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Vendredi 28 novembre 2008 à 16h21

Entrevues : Babine

Photo Par Karl Filion

L'univers de Fred Pellerin passe du conte au cinéma cette semaine dans Babine, le deuxième long métrage de Luc Picard, qui tient aussi un rôle important dans le film. Vincent-Guillaume Otis, René-Richard Cyr et Isabel Richer font aussi partie de la distribution. Lisez notre rencontre avec eux un peu plus bas. Voyez également nos photos de la première montréalaise, qui avait lieu lundi, en cliquant ici.

Maude Laurendeau, Alexis Martin, Julien Poulin, Marie Brassard, Marie-Chantal Perron et Antoine Bertrand font également partie de la distribution du film.

Luc Picard

On s’imagine que de réaliser et de jouer dans un film est un énorme défi. « Pas tant que ça, c’est pas si pire. »

Ça doit au moins aider pour diriger les comédiens. « Quand tu connais la job de quelqu’un, tu partages une empathie, tu comprends mieux où ils sont et ce qui se passe et tu peux mieux les aider. C’est un certain avantage, mais on travaille ensemble, on fait les affaires ensemble, il n’y a pas de science exacte au cinéma. Tout est question d’humanité alors tu y vas à chaque jour, dans le respect de l’autre, tu essaies de créer un climat de confiance. De ne pas essayer de prouver des choses, mais juste d’avoir du fun et d’être vrai. »

Il a quand même fallu recréer en studio le village tiré de l’imaginaire de Fred Pellerin. « Je ne pouvais pas utiliser un village qui existe, je voulais un village un peu plus « bande-dessinée ». Si j’avais fait construire un vrai village à l’extérieur, on aurait eu un vrai ciel, des vraies montagnes. »Mais aussi de la vraie pluie, de la vraie neige... « C’est sûr! Ça prenait de l’argent pour construire un village en studio pour pouvoir tourner longtemps et avoir les deux saisons, l’hiver et l’été. Pour avoir le luxe de ne pas avoir à dire : « ben il pleut aujourd’hui, alors restez à l’hôtel. » On avait le temps. »

Est-ce que Fred était très présent sur le plateau? « Fred, il venait quand il voulait. Il est venu faire une couple de tours sur le plateau, mais on avait surtout travaillé ensemble pendant six mois en pré-production. C’était cool qu’il soit là; il venait, il s’assoyait et il regardait ce qui se passait un petit peu. J’étais toujours content de le voir, il a été bien respectueux. »

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Est-ce qu’il y a des scènes dans le scénario qui vous auriez aimé voir dans le film mais qui n’y sont pas ou plus? « Je les oublie vite celles-là... Il a en a sûrement... des bouts de scènes en fait. Comme celle où le forgeron console sa fille parce qu’elle a arraché son pétale, je l’ai réduite de moitié à peu près. Parce que dans le conte de Fred, il y a une trame principale mais il y a aussi beaucoup de détours, mais il faut que tu fasses attention. Chaque fois que tu regardes une scène, tu dois te demander si ça fait avancer l’histoire. »

« Je sais qu’il y en a qui s’accrochent à leurs scènes parce qu’ils ont sué pour les faire, mais moi, on dirait que je n’ai pas de peine à prendre un morceau qui ne marche pas, même si il est beau en soit, et de l’enlever. Peut-être parce que je sais qu’on peut les remettre asteure sur les DVD et que ce n’est pas perdu pour toujours. »

Il y a la scène finale - où les comédiens et Fred Pellerin regardent le cercueil de Babine qu’on va mettre en Terre - aussi, qui détonne par rapport au conte. « Elle était dans le scénario de Fred au départ, sauf que la seule différence c’est que les acteurs sont là. Un peu pour dire : « on a été des acteurs pendant deux heures, on vous a raconté des histoires, mais là on est rendu spectateurs comme vous autres. » Les acteurs se sont habillés comme ils voulaient, je ne leur ai pas donné de direction sauf de leur dire : « quand vous voyez Babine se faire enterrer, jouez ce que vous autre ça vous fait. » C’est tout. »

Fred Pellerin

Est-ce qu’il a toujours été question que tu écrives toi-même le scénario? « Au départ, ce n’était pas obligé, mais j’avais le goût d’apprendre ça. J’avais le goût de tripper avec ça. »

« Moi j’écris d’instinct dans la vie, mais là j’ai pris une débarque. C’est technique mon gars, c’est structurant, c’est schématisé. J’ai bien faite... En plus, ils m’ont prêté une coach, Joanne Arsenault, c’est comme si j’avais une prof avec moi. Shooté intravéneuse, j’y parlais quand je voulais. Elle était là pour ça. Ça m’a permis d’apprendre ça, et quand j’ai monté mon nouveau show, ça m’a pris un cinquième du temps. »

