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Vendredi 3 octobre 2008 à 08h30

Entrevue : Fernando Meireilles

Photo Par Karl Filion
Fernando Meireilles

Fernando Meireilles est passé par Montréal après avoir présenté son nouveau film, L'aveuglement, version française de Blindness, au Festival de Toronto. Une nouvelle version, bien différente de celle présentée à Cannes en mai, mais qui ne risque pas moins d'heurter les âmes et les coeurs sensibles.

Alors qu’une épidémie de cécité soudaine se propage de manière fulgurante dans la ville, le gouvernement place les malades dans un hôpital abandonné. Laissés à eux-mêmes, ils doivent coexister avec des ressources limitées. Au milieu d’eux, une femme mystérieusement épargnée par la maladie tente d’aider du mieux qu’elle peut, mais la nourriture, contrôlée par les des résidents du dortoir numéro 3, autoproclamés régents, vient à manquer.

Fernando Meireilles

Fallait-il absolument que le film se termine sur une note d’espoir? « Je pense que oui. Premièrement parce que l’histoire est comme ça, c’est même très important dans l’histoire. Et aussi parce que je pense que je suis un optimiste. Il y a un bon côté en nous, nous sommes capables de trouver notre humanité. »

« Mais même si la fin est pleine d’espoir, ce n’est pas complètement le cas. Pendant que tout le monde célèbre, le personnage de Danny Glover sait ce qui va se passer, il sait que dans cinq semaines, les humains auront oublié. »

Le livre a été publié en 1995. Est-ce encore plus actuel de l’adapter en 2008? « C’est juste et ça fonctionne de tous temps. De toute l’histoire de l’humanité, il y a tellement d’exemples... L’humanité est une espèce aveugle. Une fois le livre écrit, nous avons eu de très bons exemples de cette histoire. »

Pourquoi croyez-vous qu’on vous a choisi pour cette tâche? « Je ne sais pas. J’ai essayé d’acheter les droits en 1997, et j’ai été appelé par pure chance par Niv Fichman parce que je ne le connaissais pas... Les gens parlent souvent de ma « vision », mais je ne sais pas... »

Pourtant, en voyant La constance du jardinier, on vous imagine très bien derrière la caméra pour celui-ci. « Certains trucs visuels étaient nécessaires pour bien raconter cette histoire... J’ai réalisé à quel point ce film serait difficile environ quatre mois après avoir signé le contrat, il était trop tard pour reculer! Je ne pouvais plus partir. Peut-être que je l’aurais fait, si j’avais pu, parce qu’à un certain moment j’étais terrifié. »

« J’ai décidé de placer les spectateurs dans ce monde d’aveugles... Et pour faire ça, parce que je ne peux pas enlever l’image – c’est quand même un film... – j’ai décidé de déconstruire l’image, et de plusieurs façons, parce que d’une seule façon ça pourrait être ennuyant. On a utilisé une très grande ouverture, donc tout semble brûlé... Parfois, c’est hors-focus, il y a beaucoup de réflexions. Tu as l’impression de voir une image, mais c’est une illusion. On a aussi beaucoup changé les couleurs. »

« Un des trucs... pas un truc, une technique, qui, je pense, fonctionne très bien, c’était de mettre le son et les images séparément. C’est une expérience très « aveugle ». Plus le film progresse, plus le son et les images sont séparés. Dans les dernières minutes, tous les dialogues sont hors-caméra, il y a des acteurs qui ne bougent pas les lèvres, mais on entend leur voix. »

Le défi pour les acteurs doit d’ailleurs être très important. « Pour les acteurs, ce sont les yeux qui te disent vraiment si tu flirtes ou si tu es fâché, c’est tout dans les yeux. Je me demandais comment les acteurs allaient pouvoir jouer sans utiliser leurs yeux. Je perds 50 % de ce que je pourrais utiliser. Dans un film, tous les plans, le montage, c’est toujours une question de point de vue. Dans ce film, je n’en ai pas! Il y a tellement de monde, tellement de personnages, mais aucun point de vue. Où vais-je placer la caméra? »

Vos comédiens ont-ils une qualité commune? « Il y a en effet une qualité commune. Je crois que je le savais avant, mais j’ai pu le confirmer : ils sont tous de bonnes personnes. Ce n’était pas un hasard, je déteste vraiment avoir sur le plateau des gens égoïstes, techniciens ou acteurs. Bien sûr, ils doivent être talentueux et convenir au rôle, mais ils doivent aussi pouvoir s’intégrer au groupe. »

Faites-vous plusieurs prises? « Je n’aime pas beaucoup les répétitions, parce que ça enlève la fraîcheur de la scène. »

Où le film a-t-il été tourné? Parce qu’on a vite l’impression, en voyant les voitures ou les plaques d’immatriculations par exemple, que l’histoire se déroule en Europe. Mais il y a aussi plusieurs éléments résolument américains... « En effet, nous avons changé les plaques... La ville est Sao Paulo, où j’habite, mais je suis content parce qu’on a pensé avoir gaspillé de l’argent là-dessus. Mais si tu l’as vu! » J’ai eu l’impression que ç’aurait pu être n’importe quelle ville... « C’est exactement ça, nous voulions que les spectateurs reconnaissent les États-Unis, le Portugal, le Brésil... »

Le film prend l'affiche ce vendredi. Lisez la critique en cliquant ici.

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