n'était pas ma langue maternelle, c'était vraiment un cauchemar. 

« On a travaillé de manière synchronisée. Il me posait des questions, juste avec ses questions il me mettait dans l'état nécessaire. Il était au courant aussi de ma vie personnelle, qui à ce moment-là était très très dure. Il a bien utilisé cette connaissance qu'il avait de ma vie personnelle pour le rôle. »

Est-ce que ça ne peut pas être agaçant, parfois, d'invoquer la vie personnelle? « Oui, mais ça aide aussi parfois. C'est quoi être un acteur? C'est d'avoir une banque de sensations différentes, si on connaît plusieurs sensations, notre banque est plus riche. Donc c'est bien parfois de souffrir.  Jean-Claude Carrière dit que ceux qui ont eu une enfance malheureuse sont de meilleurs acteurs... »

C'est une histoire - à cause des révélations - qui risque de choquer. « C'est pour ça que je voulais faire ce film. J'ai pensé que c'était un peu controversé, mais qu'on avait besoin de dire cette histoire, pour toutes les femmes, pour tous les hommes, on a besoin de raconter cette histoire. C'est génial que je puisse être une petite partie d'une histoire comme ça. »

« En Orient, il y a des pays où, quand les choses sont cachées, c'est génial, on n'a aucun problème. Du moment qu'on dévoile les choses, on casse les tabous et personne dans les gouvernements n'aime ça. »

Pierre de patience, qui est distribué par Les Films Séville, prend l'affiche ce vendredi.

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