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Vendredi 28 septembre 2007 à 10h45

Entrevue : Éric-Emmanuel Schmitt

Photo Par Karl Filion

Pour sa première expérience derrière la caméra, Éric-Emmanuel Schmitt choisit l'histoire d'Odette Toulemonde, une femme très simple passionnée par Balthazar Balzan, un auteur populaire dont le plus récent roman a été démoli par la critique.

Catherine Frot et Albert Dupontel sont les vedettes principales du film.

Éric-Emmanuel Schmitt

Après plusieurs pièces de théâtre et encore davantage de livres, Éric-Emmanuel Schmitt, à 46 ans, réalise un premier film. « Je crois que j’en ai toujours eu envie. Quand j’étais petit et qu’on me demandait ce que je voulais faire, je disais : « Walt Disney », c’est-à-dire du dessin animé, parce que quand on est petit, c’est-ce qu’on aime au cinéma. »

« Et quand j’étais adolescent on ne m’a pas mis une caméra entre les mains, on m’a donné des cours de français, de grammaire, de syntaxe, on m’a fait faire des composition françaises et j’adorais ça. Le premier mode que j’ai eu pour m’exprimer c’était le langage. J’ai commencé à raconter des histoires. »

« Le succès arrivant, aidant, des producteurs suffisamment cinglés… Mais clairement, moi, si j’ai fait du cinéma c’est pas parce qu’on pensait que j’étais un bon cinéaste, c’est parce qu’on avait remarqué que le public m’était fidèle au théâtre et dans les romans. C’est un malentendu. »

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Il s'en est quand même passé des choses depuis La secte des égoïstes, en 1994. « Ce qui m’a rendu crédible, c’est que j’avais réussi ailleurs. C’est un raisonnement totalement faux, parce que j’aurais pu être complètement manche sur un plateau un incapable de communiquer avec mon équipe et mes acteurs. C’était un pari assez courageux des producteurs… je me moque un peu, mais ils sont là pour ça. »

Mais on ne se lance pas sur un plateau de long métrage comme ça, sans préparation? « Je n’ai pas fait de court métrage. Si j’ai attendu autant de temps, ce que je ne me sentais prêt que maintenant. J’ai beaucoup lu et travaillé depuis des années. »

Avez-vous des réalisateurs favoris? « Oui, mais c’est toujours gênant quand on a fait un film de dire les réalisateurs favoris qu’on a parce que les gens croient qu’on ose se comparer à eux. Si je dis les gens que j’aime, on va dire « bien dis donc, pour qui il se prend celui-là? » Il y a un vivant que j’adore, et je le dis parce que ça peut lui servir que je dise que je l’aime, c’est Jaco van Dormael, celui qui a fait Toto le Héros et Le huitième jour, il est entrain de faire un chef-d’œuvre. »

« Je reste un écrivain qui de temps en temps va prendre la caméra au lieu de la plume. En tant qu’écrivain il m’est arrivé une chose extraordinaire… J’ai commencé à être écrivain pour les happy few, c'est-à-dire les critiques et la bourgeoisie cultivée, des gens qui avaient fait des études… Dès que je suis passé au roman, ça s’est élargi, élargi de façon considérable. C’est transgérationnel, transsocial, et je me dis que c’est extraordinaire. »

Quel type d’écrivain est Balthazar Balzan? « Mon écrivain a un lectorat plus ciblé, assez féminin, des « secrétaires et des coiffeuses », on dit ça comme si c’était une sous-race. Ce qui m’intéressait dans mon film c’était de montrer une lectrice qui n’était pas une lectrice cultivée. Je suis ému, moi, quand je suis dans sa chambre et je vois qu’il n’y a qu’une étagère avec des livres, et tous du même auteur… Il lui remplit sa vie, il est son miel, elle le lit bien, elle le lit mieux que le critique imbécile qui le descend, elle y voit plus qu’il n’y a. »

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« Dans le film je fais exprès, on n’entend pas une ligne du livre, on ne sait pas s’il est bon ou s’il n’est pas bon. Je voulais justement qu’on ne puisse pas prendre parti. La seule voix d’écrivain qu’on entend, c’est celle d’Odette et sa petite lettre, qui elle est assez jolie. »

« Il ne s’agissait pas de réhabiliter ou pas cet écrivain, mais de parler de cette lectrice-là, qui est modeste, humble, pas cultivée, mais qui est une dispensatrice de bonheur dans son quotidien. »

« Il est excessivement fragile, parce qu’il est terriblement narcissique. En Allemagne on m’a demandé si c’était un autoportrait… Je me serais plus soigné si c’était un autoportrait quand même! Il est excessivement préoccupé par ce qu’on dit sur lui… C’est la crise d’un homme qui se rend compte que tout ce qu’il s’est battu pour obtenir ne le rend pas heureux. »

Est-ce que les gens se déclarent trop vite écrivains? « Je dirais qu’il y a des gens qui proposent de la lecture, pas de la littérature. Je pense à Dan Brown, par exemple; c’est de la lecture qu’il vous propose. Une lecture qui est assez excitante, mais ce n’est pas de la littérature parce qu’il n’y a pas une phrase qui est tournée de façon intéressante, il n’y a pas de singularité, pas de propos, pas de point de vue, mais c’est bien fait. »

« Pour Balthazar Balzan, je n’ai pas à choisir, ce n’est pas mon problème, moi c’est Odette qui m’intéresse. »¸

« Ce n’est pas le succès qu’il rencontre qui va nous permettre de dire que c’est de la littérature. On ne s’en tire pas avec des raisonnements aussi simples que lu/pas lus, gros tirage/petit tirage. Il n’y a que les auteurs pas lus qui sont persuadés que l’anonymat est le symptôme du génie. »

Et vous-mêmes, qu’elle importance donnez-vous à la critique? « Je lis tout ce qu’on écrit sur moi. Au début de ma carrière, il suffisait qu’il y ait une mauvaise critique pour que je sois malade, que je me mette au lit avec la fièvre; une diva, un ego surdimensionné. Au bout d’un temps, on se soigne un petit peu. Je lis ça avec curiosité, parce que ça ne me renseigne pas du tout sur ce que j’écris mais sur ce que pensent les autres. C’est un repère, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. »

Éric-Emmanuel Schmitt compte bien retourner derrière la caméra pour réaliser un autre film, mais il faudrait attendre l'été prochain. pour que le tournage débute. Entre temps, les lecteurs pourront dévorer un nouveau roman, La rêveuse d'Ostende, dès nomvebre en Europe et un peu plus tard en Amérique.

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