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Vendredi 4 septembre 2009 à 12h15

Entrevues : 1981

Photo Par Karl Filion

Le réalisateur Ricardo Trogi présente aujourd'hui au public québécois son troisième long métrage, 1981. Le film, qui raconte quelques mois dans la vie du petit Ricardo, 11 ans, a été présenté en ouverture du FFM il y a quelques jours.

Ricardo Trogi

Il a fallu beaucoup d'impudeur pour décider d'aborder une histoire si près de toi. « De l'impudeur, oui. J'y ai pris goût dans les autres films, fac que… En 1991, mon professeur de cinéma, en scénarisation, nous avait dit : « écrivez dont sur ce que vous connaissez, ayez cette humilité là. Des histoires de policiers à Los Angeles, j'en veux plus, ça va vous aider. » Ça m'est resté en tête. »

« À partir du moment où tu dis une énormité dans un film, il y en a qui sont d'accord et d'autres qui te trouvent cave. Sauf que si je le pense, il y en a d'autres qui le pensent, et c'est là que ça touche le monde. Et je me donne le droit, en tant qu'être humain, de changer d'avis dans cinq ans ou dans dix ans. »

« Comme je m'inspire de ma propre histoire, que je ne l'ai pas empruntée à pas personne, donc je sais que, au moins, c'est original. Il n'y a pas de réchauffé ou quoi que ce soit. La question, c'est de savoir si ça va intéresser le monde. »

Ce film-ci est pourtant assez différent des deux autres. « C'est un film qui est plus divertissant que les deux autres, c'est son mandat je pense. Il n'y a pas de grosses questions, c'est juste du cinéma. Je ne sais pas si à cause de ça je vais avoir plus de gens qui vont le voir, ou moins. »

Et ces gens-là vont-ils confondre le film avec la réalité? « C'est une histoire vraie, mais je l'ai condensée en trois mois parce que dans la réalité ça s'est peut-être passé sur deux ans et demi. Il y a des affaires que j'ai rajoutées à des personnages qui ne leur appartiennent pas, mais j'ai vraiment, vraiment essayé de prendre des éléments vrais. Quand tu décides de faire confiance à la vérité, tu y prends goût. »

« Là où les gens vont avoir l'impression que c'est tout à fait vrai, c'est dans les petites affaires, les détails. Je ne dois pas être le seul qui tripait sur quelqu'un et qui ne lui a jamais dit. D'après moi, il y en a un esti de paquet. Le vrai, ça ne se raconte pas, tu ne peux pas coller ça ensemble et le laisser de même. J'avais fait ça au début, j'avais 180 pages. »

Et c'est d'autant plus « vrai » que tu fais toi-même la narration… « En l'écrivant, je ne pensais pas que c'était moi qui allait le faire. C'est mon agent qui a eu l'idée… Engager quelqu'un pour le diriger pour qu'il parle comme moi, c'était un peu innocent. Mais j'avais jamais fait ça. Je ne voulais pas que ce soit narré « littéraire ». Je l'ai testé avant, c'est sûr, si je m'étais fait dire que c'est de la marde, ça ne serait pas là, c'est sûr. »

Y –a-t-il des scènes tournées qui ne sont plus dans le film? « Oui, il y en a deux. Je les ai enlevées par principe, parce que les 124 autres scènes étaient toutes du point-de-vue du petit gars, et ces deux-là ne l'étaient pas. Ça ralentissait l'affaire, tu ne voulais pas être là, alors je les ai enlevées.»

