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Vendredi 11 avril 2008 à 13h15

Entrevue : Nic Balthazar

Photo Par Karl Filion

Présenté en compétition lors du plus récent FFM, en août dernier, le film belge Ben X, de Nic Balthazar, prend finalement l'affiche au Québec après plusieurs mois d'attente. Candidat à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour son pays, le film raconte l'histoire d'un adolescent atteint d'autisme qui est la souffre-douleur de ses camarades scolaire.

Pour son histoire, Nic Balthazar s'est inspiré d'un fait divers où un jeune homme de dix-sept ans atteint d'autisme s'est suicidé, en Belgique. Avant d'être un film, Ben X a aussi été un livre et une pièce de théâtre, aussi signés Nic Balthazar.

Lisez la critique du film ici.

Nic Balthazar

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L’ancien critique de cinéma Nic Balthazar a présenté son film au Festival des Films du Monde de Montréal. Véritable coup de cœur, il a rapidement été acheté par un distributeur québécois qui lance maintenant le film à Québec et Montréal. « Quand je dis que Montréal est ma ville préférée au monde, ça n’as pas changé depuis cet été! Mon rêve c’était de faire une première au Festival des Films du Monde. Je dansais comme un fou quand j’ai su qu’on était sélectionné en compétition, alors vous imaginez ce que j’ai fait quand on a gagné! » Le film est reparti avec le prix du public et le Grand Prix du festival.

Est-ce que le principal défi d’un film comme Ben X est de pouvoir intégrer dans une histoire cohérente des informations sur le suicide et l’autisme? « Oui et non. Comme Hitchcock disait : « Thou shalt not bore the audience »; « vous n’allez pas ennuyer les spectateurs ». Le défi, c’est toujours de faire un livre, un film ou pièce de théâtre qui ne serait pas chiante. C’est la simple histoire d’un jeune, qui était dans le journal, qui était tant désespéré qu’il s’est suicidé parce qu’il était harcelé. Pourquoi était-il harcelé? Parce qu’il était différent. Pourquoi était-il différent? Parce qu’il était dans ce spectre d’autisme où c’est très difficile de comprendre les codes sociaux qui sont tellement importants. »

Vous parlez d’Hitchcock, il y a dans votre livre un personnage nommé « Coppola »; sont-ils parmi vos influences? « Oui, mais il y en a tellement d’autres que ce serait difficile de dire lesquels. C’était mon bonheur bien sûr de faire le métier que vous faites aussi. C’est de rencontrer plein de gens, de leur voler les meilleures idées... et c’est légal! »

Exercer le métier de critique vous a donc beaucoup aidé? « Absolument. Par exemple, Mike Lee fait toujours ses répétitions sur les lieux où l’histoire se passe; c’est quelque chose qu’on a fait. Quand Ben est harcelé sur un bus, on a fait les répétitions dans un vrai bus avec une petite caméra, donc personne ne savait vraiment que c’était du théâtre. On s’aperçoit aussi très vite qu’on est dans la véridique parce que personne ne faisait rien du tout et que le chauffeur de bus ne s’est jamais arrêté. »

« C’est Mike Lee et Ken Loach qui m’ont appris à ne pas toujours dévoiler à tes acteurs ce qui va arriver. Il y a des moments où l’acteur principal ne savait pas quand se terminerait la scène. C’est le sentiment qu’ont beaucoup de gens qui sont harcelés. On est dans les mains de quelqu’un de pouvoir et on ne sait pas quand ça va s’arrêter. »

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Vos acteurs ont-ils une qualité commune? « Ce sont des bons acteurs! Il y a deux écoles, ceux qui disent que les acteurs doivent bien jouer, et les autres qui disent qu’un acteur ne doit pas jouer, il doit être. Je crois que la vérité est entre les deux, parce que mon acteur principal n’est pas autiste du tout, mais, c’est un garçon tout à fait particulier. On a travaillé avec tant de gens qui souffrent d’autisme pour s’emparer de leur façon de marcher, de se comporter. D’essayer de s’imaginer ce que c’est l’autisme, pour un acteur, c’est impossible. »

Ben X aborde tout de même un sujet universel, alors qu’il soit en néerlandais sous-titré ne fait pas de grande différence? « Grâce au festival ici on a vendu le film dans 46 pays déjà. C’est ce qu’on voit dans toutes les cultures; l’abus de pouvoir, la dégradation d’un être humain par un groupe qui se sent plus fort ou qui veut se faire plus fort en se heurtant à quelqu’un qui ne sait pas se défendre, c’est universel. Bien sûr, l’autisme, c’est une allégorie. Pour moi, Ben X n’est pas un film sur l’autisme, mais c’est hélas le symbole parfait de beaucoup de gens qui se sentent pas compris du tout. »

« Déjà à Montréal, on avait des demandes pour faire un remake américain de la même histoire, et au bord du canal Lachine on a rêvé un peu, mon producteur et moi, de faire le film avec un producteur américain. Après Montréal je pars pour L.A. pour rencontrer des producteurs. Je suis entrain de réécrire pour la quatrième fois la même histoire pour la version américaine. On ne sait jamais, avec ces gens-là, si ça va aboutir ou pas. J’ai tant d’histoires que je voudrais écrire et faire, c’est un peu le temps qui manque! »

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