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Mercredi 10 mai 2006 à 16h00

Délivrez-moi

Photo Par Karl Filion

Cinoche.com a rencontré pour vous les artisans du film Délivrez-moi, du réalisateur Denis Chouinard. Le film prend l’affiche le 12 mai prochain. Céline Bonnier, Juliette Gosselin et Pierre-Luc Brillant étaient présents pour répondre à nos questions.

Voyez la bande-annonce du film sur Cinoche.com en cliquant ici.

Céline Bonnier

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L’actrice, qui travaille aussi bien au cinéma qu’au théâtre et qu’on a pu voir récemment dans Un dimanche à Kigali, décrit d’abord son personnage. « C’est une fille qui n’a pas eu de famille, qui a toujours cherché l’amour dans sa vie. Elle croyait l’avoir trouvé, mais finalement ce n’était pas le cas. Et après dix ans de prison, elle veut absolument conquérir l’amour de sa fille. C’est une grande adolescente qui a grandit trop vite, donc pas très responsable, pas très outillée dans la vie, mais une volonté de faire. »

Annie vient de passer 10 ans en prison pour le meutre de son mari.

Et jusqu’à quel point l’actrice ressemble-t-elle à son personnage? « De loin, elle a l’énergie… c’est sûr, c’est moi qui la joue. Il y a quelque chose de ça qui m’appartient, ça c’est sûr. Le reste, j’espère que ça ne me regarde pas! C’est-à-dire l’adolescente qui a grandit trop vite… quoique, certaines fois, on pourrait deviner l’adolescente en moi. »>
Pourtant, on voir bien qu’Annie, le personnage, est bien décidée à atteindre son objectif. « Je ne sais pas si c’est un instinct maternel qu’elle a. C’est un instinct de survie qui lui dicte qu’elle a besoin d’un amour quelconque et elle décide que l’amour ultime, ça va être l’amour filial, c’est sa fille qui porte le poids de sa survie à elle. »

Ce personnage d’Annie, qui sort tout juste de prison, est difficile à aimer. Et l’actrice nous dit qu’elle affection particulièrement ce genre de personnage. « J’accepte volontiers les anti-héros! J’aime assez ça, c’est des gens qui sont jamais dans le bon sentiment, ils sont ni blanc ni noir, ils combattent dans la vie pour avoir une petite place au soleil. Je trouve ça beau, des gens qui vivent des choses difficiles et qui finalement, soit s’en sorte ou alors veulent vraiment s’en sortir. », nous dit l’actrice qui a déjà incarné au grand écran Monica la Mitraille.

Bonnier donne la réplique dans le film à Geneviève Bujold, une actrice qui a plus de 40 ans de métier. « C’est particulier parce que Geneviève reste toute la journée dans son personnage, donc c’est une espèce de bulle qu’elle entretient. J’aurais pu entrer dans la bulle si mon personnage était une amie de son personnage, mais dans le contexte je n’étais pas incluse dans la bulle, moi Céline Bonnier. Je ne le prenais pas personnel, mais c’est une façon pour elle d’investir son personnage. »

« Sur le plateau, j’ai pris ma place. Le personnage aussi est dans l’action de prendre sa place. Alors veux, veux pas, un moment donné il faut que la comédienne se colle à cette énergie-là. Denis m’a laissé la place.

Le film a-t-il une morale? « On peut comprendre un peu Annie, qu’est-ce qui l’a menée là. On cerne assez bien chaque personnage. C'est-à-dire qu’on a le choix, on peut choisir s’ils sont bons ou mauvais mais ils sont ni tout un, ni tout l’autre. En ce sens-là, je ne crois pas qu’il y a de morale précise au film.

Céline Bonnier a déjà quelques projets pour les prochains moins. Ça dépend de qui va gagner la loterie de Téléfilm. J’ai plusieurs projets de film, dont un avec Forcier, encore. Sinon un show de théâtre, que je travaille présentement avec Brigitte Haentjens, Orlando, de Virginia Woolf, qu’on va faire en janvier à Montréal.»

Juliette Gosselin

Juliette Gosselin, qui était tout récemment de Histoire de famille, incarne Sophie, qui a 13 ans.

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« Sophie, c’est une fille qui n’a pas eu une enfance comme toutes les filles de son âge. Son père est mort sa mère est allée en prison, mais malgré ça, elle ne va jamais pleurer ou se dire : « Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi? », elle continue à avancer dans la vie. »

« Elle aime beaucoup, beaucoup la nature, et moi aussi. Elle est peut-être plus forte que moi, parce que malgré tout ce qui lui arrive, elle continue à avancer, et elle avance toute seule. Elle est laissée à elle-même. »

La jeune actrice a participé à plusieurs projets majeurs depuis ses débuts dans Nouvelle-France. « C’était différent de tout ce que j’avais fait à date, parce que on m’a traitée comme n’importe quel autre acteur sur le tournage. J’étais pas plus jeune ou quoi que ce soit, Denis exigeait autant de moi que de Céline Bonnier ou de Geneviève Bujold. Moi c’est comme ça que je voulais être traitée, je ne voulais pas qu’on me traite différemment parce que dans le fond on fait la même chose. »

