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Lundi 23 juillet 2007 à 17h05

Entrevue : Bernard Farcy

Photo Par Karl Filion

Le gendarme loufoque de la franchise Taxi, Bernard Farcy, était de passage à Montréal, la semaine dernière, pour parler de son rôle dans le quatrième film, Taxi 4, qui prend l’affiche au Québec ce vendredi.

L’acteur colossal, présent depuis le tout premier film, doit prendre une plus grande place dans ce quatrième volet, qui le réunit avec le réalisateur Gérard Krawczyk et les acteurs Samy Naceri et Frédéric Diefenthal. Et pour lui, qui a aussi eu à incarner le Général de Gaulle dans un téléfilm il y a deux ans, la comédie est non seulement un défi supplémentaire mais aussi une opportunité. Deux expériences marquantes dans sa carrière d’acteur, dont il nous parle ici.

Bernard Farcy

Quelques mois après sa sortie en France, Taxi 4 traverse l’Atlantique pour venir faire vibrer le public québécois au son des voitures et de l’attitude marseillaise de ses vedettes. Après trois films, on peut dire que le public s’est habitué. « C’est vous qui pouvez me le dire, parce que moi je ne suis pas Québécois, je ne suis même pas Canadien. Je ne sais pas du tout comment il va être reçu. C’est de bonne augure. Il n’y a aucune raison pour que le quatrième, qui a été considéré par la presse, chez nous, comme le meilleur, ou comme le plus porté par la comédie pure plutôt que par l’action ou les cascades, ne fonctionne pas. Ce que je vois du Canada, c’est plutôt quelque chose de calme, d’agréable, de bon-vivant, et des gens qui sont prêts à rire si on leur donne l’occasion. »

Une comédie qui n’a pas d’autre prétention que le divertissement pur et simple ne veut pas dire un sinécure pour les acteurs. Et ne veut pas dire non plus qu’on puisse prendre le travail moins au sérieux. « On peut être très sérieux quand on fait une comédie, il y a des scènes qui sont extrêmement préparées. Avant les prises, ou après, faut être détendu, mais pendant les prises je ne prends pas les choses à la légère. Je sais très bien ce que se passe dans une scène, et quel est le point d’orgue, mais je ne sais pas comment je vais faire. Je ne cours pas après quelque chose de prévu. Je me donne la possibilité d’être surpris. C’est la raison pour laquelle parfois j’invente des phrases, ou des gestes, ou des comportements qui n’étaient pas prévus du tout, et qui sortent de moi parce que je suis précisément très concentré et que je suis réactif à tout ce qui se passe. À mes collègues, aux circonstances, au lieu où je me trouve. »

« Ce qui est exaspérant c’est quand il y a des choses qui sortent de vous et que les gens ne sont pas près, et que c’est foutu. Il faut mieux que l’équipe soit très très prête, concentrée. Il faut que ce soit capté très vite et pas dire : « On n’a pas vu est-ce que tu peux nous le refaire? » Non, je ne peux pas vraiment. Même si c’est le métier. Il y a des choses qui sortent de vous et il faut le prendre à ce moment-là, parce que ça devient du fabriqué. Surtout dans la comédie. C’est effectivement la spontanéité qui compte, la réaction, il faut être sur le qui-vive pour saisir. »

Le travail de l’acteur demeure donc un exercice technique. « J ne suis pas un comique, moi, je suis un acteur. Je ne veux pas qu’on me considère comme un comique. Je suis un acteur dans un film comique a remporté beaucoup de succès. Mais dans Le Grand Charles, aussi, qui n’a rien à voir, j’ai rencontré aussi énormément de succès. Je préfère qu’on me considère comme un acteur, capable de faire rire ou pas, d’émouvoir, de faire peur. »

Le personnage de Gibert est idéal pour ça. « À chaque film il y a eu un progrès, et l’importance a augmenté, jusqu’à celui-là où il est quand même vraiment présent. »

« Il est poétiquement infantile. C’est-à-dire qu’il a une très grande capacité à élaborer des stratégies, et une très grande capacité à ne pas savoir comment ça se fait que ça marche pas. Il est comme un enfant devant la PlayStation, il est très concentré, et il s’exaspère quand ça ne marche pas comme il veut. »