Le film, je crois, est en fait quatre contes mis ensembles? « Quatre contes pour en faire une, en laissant tomber des histoires. »

« Habituellement, mes histoires sont drôles, les gens rient. Moi dans le scénario, le côté plus dense émotivement, il est venu par les images, par le jeu des comédiens. »
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Quel a été le plus grand défi? « Je ne le voyais plus pantoute ce qui marchait et qui ne marchait plus. Un moment donné tu ne trouves plus rien de drôle, tu sens toute venir. »

T’es-tu impliqué dans le processus cinématographique? « Oui, j’ai assisté à toute toute toute. Je suis allé dans le booth de montage, je voulais toute voir. Tu écris des mots et y’a des comédiens qui se mettent ça dans la gueule; et tu écris des mots et y’a des costumiers et des maquilleurs qui travaillent là-dessus. »

Il y a cette fameuse scène finale... « Pour moi, c’était pour faire le pont entre le temps du conte, et le temps, le temps d’aujourd’hui. C’est comme si on montre le marionnettiste à la fin. »

Vincent-Guillaume Otis

Comment t’es-tu retrouvé attaché au projet? « J’ai passé une audition avec Luc au départ, et ce qui était bien avec ce type d’audition-là c’est qu’il a commencé par rencontrer les gens, juste des rencontres. Il se payait le luxe d’avoir des photos de casting vivantes. On a parlé de tout et de rien, et après on avait des vraies auditions. »

« Il est arrivé avec un concept qui était proche de ce que je pensais au niveau de la candeur, de l’innocence du personnage. Dans la vie j’ai été appelé à côtoyer beaucoup de gens comme ça, des déficients intellectuels, alors je suis arrivé avec ce que j’avais moi en terme de mémoire sensorielle. »

As-tu eu envie de rencontrer Fred Pellerin? « Non, j’ai voulu me garder une démarche plus personnelle, mais une fois que j’ai eu le rôle, ça a été un travail plutôt de recherche, d’archéologie, voir, lire, écouter Fred Pellerin. Une petite poutine d’acteur; j’ai vu d’autres rôles, Rain Man, I am Sam, des choses comme ça. »

« Ce personnage-là, c’est un grand enfant Babine, alors ça a été de laisser la place à l’enfant en moi, et après ça de le modeler. »

Luc Picard avait une double tâche sur le plateau; était-ce plus difficile pour vous? « Je n’ai jamais senti, moi, le gars qui courait d’une place à l’autre. Jamais jamais. Quand il réalisait, il réalisait, quand il jouait, il jouait. Quand il faisait les deux en même temps, parce qu’on avait souvent des scènes ensemble, il laissait toujours un temps comme pour laisser le personnage partir, et là il criait « Coupez! ». C’est un talent extraordinaire qu’il a. Il connaît l’acteur, il connaît la mécanique de l’acteur au bout de doigts. »

René-Richard Cyr

« C’est Luc Picard qui m’a appelé en me disant qu’il avait un rôle pour moi. Je n’en revenais pas, et là il me dit : « c’est un coiffeur! » Ah non, pas encore! J’avais donné beaucoup dans Cover Girl et dans Nuit de Noces, mais il m’a dit finalement que c’était un barbier, ce qui fait toute la différence! »

« Je me suis senti bien bien bien chanceux de pouvoir participer à cette affaire-là. C’est un moment marquant pour moi! »

Est-ce que le fait que vous soyiez metteur en scène change votre attitude sur le plateau? « Ça n’a pas vraiment d’importance à partir du moment où le metteur en scène ou le réalisateur possède son sujet et sait pourquoi il t’a appelé toi. C’est toujours une notion d’échange. Et le fait que Luc était aussi acteur, ça créait une participation de tout le monde. »

Isabel Richer

Comment vous a-t-on présenté le rôle? « Luc m’a dit qu’il avait un personnage à me proposer. Je connaissais Fred, mais je n’avais jamais vu son spectacle, et j’ai été complètement séduite par l’univers. Alors j’ai lu le scénario, je n’ai pas hésité. »
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Est-ce difficile de jouer dans des décors fantastiques où il y aura beaucoup d’effets spéciaux rajoutés en post-production? « Dans un univers comme celui-là, on se réfère beaucoup au chef d’orchestre parce qu’on est dans un univers qui n’existe pas. Ce n’est pas comme quand tu joues un médecin et que tu sais un peu comment ça se passe à l’hôpital. Alors pour la cohésion de tout ça, c’est à Luc Picard qu’on s’adressait. »

« Quand tu as joué au théâtre, ça se peut ça. On est habitués de jouer devant 500 personnes avec un quatrième mur dans la tête. Et tu y crois, de la même façon que quand tu joues une scène d’amour avec 42 kodaks. C’est la même chose de jouer dans un décor qui existe seulement en partie, tu te l’imagines. »

Babine prenait l'affiche aujourd'hui partout au Québec.

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