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Jeudi 25 septembre 2008 à 15h20

Entrevues : C'est pas moi, je le jure!

Photo Par Karl Filion
Antoine L'Écuyer et Daniel Brière dans C'est pas moi, je le jure!

Le réalisateur Philippe Falardeau s'est attaqué à l'adaptation pour le cinéma de deux romans de Bruno Hébert, C'est pas moi, je le jure! et Alice court avec René depuis la sortie de Congorama. Un film qui s'adresse à un plus large public, et qui raconte l'histoire d'un jeune garçon de 10 ans, en plein été 68, qui doit composer avec le départ de sa mère. Lisez la critique du film ici.

Philippe Falardeau

Après Congorama l’an dernier, Philippe Falardeau a été invité à Toronto pour présenter son film au public du festival, début septembre. « Je suis presque abonné. J’étais content de présenter mon film en première à Toronto parce que je suis à peu près sûr que personne n’a lu le livre là-bas. Ça me soulageait l’idée que les gens n’avaient pas de référence ou d’idée préconçue. »

Est-ce que ce film-ci est plus accessible? « Si tu regardes mes deux autres films, ils ont quand même été limité à un cercle de cinéphiles. C’est celui qui risque de rejoindre le plus de monde parce que c’est avec des enfants, la thématique est probablement moins cérébrale. »

« Je n’ai jamais pensé à mettre en scène quoi que ce soit pour que ce soit plus accessible, ça n’a rien à voir. À chaque fois je me pose les mêmes questions : qu’est-ce que je film? qu’est-ce que le personnage vit? c’est quoi le meilleur angle de caméra pour ça? qu’est-ce qui vient avant? après? »

« Dans Congorama j’avais une caméra épaule qui suivait toujours les personnages dans leur point de vue et très très proche; je ne pouvais pas faire ça ici parce que le personnage est beaucoup dans son environnement, dans la nature, dans la fuite. Fallait que j’élargisse le cadre. »

La moitié gauche du frigo, c’était une manière plus ludique d’aborder le cinéma, c’est presque un jeu. « Complètement, parce que c’était un faux-documentaire. Mais c’était la meilleure façon de raconter cette histoire-là. Je ne me suis pas dis : « je vais faire un faux-documentaire, essayons de me trouver un sujet. » J’avais d’abord un scénario, et j’ai trouvé une forme pour le sujet. C’est la même chose ici. »

« Je sais ce que je veux au quart de tour, et je fais recommencer tant que je ne l’ai pas. Ce qui est à l’écran, quand c’est pas bon, c’est de ma faute. Et quand c’est bon, bien, c’est ça que je voulais. Quand c’est pas bon, c’est ça que je voulais aussi, mais je ne me suis pas rendu compte que c’était pas bon. Les défauts et les qualités, je les revendique. »

Y a-t-il place au changement sur le plateau? « Là où il y a place à changement, c’est quand je fais des repérages. Je vais voir les lieux, et ça m’inspire des scènes, ou je retourne voir le scénario. »

Est-ce le même principe en audition? « Non, là j’essaie de rester plus ouvert, comme ça je peux être surpris par d’autres visions... Dans le cas de Suzanne Clément, je l’avais tout de suite en tête, mais Daniel Brière c’est venu plus tard, je ne l’imaginais pas comme ça. Antoine L’Écuyer, ça ressemble à ce que j’avais en tête mais quand j’écrivais, pas quand je lisais le roman. Il s’est imposé à moi. »

Il y a un aspect de la maladie mentale, présente dans le roman, qui n’est pas abordée dans le film. « Ça c’était important de l’enlever, pour deux raisons. D’abord parce qu’il y avait déjà eu un film avec un enfant qui avait une maladie mentale qui s’appelle Léolo et qui avait été bien fait, je ne voulais pas répéter ça parce que je me serais pété la gueule, et ensuite parce que ça serait vraiment décevant d’arriver à la fin du film et de se dire que tout ça était imaginaire. Pour moi, c’était important de responsabiliser le personnage. Il sait ce qu’il fait, il s’assume. »

Le film se déroule, comme quelques autres cette année, dans les années 60. « Pour moi, les années 60, c’est un peu accidentel, je ne voulais pas absolument traiter des années 60, de toute façon ça coûte cher, c’est pas mal plus de trouble que d’autre chose, mais c’est plus intéressant de raconter ça dans les années 60 parce qu’aujourd’hui, si ta mère part en Grèce, avec internet, le cellulaire, Facebook, c’est facile de rejoindre sa mère. »

« Quand tu as dix ans et que tu te rends compte qu’il y a des affaires que tu peux faire, et que tu n’es pas pareil comme les autres, tu te demandes si tu vas le faire ou pas. À l’adolescence souvent, on veut ressembler aux autres, on veut faire partie de la gang, mais lui il s’en câlisse. Pour moi, ce n’est pas un discours sur l’époque, elle sert à rendre ça plus crédible le fait qu’il ne peut pas rejoindre sa mère et à rendre le divorce plus tabou. »

As-tu consulté l’auteur pour adapter ses romans? « Il a déjà essayé d’adapter son roman à la fin des années 90 mais il n’a pas réussi. Et le scénario qu’il a écrit, qui fait 160 pages je penses, je ne l’ai jamais lu. Mais là je veux le lire. »

