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Vendredi 8 février 2008 à 11h25

Entrevues : Borderline

Photo Par Karl Filion

La réalisatrice québécoise Lyne Charlebois présente cette semaine son premier long métrage de fiction, Borderline, un film adapté de deux romans de Marie-Sissi Labrèche qui racontent la vie de Kiki, 30 ans, étudiante à la maîtrise en littérature.

C'est Isabelle Blais qui a le mandat d'incarner Kiki à 20 ans et à 30 ans.

La première du film avait lieu lundi dernier au cinéma Impérial de Montréal, voyez notre galerie de photos en cliquant ici.

Rencontre avec elles.

Marie-Sissi Labrèche

Est-ce que vous avez peur, maintenant que le film prend l’affiche sur grand écran, que le public ne sache pas faire la différence entre le vrai et le faux? « Même avec les romans, les gens n’arrivent pas à faire la différence, et c’est correct. J’ai accepté le pacte. Quand j’ai commencé à écrire, je faisais de l’autofiction dans mon petit coin toute seule, je me servais de bouts de ma vie mais après ça je flyais dans la fiction. »

« Ça va être plus problématique parce que ça va être sur grand écran, je ne pensais que ça allait se rendre jusque là. Il y a du vrai, il y a du pas vrai, mais l’émotion elle est là, elle est véridique. J’espère que les gens vont retenir ça, que la petite fille de l’Est qui essaie de s’en sortir, qui vient d’un milieu difficile et qui réussit. »

Isabelle Blais avait tout un défi à relever... « Elle est bonne en mini-me! On ne se connaissait pas avant, je l’avais interviewée pour Clin d’œil et je lui ai dit qu’elle ferait une bonne moi, alors quand elle a su qu’il y avait des auditions, elle est allée en courant. »

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« Après ça on s’est rencontrées quelque fois, mais juste des rencontres officielles, on n’a pas viré de brosse ensemble. Elle a catché presque tout de suite comment je suis, parce que je suis bien bien nerveuse. Elle est belle, câline, elle a tellement une belle peau! »

Une fois le scénario terminé, quelle était votre implication dans le projet? « On a écrit le scénario ensemble, et ensuite c’était Lyne toute seule. C’était son projet, mais ma mission c’était de lui transférer mon univers pour que ça devienne son film. »

C’est difficile de transposer la « littérature » au cinéma, qui est une écriture d’actions. « Moi j’écris en métaphores, alors Lyne a pris des bouts et elle les a « métaphorés » au cinéma! Je ne sais pas si ça se dit « métaphoré » mais mettons, je suis écrivain moi, j’ai le droit! Elle a été capable de jouer avec ma poésie. »

Les métaphores doivent devenir des actions. « J’ai travaillé avec la bonne personne, elle le voyait, elle. C’est quelque chose que je ne vois pas tout le temps, mais Lyne est vraiment une fille visuelle alors elle voyait ce qu’on pouvait faire. À l’écran faut le montrer, pas nécessairement le dire. »

Et est-ce que le cinéma vous intéresse encore? « Ah oui! J’ai eu la piqûre, je veux en faire, je veux être comme Woody Allen. »

Isabelle Blais

Quelle a été votre réaction en lisant le scénario? « Je savais à quoi m’attendre parce que j’avais lu les romans. Ce qui m’intéressait c’était de voir les différences, ils avaient créé d’autres personnages et changé des choses du roman. »

« À la lecture des romans de Marie-Sissi, je suis tombée sous le charme, parce que j’aime beaucoup son écriture. Elle a un style vraiment particulier, un flot dans l’écriture. C’est cru mais en même temps c’est plein de métaphores, ça m’a fait penser un peu à Ducharme. Les thèmes abordés me rejoignaient beaucoup. »

Fallait-il saisir son personnage afin de mieux l’incarner? « Marie-Sissi est colorée, on le voit tout de suite, on voit la nervosité qu’elle a. Mais moi, je peux être nerveuse mais je ne suis pas très expressive dans ma nervosité. Je suis beaucoup plus calme en apparence, alors il a fallu que j’aille chercher ça. Mais en même temps c’était de doser parce que l’idée ce n’était pas d’imiter Marie-Sissi parce que Kiki c’est quand même un personnage. Je voulais saisir l’énergie qu’elle avait. »

Il y a aussi plusieurs scènes de nudité dans le film. « J’en avais déjà fait mais plus bref et beaucoup moins impliquant. Ça demandait un grand abandon assez intense. La nudité comme telle, ça se démystifie assez rapidement. Un moment donné on passe à autre chose, ce n’est pas quelque chose qu’on attend avec impatience, c’est dès le début. Après, ça force le spectateur à passer à autre chose. »
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« C’est sûr que c’est dur à faire, je suis une personne pudique, je ne suis pas exubérante pour deux cennes et je ne suis pas exhibitionniste du tout. Je me sentais en confiance, on a beaucoup parlé. Je savais qu’il y avait de la nudité esthétique, c’est-à-dire plus artistique, et je comprenais, parce que cette fille-là elle s’offre sur un plateau et il faut que ça fasse partie de l’histoire. »

« On a parlé, on a parlé, et même que du scénario à ce qui est sorti c’est beaucoup allégé. On allait plus loin dans certaines affaires. Pas plus loin vraiment, mais dans la résolution de la relation sexuelle. »

Est-ce qu’un personnage complexe comme celui-là est envahissant dans la vie personnelle? « Ça influence surtout par rapport à l’énergie. J’étais probablement plus exubérante malgré moi, surtout pendant le tournage où j’étais beaucoup dans ma bulle. C’est sûr que mon chum est là, mais il n’est pas vraiment là. Je ne faisais que penser à ça même le soir à la maison. »

« J’ai eu la chance d’avoir un bon équilibre, d’avoir des bonnes bases dans la vie, alors je n’ai pas peur d’ouvrir ces portes-là. Je sais que je vais m’en sortir indemne. »

Lyne Charlebois

Comment le projet Borderline a-t-il débuté? « C’est Roger Frappier qui m’a rencontrée par hasard dans un café, je le connaissais parce que j’avais fait les photos de plateau d’Un zoo la nuit. Ce matin-là je lui ai demandé s’il n’aurait pas un scénario pour moi, et il est allé chercher les livres de Marie-Sissi Labrèche dans son auto. »

« Une semaine après je rencontrais Marie-Sissi et on signait le contrat. Ça a pris quatre ans. »

Vous dites ça comme si tout s’était réglé en quelques minutes... « Je n’ai pas hésité deux secondes. Même pas une fraction de seconde. C’est un sujet qui me parle, que j’aime, je n’aime pas ça les sujets légers, moi. Il y en a qui aiment ça, mais moi j’aime ça quand il y a de la matière. Je n’ai jamais eu une parcelle de retenue. »

Et quel était le plus gros défi? « Le plus gros défi, je ne sais pas si je l’ai relevé encore, c’est de faire un bon film. C’est aussi que Marie-Sissi aime mon film, c’était bien important parce que c’est sa vie. »

« Je suis contente de mon film, je l’aime, avec ses défauts et ses qualités, et je ne changerais rien. Il est à mon image, il est ce que je voulais. J’espère qu’il va être aimé, le film. »

Donnez-vous la liberté aux comédiens pour ajouter aux scènes sur le plateau? « Pas improviser. On n’improvise pas, on a un texte, on avait des dialogues assez solides. Mais je suis ouverte aux suggestions des comédiens avant de faire la scène. Je tourne assez vite, j’aime ça la première take, c’est brut. »

« On est bien décidées à travailler encore ensemble moi et Marie. »
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