« Il y a aussi une scène où les quatre gars se disent leurs vérités, celle-là je l'ai tournée deux fois. » Pourquoi? « Quatre gars de cet âge-là, ensemble pour la première fois, ça manque de sérieux. Je pense qu'ils étaient un peu typés. L'émotion n'était pas là. On la refait plus tard, ils l'ont pris au sérieux et là c'est bon. »

« Ils ont tous pas mal d'expérience. Ce qui est drôle cependant, c'est qu'ils viennent de leur époque, ils parlent comme des jeunes de leur époque, avec des petits signes de « yo ». C'était pas comme ça en 1981, c'était les mains dans les poches. Je ne les ai pas écoeurés pour l'accent Québec vs. Montréal, parce que tu ne peux pas leur demander trop d'affaires en même temps, sinon ça devient trop robot. »

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Jean-Carl Boucher

Étais-tu en contact constant avec Ricardo pour mieux l'incarner? « On se parlait beaucoup, mais on ne se parlait pas de la scène. Je me suis comme inspiré de lui inconsciemment, de ce qu'il avait l'air, de ce qu'il faisait, de comment il le faisait… En plus de lui ressembler physiquement, je lui ressemblais mentalement, on dirait. »

« Ce n'est pas un film sur des relations parents-enfants, ou d'amitié, c'est un film sur l'univers d'un petit gars de 11 ans. Dans son univers, il vit des choses. Avec sa mère, c'est le bout le plus important du film, ce que les gens vont le plus retenir. Tout le monde se fait dire qu'il n'est pas correct un moment donné. Jusqu'à à peu près cet âge-là, tu fais à peu près n'importe quoi sans te rendre compte que tu ne vas pas dans la bonne direction, et un moment donné quelqu'un te ramène à l'ordre. Ça arrive à tout le monde. »

Est-ce que, dans la recherche du vrai, la première prise est la plus révélatrice? « Moi je pense que c'est la première. À la première c'est plus vrai parce que tu ne penses pas aux autres fois où tu as fait la même chose. Dans la vie, quelque chose qui est vrai, veux, veux pas, tu ne le répètes pas. La première fois est plus spontanée, et elle est là la vérité. Il y a des acteurs qui, à la première prise, ils se réchauffent. Moi, en général, je préfère la première. »

On peut imaginer que Ricardo aussi… « Oui, vu que ce n'est pas un réalisateur qui essaie d'aller faire des top shot avec la grue pour des prises compliquées… Lui, il aime ça simple, donc si tu as bien réussi la première fois, il va seulement aller faire un autre plan de la même chose. »

Sandrine Bisson

« Je pense que c'est une femme qui fait de son mieux avec l'éducation qu'elle a. Mais je ne veux pas dire qu'elle n'a pas d'éducation, elle existe cette femme-là, la mère de Ricardo Trogi… » Justement, est-ce qu'on a envie d'aller la rencontrer en personne? « On a envie, mais pas sur le plateau de tournage! Mais seulement à lire le texte et à regarder Ricardo agir, on a un peu l'essence de ce que peut être sa mère. Alors, par instinct, je me suis fiée au texte. »

« Moi je joue l'image qu'il a eue de sa mère, je suis une comédienne, donc je propose, mais dans le respect. Si le personnage n'avait pas existé, ça serait différent, mais là c'est sa mère, son père, donc il y a un grand respect. Tout marchait, je n'ai presque rien eu à faire. »

Tu n'étais pas très âgée en 1981… « Non! J'avais 6 ans mais je m'en souviens, parce que c'était la crise économique. Je me souviens de quelques petites choses. Nous autres, on ouvrait nos comptes à table. Il y a un petit peu de ça dans le film. On mange en parlant d'argent. J'ai aussi déjà eu cette perception là que je coûtais cher, en tant que petite fille. »

Pourquoi Ricardo t'a-t-il choisie? « Il paraît, je ne lui ai pas posé la question, mais il paraît que c'est l'énergie. Pis je suis fine, aussi, je suis agréable… et j'étais libre pour faire le film! »

« Habituellement, je n'ai aucune vision globale des choses, je ne vois que mon personnage et les relations qu'il a avec les autres. Je ne lis pas la fin du film si je ne suis pas dedans pour me garder la surprise pour la première. Là, vois-tu, je travaillais plus pour le petit Jean-Carl, le petit Ricardo. C'est lui qui porte le film, alors je me sens un peu à son service; je lui donne du jus pour qu'il puisse avancer dans le film.
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