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« Dans Taxi 4 j’ai mis beaucoup d’intensité et beaucoup de qui-vive parce qu’il se dit : « Ça va déconner à un moment ou à un autre, je sais pas quand, alors il faut que je surveille tout le monde. » Il est très tendu, très nerveux, c’est ça que j’ai apporté dans le quatrième. »

Est-ce un personnage qui ressemble à son interprète? « Sûrement qu’il y a des côtés qui ne sont pas totalement de l’imagination. Mais je crois surtout qu’il a une stupidité sympathique qui est comprise par tout le monde parce qu’on a tous été un peu stupide, à un moment ou à un autre sans le vouloir. Il a des sentiments et des façons de se comporter de la nature humaine. Exagérés, soulignés, mais il reste profondément humain. Il a des facettes de la nature que, je crois, nous avons tous. »

« Personne n’est intelligent tous les jours. »

Ce qui devient le matériau principal d’un personnage comique dans un film comique, joué par un acteur qui n’est pas un homoriste. « Tous les grands acteurs du monde - je ne parle pas des mauvais - disent que c’est la comédie qui est le plus difficile. Je parle d’une comédie qui a un niveau, qui a une tenue. La comédie, faut que ça vienne de soi. C’est la capacité qu’on a de filtrer ce que la vie vous propose. Il faut un sens de la dérision, un regard bienveillant, un regard critique et un grand sens de l’humour. Si vous n’avez pas tout ça, oubliez la comédie et faites autre chose. »

« Moi je n’aime pas la comédie. Ce n’est pas mon genre préféré. Pas du tout. Peu de comédies me font rire. Je préfère l’humour, je préfère l’esprit. Sacha Guitry, ça me fait rire. Pourquoi je m’en sors? Je crois que c’est justement parce que je n’ai aucune autre référence que mon sens de l’humour à moi. »

On sent pourtant un certain snobisme envers les comédies au cinéma. « Il y a beaucoup de gens qui démolissent les qualités, ou alors ils exagèrent les défauts. Je respecte ce qu’ils pensent, en même temps, parfois on a l’impression qu’on n’a pas du tout vu le même film. Parfois on a le sentiment que ce qui est dit sur le film pourrait être dit sur n’importe lequel, il n’y a qu’à changer le titre. Au bout d’un moment, on s’aperçoit qu’ils ne font pas entrer un spectateur dans la salle, et qu’ils n’en enlèvent pas un non plus. »

En quoi Taxi 4 est-il un point positif de votre carrière? « Ça m’a apporté de la notoriété, et ça m’a apporté le fait qu’on se dise : « Ce type-là est capable de faire rire. » alors à chaque fois qu’il y a une bonne comédie qui se présente, on m’appelle. Avec le film sur De Gaulle, le gens se disent que je sais faire et ça, et ça, ce qui est en gros, normalement, les possibilités d’un acteur. Ce n’est pas un exploit de bien faire son travail. »

« Je veux avoir une palette plus large, et j’ai eu cette chance. De créer ce personnage, puisque c’est moi qui l’ai créé avec Luc Besson parce qu’il n’étais pas écrit comme je le joue. Et puis de faire De Gaulle, j’ai été très honoré et fier de faire un personnage de cette importance. »

Une longue carrière permet donc à Bernard Farcy de choisir ses rôles. « Je choisis surtout ce que je ne veux pas faire. Si vous avez été formidable dans le rôle d’un pompiste, vous allez faire cinquante pompistes derrière. Ça aussi ça fait partie des choses que tout le monde sait, mais qui continuent quand même. »

Ce qui n’empêche pas le public d’affluer dans les salles pour voir des comédies légères comme ce film-ci. « Quand on est spectateur, on a toutes les excuses, parce qu’on n’est pas un professionnel. Ils se mettent dans un fauteuil, ils ont payé 50 balles, et ils veulent rire, ou ils veulent pleurer. Et vous votre travail, c’est de donner ce que le spectateur attend, en qualité, avec votre point de vue, pas forcément pour aller le satisfaire dans ses bas-instincts, mais il faut donner un résultat acceptable pour les gens qui viennent vous voir. ».

Le film prend l’affiche vendredi.
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