Tu collabores à nouveau avec André Turpin à la direction-photo. « André et moi on s’assoit des mois avant le film, il questionne beaucoup, il amène des solutions. Et pendant le tournage je te dirais qu’il devient le gardien de ma proposition. Si je propose certaines choses sur le plateau, lui va me dire : « oui, c’est intéressant, mais me semble que ce n’est pas ton film, me semble qu’on s’était entendu là-dessus. » Il ne devient pas le gardien de la photo, ou de son travail, il devient le gardien du film. Il a bien plus d’expérience que moi. C’est probablement la seule personne sur le plateau aussi où, au niveau du jeu des comédiens, là où moi je me sens complètement autonome et souverain, quand je ne suis pas sûr, je vais me tourner vers André. Quand je suis dans le doute, c’est la seule personne vers qui je peux me tourner. »

Daniel Brière

« J’ai connu Philippe avec La moitié gauche, c’est là que c’est parti. Il y a aussi le fait que Philippe s’intéresse aussi au théâtre et qu’il voit autre chose que du cinéma, et puis, il s’intéresse aussi à des gens qu’on n’a pas nécessairement vu partout... »

Pourquoi vous a-t-il choisi? « Je pense que je suis capable de me reconnaître des qualités d’acteurs qui me sont propres, d’être à la fois un acteur qui peut être drôle, mais qui peut à la fois être subtil et juste aussi, avoir une sensibilité qui se rapproche de la sienne ou du moins de ce qu’il cherchait. »

« C’était important de ne pas créer un monstre; ce n’est pas le méchant du film. C’était de trouver un équilibre et une sensibilité là-dedans. »

Avez-vous eu envie de consulter l’auteur du livre pour avec des indications? « Une fois, on mangeait ensemble parce qu’il a tourné une petite scène, et des fois j’avais le goût de lui dire : « le personnage là, c’est-tu vraiment comme... ton père? C’est-tu vraiment lui? T’es pas obligé de me le dire mais, t’as-tu comme été, t’as-tu vécu ça c’est choses-là? » Ce n’est pas nécessaire. L’époque, on la connaît assez, de savoir que Jacques Hébert c’est Jacques Hébert, c’est déjà beaucoup. »
Était-ce important d’imaginer le passé de la famille, avant les événements du film? « C’est important parce qu’au moment où tu arrives dans un film, tu arrives à une seconde précise, à un moment de vie et tu portes beaucoup physiquement, de ce que le personnage a fait avant. C’était super important de savoir d’où il venait, qui il fréquentait, ses idéaux à l’époque, ses désirs. »
Il y a eu, cette année même, plusieurs films québécois sur les enfants. « On est à une époque où on laisse beaucoup beaucoup de place aux enfants. Maintenant, il y a moins de fossé avec les parents, je le sais, j’ai des enfants, maintenant tout peut se dire. C’est traduit ça aussi dans le cinéma. »
Est-ce que C’est pas moi, je le jure! s’inscrit aussi dans cette tradition? « Bien sûr c’est un film d’enfants, un film d’époque, mais ce n’est pas un film nostalgique. Ce n’est pas un film qui repose sur la nostalgie, on ne parle pas de musique et du temps où il y avait du bon rock n’ roll, ni du temps où la famille se rassemblait et faisait des bons repas et que papa était comique quand il se mettait chaud... L’époque est en filigrane. On découvre un petit gars qui est de toutes les époques. »
Suzanne Clément

Philippe Falardeau dit qu’il vous imaginait déjà au moment de l’écrire dans le rôle de la mère... « On a eu une première rencontre en fait, et je suis tombée en amour avec le scénario, et après la rencontre, j’ai eu le feeling que je n’avais pas exposé ma vision des choses aussi fortement que je la ressentais. Je l’ai appelé plus tard, et je lui ai dit à quel point je voulais travailler avec lui, sur ce projet-là en plus, et aussi pour cette femme-là, parce que même si elle n’est pas là longtemps, je trouvais qu’elle représentait tellement cette génération de femmes qui ont eu cette pulsion de sortir de leur milieu. »

« En plus elle, c’est compliqué parce que son mari lui dit qu’elle ne reverra plus ses enfants, si elle divorce, elle sait qu’elle va tout perdre parce que son mari est avocat... On perçoit ça. »
Elle a une relation très spéciale avec son fils, notamment au niveau du mensonge. « Elle lui enseigne à mentir, mais pour sa survie. Ça se peut dans la vie que tu aies à mentir, mais consciemment. En même temps, elle souhaiterait plus d’authenticité de la part de son mari. »

« Elle est entrain de sombrer aussi, et elle se reconnaît en cet enfant-là, donc elle ne veut pas l’éteindre complètement non plus. Elle est partagée entre son désir de l’éduquer et de le sauver de ses pulsions autodestructrices, et de lui dire d’être délinquant et de sauver sa peau comme elle a besoin de le faire. Ils ont une symbiose ses deux-là, ils ont le désir de ne pas faire les choses de façon traditionnelle. »

Le film prend l'affiche ce vendredi le 26 septembre.

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