Justement, comme le réalisateur a-t-il abordé le tournage? « Denis était assez ouvert. C’est sûr que c’est lui qui a créé le personnage, mais c’est quand même moi qui va le jouer, et c’est quand même moi qui a 13 ans comme Sophie, et c’est pas lui, alors c’est sûr que je connais peut-être plus ça. »

Pierre-Luc Brillant

« Mon personnage c’est Marco, le mari qu’Annie a assassiné. C’est le personnage qui incarne la folie du film, qui n’existe pas vraiment pour lui-même mais qui existe dans la tête des gens qui l’imaginent. Le personnage de qui il faut se débarrasser. C’est le personnage qui incarne les bibittes d’Annie, qui pense avoir réglé ses problèmes en payant sa dette à la société. Mais elle se rend compte que des choses ne sont pas encore réglées.

« C’était très difficile de cerner le personnage. Et je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas essayer de le cerner, justement. On ne sait pas d’où il vient, on sait pas ce qu’il fait, il n’y a pas beaucoup de description sur ce personnage-là. Fallait faire en sorte que chaque courte apparition soit le plus efficace possible. De figer en très peu de temps avec peu de mots des impressions, des courtes impressions. C’était le plus grand défi. C’est un des personnages les plus difficiles que j’ai eu à incarner, parce qu’il n’a pas de vie propre. Il n’est que folie dans le fond, il incarne une émotion. »

Quelle part de liberté a-t-il eu pour créer son personnage de la part du réalisateur? « Énormément de liberté. On a plongé direct en partant, sans répétition. Il n’avait pas ben le choix de nous laisser de la liberté. On a travaillé un peu des positions et après ça c’était : allez-y, faites ce que vous voulez. »

Denis Chouinard

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Comment le réalisateur voit-il son propre film? « C’est un portrait de trois générations de femmes. Je voulais raconter une vision du monde, une vision sociale du monde, au féminin. Les films que j’avais fait précédemment étaient des films très masculins et je trouvais que dans notre filmographie ici au Québec, ça arrive quelques fois qu’on a des perspectives féminines mais c’est pas si souvent. J’avais envie aussi de gratter un peu la psyché féminine. »

Pourquoi, dans ce cas, faire sortir Annie de prison, après 10 ans? « Je voulais quelqu’un qui partait avec un handicap. Un personnage principal qui n’était pas aimable en partant. J’avais envie de partir avec un personnage peu aimable, pour découvrir ses motivations et finalement l’aimer à la fin. Les meilleurs films sont ceux où le personnage principal se transforme complètement, où la vision du spectateur se transforme en cours de route. »

Au niveau du choix des acteurs? « Je n’ai pas fait de casting avec aucun des personnages. J’ai décidé de travailler différemment, de me faire plaisir, et de choisir des gens avec qui j’avais envie de travailler et que je savais de beaucoup de talent. »

« Quand j’ai vu Céline dans La cloche de verre j’ai vraiment été jeté sur le cul et je me suis dit : « Elle, elle est vraiment capable d’incarner le rôle d’Annie. » Je lui ai fait parvenir le scénario, on a discuté et ça y était. »

Comment approche-t-on une actrice comme madame Bujold ? « Par le téléphone et par la poste, parce qu’elle habite en Californie! Non, sans blague, je lui ai envoyé le scénario en lui disant qu’il y avait un rôle pour elle, et elle a demandé à voir mes films alors je lui ai envoyé par la poste et elle a regardé ça. Elle n’a pas dit oui tout de suite, elle a posé des questions, elle a réfléchit ça a pris quelques semaines. Et un moment donné elle a dit : « OK, je crois qu’on a une vision commune du personnage, on est sur la même longueur d’ondes et on peut travailler ensemble. »

« J’avais peur de ne pas être capable de la diriger, de pas être capable de lui dire fais-ci, comme ça, parce que qui suis-je du haut de mon inexpérience. Elle m’a tout de suite fait sentir que j’étais le metteur en scène, que c’était moi qui était aux commandes et qu’elle avait besoin d’être dirigée. »

Et le travail de réalisation lui-même? « Comme tous les films au Québec, on dispose de très peu de temps. Au Québec, il faut se contenter de 28, 30 jours. Moi j’ai été chanceux j’ai eu 35 jours mais c’est pas assez. Si j’avais eu plus de temps il y a certaines choses que j’aurais pu peaufiner. Le temps, c’est le nerf de la guerre pour un réalisateur. » Des conséquences sur le film? « J’ai été obligé de couper trois ou quatre scènes parce qu’on manquait de temps. »

Y a-t-il une morale dans le film? « Il n’y a pas de morale. C’est sûr que, à la fin, on se dit que le passé est consumé, c’est une fin d’espoir, mais je n’essaie pas d’emmener une quelconque moralité. »

Le réalisateur a quelques projets cinématographiques pour l’avenir, mais le projet le plus pressant sera d’aller au chalet pour « sortir quelques poissons du lac. »
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